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Shazam Bones, le chaventurier (partie I)

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Laurent Tixier

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Le délicieux liquide inonda le palais de Shazam Bones. Cette sensation était tout simplement magique. Il savoura, fermant les yeux, sa queue battant frénétiquement. Il était presque en transe. Il fut sorti de sa torpeur par le claquement de la porte du saloon qui se refermait. Cet évènement le soulagea plus qu’il ne l’agaça, car s’il avait continué sur sa lancée, il aurait bien pu se mettre à ronronner ; et serait devenu la risée de tout le saloon. Alors, l’aventurier solitaire s’essuya les vibrisses, avant de se retourner pour aviser le nouvel arrivant. Ce faisant, il nota mentalement de demander au barman comment il avait fait pour trouver du lait. Depuis Le Grand Chambardement, c’était la première fois qu’il en dégustait. Shazam regarda donc qui venait d’entrer. Et il ne regretta pas de l’avoir fait.
Une splendide Siamoise se tenait devant lui. Il la contempla longuement, ce qui n’eut pas l’air de la déranger, bien au contraire. Elle arborait une magnifique fourrure colourpoint, blanche, avec les extrémités noires. Ses yeux en amande, d’un bleu aussi profond que la Grande Baignoire, l’attiraient comme les fleurs attirent les abeilles, et sa queue longue et fine lui faisait penser à un Mamba Noir, gracieux mais à la puissance redoutable. Cette chatte semblait aussi dangereuse que belle. Le genre de minette qu’il faut éviter, si on ne veut pas éviter de devenir fou.
Il en connaissait un qui avait sombré dans la Cataire et se prenait à présent pour un chien, passant son temps à aboyer et à courir après tout ce qui roulait. Tout ça à cause d’une belle chatte. Cela aurait dû le dissuader de continuer à contempler la chatte, mais il aimait le danger. Alors, il la fixa droit dans les yeux.
La belle féline garda la pause encore quelques secondes, comme si elle se nourrissait de tous les regards braqués sur elle. Car, Shazam s’en aperçut alors, il n’était pas le seul à contempler la splendide créature. En fait, pas une seule tête n’était tournée dans une autre direction.
Puis la chatte aux yeux bleus se remit en marche. Et elle avança droit vers Shazam. Elle s’arrêta seulement à quelques centimètres de lui, si près qu’il pouvait sentir son souffle tiède sur son museau.
- Vous êtes perdue ? demanda l’aventurier.
- Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? répondit la chatte.
Sa voix douce et suave le prit aux tripes. Un sentiment qu’il n’avait jamais connu se distilla lentement en lui. Il rétorqua, le cœur au bout des lèvres :
- On voit très peu d’étrangers, à Devil’s Hole. Il n’y a ici que des gens assez fous pour aimer y vivre, ou d’autres qui ont un intérêt à y passer de temps en temps.
- Peut-être appartiens-je à l’une de ces deux catégories...
- Vous ne m’avez pas l’air du tout allumé. Vous devez donc être là pour affaire, mais je ne vois pas du tout ce qu’un ange tel que vous peut avoir à faire dans l’antre du diable.
- Il faut se méfier des apparences, mon cher Shazam.
L’assistance laissa échapper un hoquet de surprise. L’aventurier lui-même en eut un sursaut.
- Vous me connaissez ?
- Seulement de réputation.
- Mais comment m’avez-vous reconnu ?
- Il faut dire que votre portrait est très réussi.
Sans laisser le temps de répondre à Shazam, la chatte lui tendit une affiche. Il y découvrit un dessin de lui, très ressemblant. Haut-dessus, en gros caractères, était écrit « Recherché, mort ou vif », et en dessous, il put lire le montant de la somme promise à celui qui le capturerait.
- 100 000 pièces ! Mais qui peut vouloir ma peau à ce point-là ? Je ne vois aucun nom, ni aucun blason.
- La Ligue des Chats Noirs. Les affiches étaient placardées sur les murs de la ville d’El Gato Loco, qui est entièrement sous sa coupe.
- La Ligue ? Mais je n’ai jamais eu affaire à eux. Je ne les connais que de réputation.
- En tout cas, eux, ils vous connaissent.
- Mais au fait, pourquoi me montrez-vous ça ? Et pourquoi êtes-vous venue jusqu’ici ?
La chatte se fendit d’un sourire à la fois charmant et inquiétant. Celui du prédateur qui se délecte d’avance à l’idée de déguster sa proie.
- Je ne me suis pas présentée. Lady K., chasseuse de primes.
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