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L'Ecclésiaste

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Nous avions 17 ans.
Blonde cendrée aux yeux bleus.
Pas féminine pour 2 sous
Même si on devinait ses (futures) formes de femme.

Beaucoup de monde autour d'elle.
Evidemment.

J'en étais dingue ; nous parlions beaucoup, échangions

je devinais parfois un regard un peu plus posé, mais je jouais au mec pas intéressé.

A l'époque je faisais de l'escrime, j'aimais les assauts, toujours répétés, j'aimais le contact avec ces lames...

J'avais un rival et je ne le savais pas.
En a-t-elle joué ? Sûrement.

Nous étions 2 abrutis, fougueux mais très cons.
Nous nous sommes défiés.
Nous avons choisi l'épée.

Un matin d'été,
avec chacun 2 témoins
comme autrefois.

Nous fiers, nous nous battions, nous le croyions pour une noble cause.

Les témoins, pas rassurés, mesuraient certainement plus que nous les enjeux, et la certitude d'une fin.

Fin.

Attaque, parade, esquive, je me fends, il recule, j'attaque, je glisse, il en profite, voit la faille.

Cuisse transpercée.
J'ai perdu.
Les yeux noyés de rage, de larme, mais j'ai perdu la belle.

Hôpital.
Nettoyage, points de suture.

Enorme raclée de mon père, la seule d'ailleurs qu'il a porté "IMBECILE !"

Ses mots, me poursuivent encore maintenant.

Je ne me suis pas expliqué, j'étais déjà très, trop fier pour m'abaisser à ça.

Elle a été ma première fois...

J'ai encore la cicatrice... 12 cm environ. Je pensais qu'avec le temps elle s'estomperait, mais non, elle reste comme pour me rappeler, ce combat.

Sibylle est décédée l'été suivant.

Et moi je suis parti... ou plutôt j'ai fui.
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Jeanne · il y a
17 ans… L’âge de l’insouciance, de l’impudence, de l’imprudence, l’âge de déraison, l’âge de tous les défis, tous les paris, l’âge de tous les émois, l’âge de tous les dangers, de tous les partis-pris, prises de risques, l’âge de toutes les folies, toutes les choses de la vie et de l’amour aussi.
Un affront à laver, un défi à relever, un duel qui tourne mal, un combat qui tourne court, une lame scélérate, un coup d’épée qui fait mouche, une pointe effilée qui botte en touche, une chair marquée au fer rouge, une marque à vie, une empreinte, une cicatrice indélébile en mémoire de Sybille.
17 ans, plus vraiment un adolescent, pas tout à fait un homme, pas tout à fait une femme, l’âge où l’on mue, où l’on est nu, vulnérable, à fleur de peau hors de sa carapace, l’âge où l’on forge son caractère, où l’on fait ses premières armes… de séduction, de persuasion, de dissuasion.
A 17 ans, on est con, complètement inconscient, on est fier comme Artaban, on aime les serments, on n’aime pas les sermons mais Le cœur a ses raisons… à cet âge, ♪♫ on n’a pas le cœur assez grand pour y loger toutes ces choses-là. ♪♫
Une première fois c’est important, s’ensuit un départ, une fuite en avant pour oublier le temps qui n’en finit pas de lui rappeler le passé si présent, l’instant si prégnant de sa vie d’avant. Et l’écrire, c’est la faire revivre pour mieux accepter l’inacceptable, le coup du sort, le cours de la destinée.
Un témoignage fort, fort touchant, émouvant, un constat lucide empreint de gravité, de brins d’auto-dérision… qui reste en points de suspension.

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Ludmila Constant · il y a
C'est vrai que on est incroyablement bête à 17 ans et souvent détestable après. Mais on est bien puni pour cela: avec l'âge on comprend que dans la vie on aime une fois seulement et que cette occasion unique - on l'a perdu .
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L'Ecclésiaste · il y a
Tout à fait. Merci Ludmila
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