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Simplice

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Oscar

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«Voilà, pour lui c'est fini. C'était un bon papy.» J'entendais au loin cette voix masculine qu'il me semblait reconnaître, la voix de l'interne des soins palliatifs...
Alors c'était çà la vie ? Une petite chose allongée sur un lit d'hôpital ? Un grand fleuve d'air ? Un petit bout d'éternité, comme dit le poète ? C'était donc çà !
Et que reste-t-il maintenant ? Un sac de poussière. Une blague sans chute, si courte la blague, que je pourrais vous la raconter avant même que les aiguilles s'arrêtent de tourner !
Mais merde, putain ! Mourir comme çà en juillet, sur fond de chants d'oiseaux, de foutu bonheur estival ! Quelle fouterie nom de Dieu ! Quelle fouterie ! Personne ne m'avait dit que çà ferait si mal de mourir. Les cons ! Et moi qui croyais avoir fait le deuil de ma mort ! Pourtant qu'est-ce que j'ai pu m'emmerder sur la Terre, nom de Dieu !
Me voilà maintenant dans le silence. Le silence de la Mort. Pas un bruit. Pas un mot. Pas un murmure. Pas un sourire. Qu'est-ce que je fous là nom de Dieu ? J'appelle. Personne. J'interpelle. Personne. Je crie.
― Mort, eh Mort  !... T'es là ? T'as pas pitié hein ! Non, t'as pas pitié. Et puis tu t'en fous, en plus. Mais moi, j'ai peur tu le sais çà. Allez, fous le camp. Tire-toi. C'est pas l'heure. Dégage...


Stupeur, effroi. Le grand trou noir maintenant. Il faut y descendre dans ce putain de trou ! Ouais, je sais. Il y a les rites, les poèmes, les musiques, les cimetières, les tombes dans les cimetières, les caveaux, ces maisons des anciens vivants, les monuments aux morts, les columbariums, les urnes funéraires. Je sais...
On me croit mort, mais je ne suis pas mort, je suis en train de mourir ‒ pied de nez « aux palliatifs. » Puis soudain je ne serai plus. Je ne respirerai plus. Je ne parlerai plus. Je ne penserai plus. Je ne banderai plus. J'expirerai. Mon corps deviendra cadavre, roide, pâle, rigide...
La Mort est pourtant là, à portée de main. Pas la Mort des autres. Non, pas du tout. Pas la Mort de la multitude non plus. Mais la mienne, celle qui me tient par la main. La Mort ne crie pas, vous savez. Elle ne rit pas non plus, mais voyez-vous, sur terre elle est bien la seule qui ne mène pas en bateau.
Et le mort alors ? Le mort !... D'abord on l'asperge. Puis, au choix et selon le cas, on l'enfouit dans un trou à trois francs six sous, ou alors on l'immerge, ou on le brûle. En tout cas on le cache.
Mais la Mort, (j'y reviens)... La Mort, on ne peut s'y soustraire. On part avec elle. Les souliers cirés. Le costume pas frais. Et ses bretelles. Et ses jarretelles. Et l'âme encombrée. Puis... Puis vient le deuil. La chaise orpheline. La maison vide. La chambre libre...
J'entendais au loin cette voix masculine qu'il me semblait reconnaître, la voix de l'interne des soins palliatifs...

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Dolotarasse · il y a
Cela doit être terrible de se voir partir surtout dans ces conditions là. La mort nous choisit mais pas nous.
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