Soif de liberté

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Après avoir exercé durant plus de trente ans la profession de journaliste en Suisse romande, j’ai commencé, en 2019, à écrire des textes littéraires à l’occasion de différents concours  [+]

Image de Printemps 2020

Ouf ! Enfin libre.
Yoshi respira profondément, écarquilla ses yeux brun foncé, puis avança en chancelant. Ses premiers mouvements à l’air libre étaient hésitants.
M’ont-ils vraiment libérée ? Elle n’en croyait pas ses yeux. Elle pensait devoir passer le restant de ses jours enfermée dans ce sinistre bâtiment, entourée de gardiens qui l’observaient jour et nuit, lui jetaient de la nourriture matin et soir dans son espace confiné, et veillaient sur elle d’un œil circonspect. Et quand les pupilles des gardiens se fermaient, les lentilles des caméras prenaient le relais. Pas une minute de solitude. Un comble, dans un lieu qui aurait dû s’y prêter.
20 ans de captivité. Un sacré bail. Cela laisse des traces. On s’ankylose. Le corps et l’esprit se ratatinent, lentement mais sûrement. Yoshi avait commencé par se révolter dans sa prison sud-africaine. Elle s’était agitée dans tous les sens, au point d’alarmer ses gardiens. Cette période fut suivie d’un début de dépression, marqué par de longues heures d’immobilité.
Après un an de captivité, elle eut un sursaut d’orgueil, et décida de ne pas se laisser abattre. Elle comprit rapidement que, dans l’environnement de contrôle permanent qu’elle subissait, seul son cerveau ne pouvait pas être surveillé. L’imagination au pouvoir devint son étendard intérieur. Elle rêva de retrouver les siens, et pourquoi pas avoir des enfants, bien que cette perspective relevât de l’utopie.
Elle fantasma sur de fabuleux voyages d’un continent à l’autre, d’un océan à l’autre. Elle se voyait aussi se prélasser sur une longue plage de sable blanc, en écoutant le flux et le reflux des vagues. Sans ces pérégrinations mentales, elle n’aurait jamais supporté l’isolement.
Il y a quelques jours, ses gardiens avaient mal caché leur nervosité. Elle comprit qu’il allait se passer quelque chose. Mais de là à penser qu’elle retrouverait l’air libre ! Le premier sentiment d’immense soulagement passé, Yoshi fut un peu perdue. La liberté soudainement retrouvée était un habit trop grand pour elle, un peu comme un coquillage mal choisi par un bernard-l’hermite. Elle regarda à gauche, puis à droite, puis encore à gauche, puis une nouvelle fois à droite. Ne sachant quelle direction prendre, elle avança tout droit jusqu’à la mer.
Une petite embarcation abandonnée, recouverte d’une peinture bleu ciel défraîchie, était couchée sur le flanc. Yoshi la contempla d’un œil distrait. Sur la plage, l’embarras du choix recommença : à gauche, à droite, ou tout droit ? Elle n’osait pas tester la vigueur de sa liberté naissante. En captivité, elle avait rêvé de grands voyages intercontinentaux. Ici et maintenant, son imaginaire marin s’écrasait contre les rochers de la réalité. L’immensité de l’océan lui fit peur. Elle n’eut pas le courage de foncer droit devant. Affronter l’inconnu, les embruns, les puissants courants, les tempêtes, tout cela lui parut insurmontable.
Elle jugea donc plus prudent de longer la côte, en prenant à droite. Les jours passèrent. Yoshi commençait à s’habituer à sa liberté. Elle prenait confiance en elle, et en ses capacités physiques, au point de parcourir près de 50 kilomètres par jour. La découverte des rivages de la Namibie, puis ceux de l’Angola, la remplirent de bonheur.
Son périple vers le nord, en direction de l’équateur, prenait cependant une tournure compliquée. Yoshi commençait à souffrir de la chaleur. Fatiguée, elle raccourcissait les étapes. Arrivée sur la plage de Cabinda, au nord de l’Angola, elle suffoquait. « À quoi bon recouvrer la liberté, si c’est pour subir de telles souffrances climatiques », se dit-elle, au bord de l’évanouissement.
Yoshi décida donc de faire demi-tour afin de dénicher des contrées plus agréables. De retour en Afrique du Sud, elle songea un instant à s’installer dans la région du Cap. Elle finit par y renoncer. « Ce serait tout de même trop bête de m’établir à quelques kilomètres de mon ancien lieu de détention. Je veux et j’exige pouvoir jouir pleinement de ma liberté. Dans mon corps et dans ma tête », souffla-t-elle rageusement.
Cette fois, Yoshi se sentit assez forte pour foncer en pleine mer, et traverser l’océan Indien. Le voyage dura des mois, jusqu’au rivage de Point Samson, en Australie occidentale. Parvenue à destination, elle caressa le sable fin, contempla la barrière de rochers rouges ferrugineux. Cet environnement fit monter en elle un sentiment de bonheur total. Yoshi avait retrouvé sa patrie. Enfin ! Après 21 ans de séparation. Elle s’approcha d’un rocher, se tourna légèrement de côté, et se frotta vigoureusement contre la pierre.
La balise satellite tomba au sol. Yoshi, la tortue caouanne, l’écrasa de ses 180 kilos, puis creusa un trou profond afin de l’ensabler à jamais. Les hommes, qui l’avaient enfermée durant 20 ans dans leur aquarium sud-africain, ne pourront plus la localiser et la suivre à la trace sur des milliers de kilomètres. 37 000 exactement, avaient-ils affirmé avec fierté.
Ouf ! Enfin libre.
Yoshi partit à la recherche d’un beau mâle. À l’abri des hommes, à quelques kilomètres du lieu qui l’avait vue naître, elle assura sa descendance, promise à de beaux voyages.

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Arsene Eloga · il y a
Félicitations
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Willy Boder · il y a
Merci Arsene
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Arsene Eloga · il y a
C'est mérité Willy
Si vous me le permettez
Laissez moi vous inviter si vous avez une minute de lire mon texte. Merci
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/un-destin-funeste-1

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Pascal Y. Bossman · il y a
Une ode à la liberté et au bien-être de nos amis terriens. Vous lire m'a fait du bien.
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Willy Boder · il y a
Merci Pascal. Si j'ai pu modestement contribué à vous rasséréner, j'en suis touché.
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Gérard Jacquemin · il y a
Surprise d’une chute qu’on attendait pas...mais pas du tout alors!
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Willy Boder · il y a
Merci. Effectivement, l'histoire, vraie par ailleurs (la tortue a été relâchée d'un parc aquatique sud-africain et munie d'une balise), a été construite sur la chute.
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Gérard Jacquemin · il y a
J’avais d’ailleurs déjà votéj’ai du vous lire il y a longtemps
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Willy Boder · il y a
Effectivement : "Magnifique histoire, un développement parfait et une chute totalement inattendue, de très belles métaphores poétiques, franchement. Mon vote*****
Si vous avez un moment pour lire "La Traque" sur ma page.
· répondre

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Gérard Jacquemin · il y a
Bon ça me revient oui🥵
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SEKOUBA DOUKOURE · il y a
Bravo pour ce beau texte ! Vous avez mes 3 voix. ET merci de passer faire un tour chez moi et soutenir mon texte si vous avez le temps. 🙏..
*Le lien du vote*..
👇👇👇👇.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-village-doukourela

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Willy Boder · il y a
Merci beaucoup Sebouka.
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Cyrille Conte · il y a
20 ans de captivité avant de retrouver son chez soi après un tel périple. Il faut avouer que ça force le respect. Longue vie à Yoshi et bravo Willy pour ce récit captivant.
J'ai envie de vous convier à une évasion : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-promesse-d-evasion
Au plaisir de vous lire.

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Willy Boder · il y a
Merci beaucoup Cyrille pour ce commentaire églogieux.
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Mireille Bosq · il y a
On est surpris par l'énergie de cette inconnue et on désire savoir, mais pas trop vite quel est le mystère de ce personnage et de quoi vit-elle? Une aussi bonne nageuse, promise à une grande longévité méritait bien de s'en sortir en nous surprenant!. je vote et je m'abonne et je serais heureuse de vous rencontrer sur ma page.
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Willy Boder · il y a
Merci beaucoup Mireille. Je vais faire un petit tour chez vous :-)
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Jeanne en B · il y a
J'ai beaucoup aimé et me suis laissée surprendre par ce bestiau de 180 kg. C'est très réussi et l'image du coquillage mal choisi par un bernard-l’hermite m'a plue. Bonne route à Yoshi et sa descendance :-)
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Willy Boder · il y a
Merci Jeanne pour votre commentaire. Je suis content que vous ayez pris du plaisir à lire cette histoire tirée d'un fait véridique.
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Jeanne en B · il y a
Alors doublement bonne chance à elle :-)
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Mireille Béranger · il y a
Ha ha ha... J'avoue ne pas avoir vu l'excellente chute venir...
Pauvre Yoshi ! 20 ans de captivité... Elle pouvait, en effet, être ankylosée !
A bientôt, Willy !

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M BLOT · il y a
Une histoire placée sous l'émotion, merci Willy pour ces vibrations
Je vous invite à me lire en poésie finaliste avec Des croches dans le vent

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