Shortman

il y a
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Toute ma vie a été bercée par la littérature, la poésie, et le théâtre. J'ai pris la plume très tôt, et bien que légère elle donna du poids à mes mots, qui devinrent des récits, des  [+]

Dans la mégalopole de Livreville, une menace pesait sur tous les habitants, ainsi que sur toutes les institutions. Mais avant de vous en dire plus, laissez-moi d'abord vous parler de Livreville. Livreville est la ville qui compte le plus d'écrivains, de romanciers, de poètes et d'auteurs de bestsellers au monde. Pour y résider, pas besoin de visa. Il suffit d'être un auteur à succès.

Toutes les bibliothèques, les plus grandes librairies se trouvent à Livreville, LV, pour les habitants. Quel est le gentilé de LV ? Les Livrevilains. Ici, un simple petit kiosque à journaux avait l'allure d'un édifice de plusieurs étages. Imaginez la taille que pouvait avoir une bibliothèque. Il fallait plusieurs jours à l'ascenseur pour atteindre son sommet.

À Livreville, tout le monde vivait heureux et dans la prospérité ! Les rotatives tournaient à plein régime. Huit cents nouveaux auteurs étaient édités chaque jour, les maisons d'édition s'en mettaient plein les poches ! Des sagas, des trilogies, des anthologies, des romans-fleuves s'écoulaient par centaines de milliers d'exemplaires !

Ici, il n'y avait qu'une seule distraction : la lecture. Le cinéma et les concerts n'avaient pas cours. Ces autres distractions, considérées comme frivoles et mineures, étaient réservées uniquement aux sinistrés de la cabucelle. Non, à LV, le QI était bien trop élevé ! Chaque habitant lisait, au minimum, quelques centaines de pages par jour !

Chaque habitant, sauf un. Shortman. Shortman était un plumitif, un écrivaillon qui n'avait jamais décroché le moindre contrat d'édition. Il avait jadis griffonné quelques lignes, sans succès. Moqué par tous les auteurs, rejeté par toute la communauté littéraire, Shortman vivait en ermite dans une banlieue sordide de Shortcity. Son adresse était ce qu'il avait écrit de plus long dans sa vie. D'ailleurs, les Japonais lui dérobèrent son idée, et baptisèrent cela « des haïkus. »

Mais un jour Shortman décida de se venger. À l'aide de son ami Beschparel, il tenta de faire entrer clandestinement les fautes d'orthographe à LV. Ce fut un échec total ! Les fautes reçurent une correction mémorable, comme jamais de mémoire de littéraire, devinrent des mots corrects, respectables et lus de tous, et firent le bonheur des meilleurs auteurs.

Alors Shortman élabora un nouveau plan :

— Ils se foutent de ma gueule avec leurs bouquins de mille pages ! Ils se foutent de moi parce que tout ce que j'ai écrit de plus long dans ma vie, c'est mon adresse ! Hé bien ils vont voir ce qu'ils vont voir ! Ha ! Ha ! Ha !

Shortman enfila sa tenue de super-zéro : une feuille devant, une feuille derrière, une couverture de grimoire sur le dos, et deux livres de poche en guise de sandales. Il profita du week-end pour infiltrer la bibliothèque principale, et inséra un nouveau programme dans l'ordinateur central : un programme de littérature courte !

Dès lundi matin, sortaient des imprimeries un nouveau format littéraire : le TTC. Entendez par là, le très très court. La population se réveilla et se retrouva sous le choc ! Tous les poèmes étaient devenus des haïkus ! Même les amateurs de blagues carambars des cités voisines n'en voulaient pas ! Les Livrevilains, quant à eux, habitués à lire des pavés de milliers de pages et de plusieurs kilos, se retrouvèrent avec trois lignes à lire, et, au maximum, pour les plus chanceux, une dizaine de lignes tout au plus dans une nouvelle... très brève. Rapidement ce fut la dépression. L'industrie du livre s'effondra. L'illettrisme gagna la populace. Les plus érudits faisaient des fautes d'orthographes à chaque mot. Livreville fut la risée de toute la planète. Un ministre de l'inculture était chargé de maintenir tout ce beau monde dans l'ignorance. Mais, c'était compter sans Liberman... À bientôt pour de nouvelles aventures anti-littéraires !





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Viviane Fournier · il y a
Oh Felix, voilà, tu es bien là .. espiègle, malin, insolent et .. touchant toujours .. alors oui, j'attends la suite .. bises du soir vers toi ...
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Utilisateur désactivé · il y a
Heu... et si c'était Liberwoman qui venait au secours de LV ?
Bravo pour ce beau délire....j'attends la suite.

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Felix Culpa · il y a
Merci beaucoup Arletyna ! Dès demain, le suite !
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Utilisateur désactivé · il y a
On n'a qu'à bien se tenir :)
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Felix Culpa · il y a
Merci Jean-Yves ! La suite arrive ! ;-)

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