Seul

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Seul, me voilà maintenant seul.

Misanthropes, je suis en train de vivre votre souhait le plus cher. Hypocrites... oh pardon, philanthropes, je suis en train de vivre ce que vous n’aurez jamais le cran de faire. L’insignifiance des relations m’a poussé à devenir ainsi, je n’ai jamais été du genre à acheter une plante verte pour prétendre m’en occuper et la jeter le mois d’après. Les souvenirs de mes moments de joie n’arrivent pas à compenser l’immense abîme qui se creuse à chaque déception. Parlons de cette joie d’ailleurs, seule émotion qui tente vainement de lutter à nous dessiner un sourire sur les lèvres face à ses rivales : la peur, la colère et la tristesse. Et nous mortels, nous devrions nous contenter de cet intarissable ascenseur qui oscille au gré du Destin ?

C’est fini maintenant, j’ai construit mon petit coin de paradis en bannissant mon humanité, Sartre serait si fier de moi. C’est qu’il est déjà midi alors que j’ouvre à peine les yeux ? Au diable la paresse, je remonte la couette jusqu’à mes oreilles. Me promener nu dans ce qui me sert de refuge ? Au diable la décence, je te jette mon caleçon à la figure. Ah que je m’amuse, personne pour me contredire. J’ai toujours raison ! Ah que je m’amuse, du moins les premiers jours...

Il s’avère que je n’ai plus d’énergie, les jours se ressemblent tellement qu’ils perdent tout intérêt. Pas une once de motivation même pour me faire plaisir. Pour me faire quoi ? Plaisir ? J’ai tellement savouré toutes ses saveurs qu’à la simple prononciation de mot, je ressens sur ma langue une inexorable fadeur.
Ma pilosité a repris ses droits, elle a réussi à vaincre la raison. Poussez donc poils et cheveux, vous êtes aussi libre que moi de vous exprimer ! Montrez donc au monde de que vous avez à dire, montrez-moi ! Mon corps aussi commence à n’en faire qu’à sa tête. Mon torse s’aplatit, mes jambes deviennent de plus en plus amorphes alors que mon ventre gonfle à vue d’œil. Et que dire de ce visage qui se reflète dans le miroir ? Mes cernes s’allongent de jour en jour en dépit de mes heures de sommeil qui défient la raison, elles vont bientôt atteindre le sillon qui se creuse dans mes joues à mesure que le temps passe. Et surtout, la flamme d’antan qui illuminait mon regard s’amenuise à la façon d’une bougie oublié sur une table un soir d’été. Ah, il était temps. Me voilà, me voilà enfin !

C’est donc ainsi que je devais apparaitre, ainsi que nous devrions tous apparaitre. Plongé dans la noirceur de mon âme, mon apparence difforme se devait de se montrer, telle la faune pittoresque qui habite les abysses de notre monde. Il ne manque plus que toi, alors montre-toi ! Il est temps de livrer mon ultime combat ! Je te défie toi, ou plutôt moi ! Montre-moi qui je suis vraiment, montre-moi qui de l’Homme ou de la Bête a sa place en mon esprit !

Je veux savoir qui est le plus fort entre l’instinct et la raison, je veux savoir si la rage a le dessus sur la retenue, la satisfaction domine-t-elle la récompense, l’utopie peut-elle vaincre le réel, qui gagne entre l’énergie et la réflexion, qui de l’empirisme ou de l’innéisme détient la vérité, l’anarchie doit-elle remplacer la démocratie ? Qui ? Qui ? QUI SUIS-JE ? QUE SUIS-JE CENSE ETRE ?

Ah quelle bataille acharnée, les chocs sont trop durs à encaisser. La vérité que je cherche est bien trop périlleuse, je ne peux y faire face. J’ai peur d’y faire face. J’ai peur de me voir. J’ai peur de me connaitre. Je suis trop dangereux pour cela. Les limites imposées à notre âme servent-elles donc à contenir la Bête profondément endormi dans les abysses de nos instincts ? Rendors-toi Bête immonde, ta puissance n’a pas la place parmi nous, rendors-toi nous ne sommes pas encore prêts pour ta venue.

Seul. Venez m’aider, me voilà maintenant seul. Venez donc me sauver... de moi !
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