Si les ascenseurs pouvaient parler

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Le quotidien d’un ascenseur... Tout un programme !
J’imagine qu’il y en a de plus heureux que d’autres, tout dépend d’où ils sont installés, de leur fréquentation, de la hauteur à laquelle ils peuvent monter même...
Prenons l’exemple du petit ascenseur pépère, confortablement installé dans un modeste hall d’immeuble de trois ou quatre étages, en banlieue d’une petite ville. Il doit vivre une routine agréable quoique peut être lassante... Allers et venues des habitants du lieu, probablement des personnes âgées, des couples, des enfants qui lui chatouillent tous les boutons, des animaux de compagnie impatients de mettre la truffe dehors et qui parfois s’oublient, éventuellement quelques célibataires avec une vie un tantinet débridée pour apporter un peu de piment à l’occasion. Retours de courses avec des paniers chargés, conversations polies sur la pluie et le beau temps, récits de journées d’école ou de travail, projets pour le week end, projets pour la vie, retours de beuverie... Ce pépère-là doit se sentir comme le membre d’une grande famille dont il partage les petites choses de la vie, bons et mauvais moments, avec une petite préférence sans doute pour les locataires les plus hauts perchés avec qui il passe de plus longs instants.

Passons maintenant à l’ascenseur d’un lieu touristique. Pas du tout la même chose ! Celui-là il voit du monde, toujours des gens différents, de nationalités différentes, c’est sûrement un ascenseur polyglotte ! Il ne doit pas s’ennuyer et je pense qu’il est plutôt du genre à faire travailler son imagination. A voir sans cesse des personnes qui ne font que passer, il doit rêver à ce qu’est leur vie, à quoi peut bien ressembler l’endroit d’où ils viennent, je suis même certaine que parfois il leur invente des prénoms, des qualités, des défauts, des envies... C’est un ascenseur faiseur d’histoires, conscient de se trouver dans un lieu atypique qui attire la foule et frustré de n’en rien voir, condamné à assembler des bribes de conversations pour se faire une vague image de ce qui l’entoure.

Le plus chaud et le plus excitant de tous les ascenseurs est sans aucun doute celui d’un hôtel. Pas un hôtel d’affaires (trop sérieux), ni un hôtel trop classe (trop guindé), disons un hôtel de charme, discret, qui attire les couples. Lui je le vois comme un expert en mots d’amour, en mots coquins, voire même peut être en caresses... Il doit être le témoin de scènes de tendresse, de rapprochements, de roucoulements, de baisers, de déclarations plus ou moins chastes. J’imagine qu’il a la chance de temps en temps d’en voir un peu plus, un peu plus de peau, un peu plus de fougue, un peu plus d’audace dans les mains des protagonistes qui s’égarent... Les instants sont brefs et il extrapole probablement la suite, dans cet autre lieu clos qu’est la chambre où se rendent tous ces amants. J’espère en tous cas qu’il est plus lubrique que romantique !

Il y a un ascenseur entre tous je connais bien. Je l’emprunte tous les jours depuis six ans sur mon lieu de travail. Je l’ai toujours trouvé d’un ennui mortel ! Un ascenseur d’administration ça n’a rien de très glamour. Il voit et entend quoi ? Le plus souvent des gens sans enthousiasme, qui auraient préféré rester couchés, qui attendent le week end, qui parlent boulot d’un air blasé, qui échangent des politesses « Bonjour, ça va ? , il fait beau, bonne journée... ». Oh bien sûr il assiste aussi à des moments plus agréables : blagues, fous rires, confidences, échanges de ragots... Mais malgré tout son existence est bien banale et il paraît plutôt froid et sans âme.
Sauf que... Depuis quelques temps il se passe de drôles de choses dans cet ascenseur. On y échange des regards et des sourires complices, on lui tape gentiment dessus dans l’espoir d’accélérer la fermeture des portes, on le fait monter et descendre juste pour le plaisir... Et plaisir est le mot juste car lorsqu’il se referme sur toi et moi les brefs instants qu’il nous offre sont exquis ! On lui donne du spectacle à ce pauvre ascenseur triste, on le laisse partager un secret qu’il ne pourra jamais répéter : celui de nos baisers, de nos étreintes rapides entre deux étages, de nos caresses parfois, de quelques mots chuchotés...
J’aime à croire qu’on le rend un peu heureux, qu’on égaye son quotidien, mais lui nous le rend bien mal je trouve ! Pas fichu de tomber en panne au moment où ça nous arrangerait et de nous offrir un long moment d’intimité que nous pourrions mettre à profit pour lui montrer un peu plus à quel point on s’apprécie. Un ingrat ! Si seulement il pouvait avoir conscience de ce qu’il rate...
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