Seul

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Seul, j'ai toujours été seul. Aussi loin que je puisse me souvenir, j'ai toujours fui le monde ou le monde m'a fui. Seul, comme cette plante verte qui vit, se nourrit, grandit, fait semblant d'être bien mais n'a aucun goût à l'existence.
Seul, comme ce cygne que je peux observer de ma fenêtre, voguant sur l'eau comme une voile emportée par le vent. De temps en temps, un insecte ou un batracien quelconque lui rend visite mais, bien vite, ce visiteur repart, le laissant seul dans sa nuit noire.
Noir comme lui, ce cygne est noir, différent des autres, de ces beaux volatiles blancs, gracieux, que l'on photographie dans des paysages enchanteurs. Jamais une femelle ne s'est intéressée à lui. Il n'est pas beau, n'a pas bon caractère, n'est pas très sociable. Avec qui s'entend-il ? Avec personne! Sauf, peut-être, avec ce vieux héron à la patte cassée qui, de temps en temps, s'arrête dans la mare afin de voler quelques poissons pour apaiser sa faim. Il s'intéresse un peu à lui, à ce cygne noir qui erre, l'âme en peine ou peut-être en a-t-il pitié? Mais de toute façon, il repart et l'oiseau se retrouve à nouveau seul, encore un peu plus seul peut-être!
Tiens, on frappe à ma porte. Ce doit encore être ce vieux voisin, ce boîteux qui s'inquiète parce qu'il ne m'a plus vu depuis quelques jours. C'est vrai que je ne suis plus sorti de chez moi depuis dimanche. Pourquoi l'aurais-je fait ? Pour qui ? Pour faire quoi ? Pour rencontrer qui ? De temps en temps, il vient me voir, tiens, un peu comme le héron...par amitié? Par pitié sûrement! Je n'en veux plus de la pitié des gens. J'en ai marre de leur regard, de leurs yeux qui semblent dire :"Le pauvre, il est seul depuis si longtemps!".
Il frappe une deuxième fois. Je n'ouvrirai pas. Il va partir comme chaque fois où je le laisse tambouriner sans me manifester. Il va retourner dans sa mansarde où il va retrouver sa vieille. Est-il quelquefois seul, lui? Sait-il ce qu'est la solitude? Il va partir abandonnant sur le seuil de ma maisonnette une friandise, un gâteau préparé par sa compagne.
Je vais ouvrir la porte, il sera dans la rue, me fera un petit signe, il aura compris que je n'avais pas envie de parler, il se dira :"Pauvre homme!" et rentrera chez lui. Je ramasserai sa pâtisserie et, tout seul, je l'ingurgiterai sans en sentir le goût, en regardant, par la fenêtre, le cygne noir qui vogue toujours, au gré du vent, SEUL
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