Seul au cœur du Silence

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Âgé de Dix-Neuf années , j'arpente les contrées de mon vaste imaginaire afin de relier tout ce que j'entrevois en songe, depuis que j'ai atteint l'âge de raison. J'aime l'écriture, car elle  [+]

Avez vous déjà fait l’expérience d’être seul au milieu de tous ? De ne pouvoir rien dire car les risques seraient bien trop grands ? De ne pouvoir hurler, alors que cela vous est insupportable ? De ne pouvoir agir quand le fléau dont vous souffrez, affecte ceux et celles qui vous aiment ? D’être soudain pris par de terribles pulsions meurtrières, vous mordant parfois jusqu'au sang pour résister à la prise de possession de la Folie ? De ne pouvoir parler, car on pourrait vous faire croire que cela compromettrait votre existence ? Cela pour finalement dire, que tout cela je l’ai connu. À force de subir sa présence, j’ai accepté de ne faire qu’un avec le Silence. De ce fait, je suis devenu tout et rien à la fois. Et mon nom dans tout cela ? Je ne m’en souviens plus... Il s’est évaporé quand j’ai abandonné ceux qui m’ont vu naître et grandir, quand celle qui m’a aimé m’a quitté, afin qu’ils ne subissent pas les ravages de ce qui me ronge depuis que je suis né. Afin qu’ils ne finissent pas comme elle. Je n’ai pu la sauver de cette « Bête Noire » qui se nourrissait de moi et par conséquent, elle en est morte de chagrin. Mais si je vous dis tout cela, c’est que je dois vous raconter comment j’ai pu surmonter ce pesant Silence, qui était mon seul ennemi et ami. Et dire que je croyais qu’il n’y avait aucune solution à ce problème, qu’à la mort de ma bien aimée le Spectre de la Conscience étant disparu pour laisser place à celui de l’Inconscience, j’étais définitivement perdu. Et bien c’est ce que je pensais avant qu’elle ne croise ma route... Si puissante qu’elle déchira, de par sa seule présence, ce monotone Silence, en faisant rugir les ordres de l’unique raison de son existence : Abolir son parfait contraire, celui qui me hantait tant, le malicieux Silence. Elle se nommait la Voix. Elle s’était éveillée du plus profond sommeil sans fin de ma défunte conscience, afin d’éclaircir dans mon esprit embrumé mon avenir incertain. Craintif, de ne l’avoir jamais perçu, je fus tenté de la fuir. Cependant, elle me sembla plus agréable et plus compréhensive que ne l’était le Silence. Aussi, je finis par me résoudre à l’écouter et à la laisser m’appréhender. Cela finit par créer une confiance mutuelle entre nous deux au fil du temps, puisque, contrairement au Silence, la Voix ne me craignait pas. Puis, elle me présenta une de ses nombreuses amies, qu’à l’écoute de ce nom, on pourrait les croire sœurs, puisque elle se nommait : La Voie. Cette dernière me révéla que je ne devais pas craindre qui j’étais, ou plus précisément « qui » j’étais. Que ce que j’ai toujours considéré comme étant un fléau, n’était autre que ma future destinée. Que tout ce qui m’était arrivé était nécessaire à l’accomplissement de ce que je devais par le futur accomplir. Bien que je ne compris pas tout de suite le fin mot de l’histoire, la Voix s’arrangea avec la Voie, d’un accord commun, elles prononcèrent, telle une solennelle prophétie, ceci :
«  Ton nom sera Kitter, Dexterann Kitter. Tu as vécu loin et isolé de l’Humanité, mais tu peux encore la guider vers le droit chemin. Tu peux encore la sauver du Mal qui la guette dans l’ombre, celui qui la fait souvent sombrer dans la corruption, la désolation... Et, même si cela ne rime pas, le sens n’en reste pas moins différent, nous te parlons bien évidemment de la Mort. Longtemps, elle sera ton amie, ton amante, ta vie. Tu devras l’aider, Kitter, car elle t’assistera dans ta sinistre tâche. Tu seras son messager, son prophète et son exécuteur. Tu devras juger de qui mérite de vivre ou non. Réguler ceux qui vivent ou meurent, telle sera ta mission en ce monde. Mais pour assurer ta survie, bien que nous serons toujours à tes côtés, laisse le Silence guider tes propres pas. Et souviens bien toi que, même si la vie ne tient qu’à un minuscule petit fil, tu ne dois pas répéter les erreurs de ton passé. Autrement dit, n’utilise plus ce petit fil pour lier accidentellement les gens vers un funeste destin. Ceux qui doivent mourir de ta main seront liés par un seul fil, connu sous ce nom si familier : la criminalité. Maintenant, Kitter, va et accompli ton destin en ce monde... ».
Alors que je voulu leur poser une question, je me heurtais brusquement à un vide bien trop familier. Le Silence, à leur demande, était venu. De nouveau, il m’enrôlait dans son corps armé. Alors sans un mot, je le laissai guider mes pas vers ma destinée. Sortant, sans difficulté aucune, de la cellule dans laquelle je dormais depuis bien trop longtemps, je vis que mon ancien ennemi et ami remplissait bien son rôle, car dans l’enceinte du bâtiment, pas un bruit ne régnait. Le Silence était maître de ses lieux. Tandis que j’enjambais les corps de ceux qui m’avaient retenu dans cet angoissant endroit, je vis au loin une vieille connaissance, dont le seul nom qui me revenait de lui était celui ci : «  Le Seigneur ». Un seul regard suffit à me faire comprendre que je lui devais cette bienfaisante tâche. La Voix et la Voie étaient ses prophétesses et le Silence, aussi surprit que moi fut-il, ne s’en plaignait pas. Le Seigneur avait depuis longtemps besoin d’une Main qui n’hésitait pas à se salir les mains, il avait donc décidé que mon heure était enfin venue. Grâce à lui, ma nouvelle identité était toute tracée : J’étais Kitter, Dexterann Kitter, le Juge Exécuteur.
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Manon Corouge · il y a
C'est un texte entraînant qui nous emmène dans un monde proche de notre réalité intérieure, des craintes, des peurs que l'on peut avoir mais qui finalement retrace le chemin initiatique par lequel beaucoup d'entre nous sont passés, du moins en ce qui concerne la Voie qui s'associe à la Voix et qui pourrait représenter notre personnalité toujours plus assumée. C'est un univers agréable, de par l'aura sibylline qu'il dégage et qu'on prend plaisir à découvrir. Mais peut-être manque-t-il encore parfois un peu de clarté pour le lecteur : les métaphores sont parfois difficiles à distinguer de la réalité de l'histoire. Ce n'est pas dérangeant en soi, mais comme l'univers est déjà mystérieux de base, cela fait beaucoup de mystère dans lequel on peut parfois se perdre. Cela n'enlève cependant rien à la maitrise du style et à la structure générale du texte sur lesquelles je ne vois pas grand chose à redire. Bravo pour ce premier écrit et bienvenu sur Shortédition.
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Lyshinyr Wos · il y a
Et bien merci pour ce commentaire très constructif, encore une fois j'en perds mes mots devant la pertinence de tes analyses. Je ne sais quoi dire, si ce n'est merci. Pour ce qui est de la clarté, c'est un défaut et une qualité propre à tous mes écrits, du moins les plus sombres, car j'aime jouer avec la confusion et le mystère. Merci d'avoir lu cette histoire.
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Manon Corouge · il y a
Oui c'est aussi une qualité et c'est ce qu'on apprécie justement dans ce texte. Il ne faut pas changer cela je pense. Ce serait d'ailleurs étrange de me part de soutenir le contraire alors que j'en fais parfois de même dans mes écrits ! :)

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