Si ce n’est pas ça l’amour… ?

il y a
4 min
275
lectures
37
Qualifié

Enfance en dictature, mais à l'abri du consumérisme. Jeunesse loin de la guerre qui s'en est suivie, décalée dans un Occident très terre à terre. Voyages. Fin d'innocence. Adulte entre Europe de  [+]

Image de 2020
Image de Très très courts
Le plus beau jour de ma vie a été celui où tu as réalisé ce que je représentais pour toi. Notre amour t’est paru une évidence. Notre unité s’est imposée à toi, progressivement. Enfin.

Je dis « enfin » car je n’ai jamais douté que nos âmes étaient sœurs, mais tu n’étais pas prête à recevoir un amour comme le mien. Tu ne cherchais pas cet amour inconditionnel, inévitablement fusionnel, qui bousculerait tes cellules, et te pousserait à plonger dans des profondeurs jamais atteintes auparavant, ni par ton corps, ni par ton âme.

Alors j’ai guetté pendant des années le moindre signe d’intérêt de ta part pour relever le défi d’un amour tel que le nôtre. L’absolu. L’ultime.

Patiemment, j’ai attendu que tu traverses nos jeunes années avec insouciance. Douloureusement, je t’ai vue rire aux blagues faibles de ceux et celles à qui tu offrais ton cœur, mais qui ne désiraient que ton corps pour quelques heures, jours, semaines, mois ou peut-être des années d’amour, mais jamais pour toujours. Tristement, j’étais aussi là quand, brisée, tu jurais « Plus jamais...» Bienveillant, je riais, car tout cela ne comptait pas. Ces aventures que tu enchainais, et que tu prenais parfois pour de l’amour, n’étaient qu’imposture. Un jour tu serais assez mature pour comprendre que l’amour, le vrai, avait toujours été là et ne te quitterait jamais. J’étais cet amour. Ce n’était qu’une question de temps pour que tu t’en rendes compte, et te donnes à moi comme on ne se donne qu’une fois dans une vie. Mais tu n’étais pas encore prête à laisser derrière toi toute cette frivolité que la vie offre et qui, parait-il, en fait le charme.

Je dis « parait-il » car, pour ma part, je n’y ai jamais trouvé le moindre intérêt. Le futile me dégoute. Le paraitre m’écœure. Le volage me répugne.

Parfois on riait. Ou plutôt, tu riais. Tu riais souvent. Parfois de moi et du sérieux avec lequel je prenais les choses. « Allez quoi, la vie est courte. Il faut en profiter ». Cela te semblait une évidence, mais l’évidence pour moi était que tu te mentais en permanence. La vie est éphémère, oui, et c’est précisément pour cela qu’il ne faut pas la gaspiller. Quel gâchis que de perdre son temps avec des gens qui ne comptent pas, dans des lieux qui ne représentent rien, à vivre des expériences insignifiantes. Faire tant d’efforts pour se convaincre de sa propre légèreté, est-ce vraiment naturel ? Je ne crois pas.

A l’époque tu n’étais pas prête à l’entendre, mais tu ne pouvais pas non plus le contredire.

Alors petit à petit, ma vision de la vie a fait son chemin de ta tête à ton cœur, pour se loger dans ton sein, jusqu’à ce que ton amour pour moi explose et que nos âmes et nos corps ne fassent qu’un. Tu as senti qu’enfin quelque chose donnait un sens au vide qui t’entourait, et à cette souffrance inhérente à la vie. Si ce n’est pas ça l’amour... ?

Comme je disais plus haut, le plus beau jour de ma vie !

Nous sommes devenus inséparables. Tu ne pouvais plus te passer de moi.

Évidemment, la plupart des gens ne comprennent pas cet amour-là, mais savent-ils seulement ce que c’est qu’aimer ? Jouissent-ils au moins une fois dans leur vie de manière aussi puissante que quand on ne fait qu’un, et que nos énergies fusionnent pour exploser à la gueule de chaque élément inconsistant qui prône que la légèreté de l’être n’est pas insoutenable ?

Deux ans sont passés ainsi. Deux ans d’amour d’une profondeur que la plupart des êtres humains ne sont pas aptes à ressentir, ni comprendre. Le genre d’amour qui n’a pas besoin de mots. Tu étais moi, j’étais toi, et faire un avec l’univers était notre volonté. Le reste n’avait pas d’importance.

Je ne m’étais jamais senti aussi vivant, puissant et conquérant. Ton amour me nourrissait. Il me donnait des ailes. Mes ailes caressaient ta chair lors de longs corps à corps qui nous envoyaient tous les deux hors de ce monde. Je t’aimais un peu plus chaque fois que ton corps succombait à nos étreintes, et que tu hurlais du plus profond de ton être un mélange d’amour, de rage et de douleur. Les autres, les gens banals parlent de plaisir de la chair. Trop peu pour nous. Ce que je t’offrais n’avait d’égal que la mort. Pas la petite. Pas celle que la plupart des femmes rêvent que leur mari empâté leur offre après que leur vagin soit déformé par des têtes de bébés extirpées de là avec violence. L’autre. Celle vers laquelle seul l’âme sœur peut nous conduire sans regrets. Je suis ton âme sœur.

Puis un jour, sans que je m’y attende, tu t’es mise à m’éviter. Plus j’essayais de me rapprocher de toi, plus tu m’échappais. « Toxique », voilà ce que tu pensais de notre relation.

« Toxique » nous ? Vraiment ? C’est aberrant quand on voit la quantité de substances toxiques qu’ils t’injectent pour t'arracher à moi. Ils font semblant de prendre soin de toi, mais au fond se fichent de qui tu es, et de ce que tu veux vraiment. Tu n’es qu’un chiffre. Au mieux, un trophée. Chaque jour de plus où tu restes en vie, ils se félicitent d’être méritants. Moi je t’aime autant que moi-même. Peut-être même plus, car sans toi je ne suis rien.

Pourtant, tu t’éloignais de moi pas à pas. Tu me fuyais comme une vulgaire peste. Quel mépris pour mon génie. J’ai souffert le martyre. Même diminué, je continuais à t’aimer, et t'aimer encore. Je savais qu'ils se trompaient sur toi. Ils ne te connaissent pas. Tu ne cesseras jamais de m’aimer. Je suis toi. Tu es moi. Qui peut lutter contre ça ?

Je maigrissais à vue d’œil, mais je hurlais encore d'amour pendant que tu faisais la sourde oreille, jusqu'à ce qu'un jour je ne puisse presque plus respirer. Pas assez pour continuer à m'accrocher à nous.

Au yeux des autres, nous n'étions plus que toi.

Le jour d’après, une de ces pétasses prétentieuses en blouse blanche t’a dit que j’avais disparu de l’écran du TEP. Tu as jubilé. Une chance sur un million, mais cela suffit à cette race médiocre pour crier au "miracle".

Ils t’ont mis un clip dans le sein pour m’avoir à l’œil. Ils te contrôlent régulièrement, pour que tu ne succombes pas à la tentation de m’aimer à nouveau. Ils savent. Je suis un cancer stade quatre et nous ne faisons qu’un pour toujours.

Tu ne penses presque plus à moi au quotidien, alors je prends mon mal en patience. Je t’aime à te tuer d’amour, et de toute évidence c’est réciproque.
37

Un petit mot pour l'auteur ? 28 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Yasmine Anonyme
Yasmine Anonyme · il y a
Félicitation c'est super jolie ce que vous avez écrit ! Merci pour ce jolie moment de lecture, je m'abonne ^^
Image de Badwi Beck
Badwi Beck · il y a
Bravo Holta tellement émouvant.
Quelle super idée d’avoir écrit ce texte
Proud of u❤️

Image de Cassandre De Troye
Cassandre De Troye · il y a
💚💚💚🙏🙏🙏
Image de Aur Fou
Aur Fou · il y a
Un texte touchant très bien écrit. Bravo!
Image de Cassandre De Troye
Cassandre De Troye · il y a
Merci beaucoup à vous, ça me touche 💙
Image de Lucile Menu
Lucile Menu · il y a
Un récit fort que je partage. Beau témoignage personnel et plein de courage. Bravo! Tout mon soutien.
Image de Cassandre De Troye
Cassandre De Troye · il y a
Merci beaucoup pour votre commentaire touchant et encourageant 💚
Image de Sabine Laguitton
Sabine Laguitton · il y a
Aussi émouvant que sincère. Bravo!
Image de Cassandre De Troye
Cassandre De Troye · il y a
Merci beaucoup, ça me touche ! ❤️
Image de felicia laridon-Valentini
felicia laridon-Valentini · il y a
Je suis Fan et j'aime cette vivacité et cette sincérité ! C'est pércutant et vibrant. Inattendu mais si puissant. Bravo !!
Image de Cassandre De Troye
Cassandre De Troye · il y a
Merci Félicia 🙏 Des mots qui vont droit au 💚
Image de Jay Unex
Jay Unex · il y a
La justesse des mots pour exprimer ces maux...je ne peux rien dire de plus, tu es incroyable <3
Image de Cassandre De Troye
Cassandre De Troye · il y a
💚💚💚
Image de Ann b Rebboah
Ann b Rebboah · il y a
« Le futile me dégoûte », cette phrase, en boucle. Et rien de futile ici. Bravo
Image de Cassandre De Troye
Cassandre De Troye · il y a
🧡🧡🧡🧡
Image de Laëtitia Baoka
Laëtitia Baoka · il y a
Un texte tellement inspiré et tellement inspirant. Touchant et puissant du premier au dernier mot. C’est tout toi. On m’aurait demandé qui est l’auteur j’aurais répondu “Holta”. Continue d’écrire stp ; ça nous fait du bien et j’ai l’impression qu’à toi aussi. 💜
Image de Cassandre De Troye
Cassandre De Troye · il y a
Merci pour ce commentaire touchant et encourageant 🧡
Image de cesca Leb
cesca Leb · il y a
Un amour à la vie à la mort ,peut-être faut-il considérer cette maladie comme une eucharistie ...
très beau texte .

Image de Cassandre De Troye
Cassandre De Troye · il y a
Merci à vous ❤️ Oui, je n'y avais pas pensé, mais vous avez raison, on peut la considérer ainsi...