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Soleil meurtrier

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Gigi02

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Le champ labouré étend ses vagues jusqu’à la lisière du bois de peupliers. Tout près, une rivière malicieuse se fraie un chemin pour venir se dorer à la ceinture des collines environnantes et s’étirer près du village. Son eau claire et limpide miroite les visages des bambins s'amusant sur la berge, la blessant de petits cailloux plats qui, après trois ou quatre bonds, viennent trouer la peau de la rivière fuyante.
- Eh toi là-bas, assez jeté de cailloux ! Ton père de réclame aux champs ! Fais vite si tu ne veux pas recevoir une correction !
Jean-Marc penche la tête une dernière fois vers la rivière. Il aime venir ici et contempler cette eau qu’il aurait bien voulu suivre. Son esprit s’évade avec elle et un royaume de quiétude l’envahit lorsqu’il la regarde couler. Il se sent alors seul au monde, tranquille et rassuré.
Son regard vise la vaste plaine qui s’étend au-delà des dernières maisons du village. Il doit y rejoindre les siens et continuer le labeur. Il se redresse puis se remet à marcher, portant avec lui ses dix années déjà alourdies dans son cœur d’enfant.
Il emprunte la petite route sinueuse qui mène aux champs. Ses yeux s’éblouissent du soleil de cette fin d’été ; il a mal et les ferme en marchant. Les paupières closes, il voit le rouge de son sang surchauffé de soleil.
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Soudain, une forte douleur l’envahit brièvement.
Il ne sent plus rien, ne voit rien et ne peux plus bouger.
Il a juste perçu le bruit d'un crissement de pneus puis maintenant une voix :
- Mon petit, tu m’entends ?
Allongé sur l’asphalte, Jean-Marc n’arrive pas à répondre. Les yeux dans le sang, il essaie de rouvrir les paupières, sans succès.
Alors il se dit que le soleil a eu raison de lui, et jamais plus il ne le verra...

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Elisa Romain · il y a
Très beau texte, j'ai beaucoup aimé le silence habité de l'enfant, son désir d'appartenance à la nature. Je me dis qu'il faut avoir été un enfant solitaire (rêveur) pour ressentir la force de son amour pour ce qui l'entoure (le soleil, l'eau...). Quoi qu'il en soit, cela me remet en mémoire de jolis moments de mon enfance. Quant à la fin, elle est à la fois inattendue et légitime. Merci pour cette lecture offerte.
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Gigi02 · il y a
En effet, c'est un ressenti, même un vécu de mon enfance, sauf que la voiture j'ai pu l'éviter... Merci pour votre vote !
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