Sirocco et abri de bus

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Le dos enchevêtré, le dos à bourgeonner sur le pavé. Pavé du commandeur de Jérusalem. 1547. Le croisé a foulé le sol où je me tiens. Croisades, loin du flocon déhiscent, flocon coupe-langue, pointu, qui fait son nid ce matin dans une fossette asséchée. Les Croisades au-delà des neiges, essaiment leur vent chaud dans ma mémoire. Je pense au sirocco, ce vent d’enfance, qui dépose sa couche de sable sur notre Toyota. Le grain roux des ensommeilleurs.
Sur le pavé, son dos qui bourgeonne. Il attend le bus. Son visage fuit, oursin dur, menton inexistant. Voix de femme mûre et corps d’homme. Sa gorge s’élève en une ultime écluse, ne reste que la mousse attisée, le féminin sous une peau de lait.
Il dit : «  C’est pas correct, non c’est pas correct. » Le pas c’est Paaaa, c’est long et ça m’irrite. «  Moi je suis là à huit heures trente. » dit-il. « Tu sais qu’elle est pas venue avant dix heures ? »
En face de lui, une de ces vieilles dames que dessinent les enfants. Mamie-pictogramme, mamie-symbolique avec son long manteau, ses collants chair, et son chien duveteux. Les deux voix s’harmonisent parfaitement. Voix d’hommes tiédie dans un bain de pilules, voix de femme au-delà de l’âge de raison.
« Ah ça, les gens honnêtes y en a plus beaucoup. Faut chercher longtemps aujourd’hui. On sait plus qui croire. »
Ces vieilles femmes sont nos griots, à répéter inlassablement les mêmes histoires, l’arbre devenu abri de bus, le chien s’ébroue, fait glisser ses arêtes sur la face nord de mes tibias.
Son chien qui rêve de rivières et de troubles destinées.
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