Sol et Meg - 1

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21 ans déjà, et l'écriture m'anime chaque jour un peu plus. Je ne sais pas trop comment me présenter, alors je ne me présente pas. J'espère simplement que les mots et les histoires formés pa  [+]

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I.
Meg alluma sa clope machinalement, et son regard courut le long de la faille lézardant la façade terne de l'immeuble en face. Chaque taffe faisait jouir ses poumons, et elle aimerait tellement disparaître dans ces voiles de fumée. Rien à faire, elle restait plantée là. Quatorze ans, toutes ses dents, toute sa rage. Et sous ses yeux déjà cernés passait la foule, passaient les faces. Vous vous êtes déjà concentrés, ne serait-ce que quelques secondes, sur les conversations des gens autour, dans les transports ou dans la rue ? Que de futilités, de débilités. Meg était là, tirant sur sa clope, et elle entendait des bribes de tout cela.

- Je suis dégoûté, cette vieille meuf là, genre elle dit qu'elle était bourrée.. Mais bon, moi aussi des fois j'ai été bourré, et je suis pas allé me faire une autre fille.. Salope.
- Paul, t'exagères là... Elle est peut-être vraiment sincère quand elle s'excuse...

- Imagine un instant que la Terre soit plate...
- Impossible, la planète, c'est pas Jane Birkin.

Meg captait ces extraits de vie, hors contexte, sans en comprendre le sens, seulement la bêtise. Il était quatre heures, et petit à petit, le flux s'accélérait et la foule prenait toute la largeur de la chaussée, tous dans le même sens, tel un troupeau docile.
Soudain, elle le vit, il la regardait, fixement. Elle pourrait reconnaître ces yeux entre mille. Elle jeta sa clope, et sans prendre le temps de l'écraser, se lança à sa poursuite. Il marchait de plus en plus rapidement, et fendait la foule dans le sens inverse de la marche de la majorité. Meg courait presque, mais sa silhouette disparaissait dans la masse compacte.


II.

Sol marchait d'un pas nonchalant, machinal. Il allait bientôt passer devant son ancien collège, et cette pensée le terrifiait. Il repensait aux moqueries qu'il avait enduré, il était tellement... différent. Sol ne s'était jamais vraiment préoccupé du chemin des autres, il traçait le sien. Il n'aimait pas grand-monde, mais il ne les détestait pas non plus. Et puis, après tout, est-ce interdit ? Non. La pression sociale seule nous fait penser qu'il FAUT avoir des amis, vivre en groupe. Si tu ne le fais pas, alors tu te condamnes aux moqueries. Ce que les gens ne comprennent pas, les gens le rejettent. Ceux que les gens ne comprennent pas, les gens les brisent. Sol avait donc très mal vécu les regards méfiants, vexants. La cour de récréation n’avait été pour lui que cette étendue de béton et de graviers où la solitude semble proscrite. T'es seul, donc t'es nul ?
Enfin, une personne l'avait compris, une seule. Il la haïssait.

Ca y est, il était devant l'établissement gris. Tous les souvenirs le giflèrent d'un coup, comme à chaque fois. Il détourna la tête, et préféra regarder l'immeuble de l'autre côté, avec sa fissure griffant la façade terne. Merde, ça ne s'arrêtera donc jamais ? Sol pressa un peu plus le pas, perturbant le mouvement harmonieux de la foule. Autour de lui, il semblait y avoir de plus en plus de monde. Les gens lui jetaient des regards en coin, il le voyait, il le sentait. Cette vieille, et son visage sévère ? Encore une pauvre conne qui le jugeait, c'est ça ? Et ces trois meufs devant, qui se retournaient sans cesse et riaient ? Elles se moquaient ?? C'était trop.
Sol s'arrêta d'un coup, essuyant du même coup les insultes du gars derrière lui. Peu importe quand on a essuyé les crachats de ses camarades dans les vestiaires. Il se retourna, et remonta la foule, à contre-courant. Comme il a toujours fait, au fond.

Sol allait repasser devant ce maudit collège. Il se préparait mentalement à affronter les images qui allaient inévitablement affluer. Ca y est. Il jeta un regard machinal vers le passé. Mon Dieu. Elle était là, à fumer sa clope. Merde, merde, merde. Il la regardait, sans doute bêtement, fixement. Elle le regardait aussi. A quoi pouvait-elle penser ? Soudain, elle jeta sa clope. Sol accéléra instantanément, s'enfonçant toujours plus profondément dans la foule. Elle ne pourra pas le suivre, elle n'était pas si bête. Suis quelqu'un qui nage à contre-courant, tu te noieras avec lui.


III.

Meg se rappelait maintenant les mains de Sol glisser le long de ses hanches, et son souffle entre ses seins naissants. Elle chassa immédiatement cette pensée de son esprit et la silhouette de Sol réapparut au loin. Elle se mit à courir franchement.
Sol sentit la main sur son épaule, il savait déjà que c'était Meg. Il n'avait pas envie de la revoir, surtout pas maintenant.

- Meg. Va-t'en s'il te plaît.
- Ecoute-moi, au moins...
- J'ai absolument pas envie de t'entendre.
- Sol... Je pensais pas que tu me détestais à ce point. Enfin, bon...

Sol l'interrompit brutalement.

- Bien sûr que je te déteste, je te hais même. Tu m'as fait mal, t'as été nulle, tu le sais. Seuls les gens que t'aimes peuvent te faire du mal. Et je t'aimais vraiment. J'imagine que t'es venue t'excuser, mais dégage. Je veux plus te voir.
- Non. Non, je suis pas venue m'excuser, je sais que ce que j'ai fait est inexcusable. Je voulais juste te voir, enfin, je m'en veux, y'a pas un jour qui passe sans que je repense à toi.
- C'est ça... Tu veux encore me baiser, aussi ?
- Sol..
- Tu sais, si je remontais cette rue, à contre-courant de la foule, c'était pour une seule raison. Fuir les gens normaux, leur vie normale, leurs excuses normales. C'est du bidon, du fake, tout ça. Si j'ai changé d'avis et que je suis repassé devant le collège, c'est pour me sentir seul. Tu m'as tiré de ma solitude une fois, ça m'a fait mal. Ne le refais pas une deuxième fois.

Meg a compris. Son cœur s'emballa.

- Tu m'aimes encore ?

Sol ne répondit pas. Bien sûr qu'il l'aimait. On aime toujours les gens qui nous détruisent, non ?
Meg se pencha un peu, et l'embrassa. Elle appuyait ses lèvres contre les siennes, pressa sa poitrine contre celle de Sol, et lui dit farouchement :

- Même à contre-courant, c'est à deux qu'on va plus loin.

Sol sourit. Le piège venait de se refermer une nouvelle fois.
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RAC · il y a
Meg again mais pas la même que dans "les larmes de pluie"... Vous aimez ce prénom a priori ?! Très beau texte, compliments.
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Paul Bryden · il y a
Merci ! Peut-être même y'a t-il un pont entre les deux histoires, qui sait... Merci en tout cas :)
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RAC · il y a
Je vous en prie. A bientôt chez l'un ou chez l'autre. Bel été...
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Nadine Gazonneau · il y a
Bien écrit et parfaitement réussi. Mon vote. Permettez-moi de vous faire partager "en route exilés" en finale du prix lunaire.https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/en-route-exiles
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Paul Bryden · il y a
Merci !
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Didier Caille · il y a
Seul ou à deux, savoir rester soi même :) et je vous invite à découvrir mon univers avec un de mes poèmes en finale http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/les-plumes-du-plaisir?all-comments=1&update_notif=1519974452#fos_comment_2533652
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Brune Hilde · il y a
Bonne finale!
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Paul Bryden · il y a
Merci pour le soutien !
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Pascal Depresle · il y a
Je vous renouvelle mon soutien en finale. Mes voix. Peut-être aimerez vous "Il dit toujours oui", "l'héroïne" ou "Tata Marcelle".
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Paul Bryden · il y a
Merci encore :)
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Keith Simmonds · il y a
Une superbe finale bien méritée, Paul ! Mes votes ! Une invitation à découvrir “Ses lèvres rougissent” qui est en FINALE pour le Grand Prix Printemps 2018. Merci d’avance et bonne soirée !
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Paul Bryden · il y a
Merci !! J'irai lire ça :)
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Keith Simmonds · il y a
Merci d'avance, Paul !
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Star seeker · il y a
Je repasse pour revoter, bonne chance pour la finale !
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Paul Bryden · il y a
Merci !! :)
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Marine Piot · il y a
Bravo c'est un très beau texte!
Mon TTC la traversée vous plaira peut être

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Paul Bryden · il y a
Merci beaucoup :) j'irai voir !
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Jean-Baptiste van Dyck · il y a
Bravo Paul voici mes 5 voix renouvelées, bonne chance pour la finale ! Je vous invite à soutenir mon texte «  You Hanoï Me Part 2 » en lice pour la finale poésie printemps 2018 ! Bon dimanche. JB
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/you-hanoi-me-part-2

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Paul Bryden · il y a
Merci !
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Java · il y a
Comme d'habitude j'avais adoré alors je te redonne mes 5 votes avec plaisir en espérant que tu vas gagner! Tu le mérites tellement! Bonne chance! :)
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Paul Bryden · il y a
Ahah merci ! Je te dédierai ma victoire si je gagne alors ;)
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Java · il y a
Haha c'est gentil mais dédies la plutôt à toi et à ton talent, ce sont à eux que tu dois tout ;)
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Paul Bryden · il y a
Ahah ça sert à rien, c'est les lecteurs qui décident de la qualité d'un texte :)
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Java · il y a
Oui c'est sûr mais vu que tu contribues très largement à sa qualité... ;)
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Paul Bryden · il y a
Ahah merci, espérons que je gagne pour une fois alors mdr ;)