Shore break

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J'écris pour inventer des libertés, pour m'approprier les pleins pouvoirs, pour (m'auto)critiquer, pour (me)sauver, pour (me)venger...mais aussi pour déterrer et dompter les monstres (intérieurs)  [+]

Image de Automne 2016
Il s'appelle Miguel. Il aurait voulu s'appeler Michael. Ou Sean. Il aurait voulu une peau de blond bronzée de soleil. Une peau de lait au café. Avec de longs cheveux couleur des blés emmêlés de vent et d'iode. Mais il est Miguel. Et de toute façon, sur une planche de surf, ici, tout le monde est Michael ou Sean. Car l'océan ne fait pas de différence: il s'offre à chaque surfeur avec la même convivialité. La même sauvagerie aussi.
Miguel le sait mais l'oublie souvent en faveur de l'appel de l'eau. C'est comme une dépendance aux vagues qui certains jours l'étreint à tel point que seul le fait d'entrer dans l'océan l'apaise. Comme ce jour où Maria et lui s'étaient disputés. La mer n'était pas si mauvaise que ça pourtant. Cependant il avait bu. Du vin. Beaucoup de vin. Mauvais en plus.
Il était entré dans l'océan en chancelant. Sa planche de surf sous le bras. Il hurlait sa colère dans le soleil couchant. Il s'enfonçait lentement dans l'eau noire. Elle était encore chaude, les dérivés du bleu de l'eau fascinants, le ressac léger, le sable sous ses pieds si doux... Et peu à peu, il oubliait la terre. Il oubliait Maria. Un temps du moins.
Lorsque les vagues étaient au rendez-vous, il montait sur sa planche de surf. Intrépide, il affrontait à la fois l'océan tumultueux et le vent indocile dans des figures qui donnaient l'illusion que l'homme pouvait flirter avec l'invulnérabilité. L'immortalité.
Ce jour-là, en regagnant le rivage, il eut l'impression d'être un homme neuf. Lavé de tous ces chagrins. Une renaissance en quelque sorte. Ses barrages intérieurs avaient cédé et sa colère l'avait enfin quitté. Ainsi que son attention de surfeur aguerri. Car un surfeur ne tourne jamais le dos à l'océan...
Sans signe avant-coureur, un rouleau de bord le fit alors basculer en arrière. Le ressac l'aspira. L'océan l'avala. Prisonnier de l'eau, tel un pantin aquatique, Miguel cherchait la surface, hurlait dans l'eau trouble, mendiait de l'air. En vain.
Car il fût projeté soudainement et férocement contre le sable. Un choc équivalent à un plongeon dans une piscine sans eau. Inconscient, il n'opposa aucune résistance lorsque l'océan l'avala définitivement. C'est ce que le légiste rapporta à Maria en pensant la réconforter le jour où on retrouva son corps dans un petit port à quelques kilomètres de leur village.
Il était Miguel. Pas Michael, ni Sean. Seulement Miguel.
Mais il les avait rejoints.

Michael Peterson, surfeur (1952-2012)
Sean Collins, surfeur (1952-2011)

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