Sépulcre

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Thème

Image de 15-19 ans
Encore aujourd’hui, je me rends au cimetière à quelques minutes à pied de chez moi. Une rose rouge à la main, je passe ces immenses grilles sinistres qui me donnent la nausée. J’arpente d’un pas hâtif ces rangées de pierres tombales où trônent bons nombres de prénoms que je ne connais pas.
J’arrive devant un grand caveau. Il surplombe tout le cimetière tant il est imposant. Je tire une clef de la poche et ouvre le petit portillon. Je m’empresse de descendre les quelques marches qui me séparent de l’entrée.

Lorsque je pénètre dans la grande salle souterraine, les torches s’allument et je frisonne. Ce maudit caveau me fera toujours cet effet. Je prends une grande inspiration et me dirige vers le cercueil qui se trouve au fond. De tous, c’est le plus fleuri et le mieux entretenu. Je dépose doucement la rose que je tenais, restant quelques instants face à la dernière demeure de mon compagnon. J’ai eu beaucoup de mal à accepter son décès mais j’ai fini par me faire une raison : la mort n’épargne personne. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle le frappe aussitôt. C’était un jeune homme, bon et respectable. Il ne méritait pas de mourir, si brutalement, dans un accident de voiture.

Mes doigts frôlent le bois sombre lorsque je le contourne. Au moins, sa mort m’aura permis d’en apprendre un peu plus sur lui. Il n’avait jamais voulu me parler de sa famille, il disait qu’il n’y avait rien à dire sur eux. Pourtant, quand j’ai rencontré ses parents, j’ai cru à une blague. Comment réagir face à des personnes de soixante-dix ans qui en paraissent trente ? J’étais restée interdite, pantoise. Puis, mon imagination s’est mise à vagabonder. Lors de l’enterrement, ses parents ont prononcé des paroles étranges, il me semblait que c’était du latin ou du moins, une langue ancienne.

Ce qu’il s’est passé ensuite, je ne m’en souviens pas vraiment. Tout est flou et je n’arrive pas à reconstituer une vraie scène, même après cinq longues années. J’ai comme une amnésie partielle. Tout ce que je sais, c’est que cette famille n’est pas normale. Ce caveau, ne l’est pas plus. Il semble animé par différentes entités, plus effrayantes les unes que les autres. Les torches s’enflamment seules. La première fois, je suis partie en courant. On aurait dit une hystérique. Mais le phénomène se répète inlassablement. Bien que cela me glace le sang, je me suis habituée. Le malaise est toujours présent mais j’essaie de l’ignorer tout comme ces courants d’air qui vous transpercent et éteignent les flammes qui renaissent quelques instants plus tard.

Je pousse un soupir en me dirigeant vers la sortie. Une masse d’air ouvre violemment la porte m’obligeant à fermer les yeux pour ne pas recevoir la poussière.

- Eh bien, tu ne lui parles pas aujourd’hui ?

Je sursaute et me tourne vers l’endroit que je viens de quitter. Une vieille femme se tient tranquillement debout, un grand sourire aux lèvres.

- Je vous demande pardon ?
- Tous les jours tu viens et tu lui racontes ta journée. Et pas aujourd’hui ?

J’observe la femme âgée. Je secoue la tête et rigole nerveusement. Je pense que le manque de sommeil me monte à la tête, que la folie me guette ou que j’hallucine, ce n’est pas possible autrement. Je me tapote la joue et me frotte les yeux. Soudain, la femme apparaît devant moi et je bondis en arrière.

- Aurais-tu peur de moi ?

Je la scrute longuement alors que son visage ridé se déforme sous une grimace d’interrogation.

- Tu n’as jamais vu de pseudos fantômes ?

Je reste muette comme une carpe et son rire résonne dans le souterrain alors qu’elle se plie en deux en tapant dans ses mains.

- Grégoire ne t’a donc pas prévenu ? Et ses parents ? Décidément, fais-moi penser à leur remonter les bretelles.

J’aimerais fuir mais mes jambes refusent de faire la moindre action. Elle caresse lentement son menton, semblant prendre son temps pour réfléchir.
- Je vais être brève et efficace, tu vas bientôt mourir, ma petite.

Je la regarde disparaître dans un nuage légèrement flou. Je papillonne des paupières, la bouche légèrement ouverte. Lorsque je reprends le contrôle de mes membres, je ne perds pas une seule seconde et quitte le caveau et le cimetière au pas de course, la boule au ventre.

Je suis hors d’haleine lorsque j’atteins mon domicile et m’enferme à double tour. J’essaye de reprendre une respiration normale mais impossible de me calmer. Mon cerveau se montre beaucoup trop inventif ces derniers temps. Déjà que ma meilleure amie a coupé les ponts avec moi car elle me pense folle... Je ramène mes genoux contre ma poitrine en poussant un long soupir. Marilyne, tout va bien. Tu as juste besoin de sommeil.
Sans même prendre le temps de me changer ou d’aller au lit, je m’endors sur le canapé, exténuée.

**
Lorsque j’ouvre les yeux, la lumière m’aveugle quelques instants et je dois prendre plusieurs secondes pour m’y habituer. Je grogne me frottant paresseusement les yeux. Je finis par me redresser, le dos en compote. Dormir sur ce vieux canapé n’était clairement pas une bonne idée.

- Alors, bien dormi ?

Je me lève du canapé et braque mon regard sur la femme de la veille. Je frotte de nouveau les yeux mais malgré toutes mes tentatives, elle est toujours là. Je la regarde se déplacer dans la maison comme si c’était la sienne. Elle se sert un café et je suis étonnée de voir qu’elle peut toucher les objets. Les fantômes peuvent faire ça ? Je reste immobile toute en la regardant prendre place sur l’un des fauteuils du salon.

D’une main, elle m’ordonne de m’asseoir, ce que fait mon corps contre ma volonté. Mais, que se passe-t-il ? Comment peut-elle me manipuler de la sorte? j’essaie de résister mais sans succès. Elle me sourit en soupirant de contentement.

- La famille de Grégoire est un peu spéciale. Il y a des siècles, elle a été maudite par un vieux sorcier aigri et dérangé.

Ma bouche refuse d'émettre le moindre mot, comme si on m’obligeait à garder le silence. Je n’arrive pas à réfléchir. Une sorte de barrière se forme dans mon esprit et seules les informations qu’elle me donne, se fraient un chemin et imprègnent ma mémoire.

- Sa malédiction était simple, tous les membres de la famille Orcs ne dépasseraient pas les trente ans. Grégoire est mort à vingt-cinq ans et toi... elle penche la tête sur le côté. Tu ne devrais pas tarder. Du moins, si tu ne meurs pas, tu ne pourras pas vivre ta vie tranquillement.
Elle se lève et part laver la tasse qu’elle a utilisée.

- Toi qui t’es éprise d’un Orcs, tu es condamnée à finir comme toute la famille : coincée entre le monde des morts et des vivants. Attends-toi à la visite du vieux fou. Il ne devrait pas tarder.

Comme hier, elle disparaît lentement, me laissant de nouveau seule. De la sueur perle sur mon front et je me lève pour attraper mon téléphone. Je dois en parler à quelqu’un, j’en ai besoin. Je ne sais même pas qui sera prêt à me croire ou à m’écouter. J’ai peur que l’on me prenne pour une folle à lier.

**
Des larmes coulent sur mes joues alors que je tape de toutes mes forces contre la porte blanche et renforcée de la chambre dans laquelle je me trouve. Je crie pour que l’on me sorte de là. J’hurle pour qu’ils me libèrent et qu’ils fassent enfin disparaître cette vieille femme qui continue de me harceler. Je me laisse glisser au sol, anéantie, fixant la femme qui arbore un sourire triste.

- Mademoiselle, vous êtes seule dans cette chambre. M’informe une voix qui sort d’un haut- parleur.

L’ancêtre s’approche de moi alors que j’essaye vainement de reculer le plus loin possible. Mes mouvements semblent ralentis et sans force, elle vient passer sa main ridée dans mes cheveux pour les caresser.

- Le vieux fou a décidé de ta sentence. Pour être tombée amoureuse d’un Orcs, tu passeras le restant de ta vie dans cet asile. Prise pour folle et pour seule compagnie, la mienne...
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DEBA WANDJI · il y a
Très beau texte, Maroussja!
J'adhère par ma voix et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

Image de Tarek Bou Omar
Tarek Bou Omar · il y a
Bonsoir Maroussja, ma voix pour ce beau texte :).
Si vous avez un peu de temps, je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le Prix des jeunes écritures : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-soleil-s-eteint-sur-mon-destin-1?all-comments=1#fos_comment_comment_body_4242995. Bonne continuation :).

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Gaelle Ghanem · il y a
Bravo, j'adore votre style! Très beau texte, couragee!
Je vous invite à découvrir mon oeuvre: https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/noir-cest-noir-il-me-reste-lespoir

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Safae Maali · il y a
Super ouvre, mes voix ! Pourrais tu si tu le veux, aller un coup d’œil à mon oeuvre, merci d'avance !
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Plume Enherbe · il y a
Super texte intriguant ! Si tu peux passe lire meurtre à la trappe dans les 11-14 ans!
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Zélia Barber · il y a
Emouvant et véridique ! Très intrigant, bravo, j'ai voté !
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Lili Lanfranchi · il y a
Ton histoire est captivante tu as mes trois votes ! Également lire mon histoire « le journal » dans la catégorie 11-14 ans
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Orlane Vicard · il y a
Salut , j'ai beaucoup aimé ton texte , tu as toutes mes voix ( + 3 ) !!!!!!! Est ce que tu pourrais aller jeté un oeil sur le mien stp . Il s'appelle "Une lueur d'espoir" et il est dans la catégorie des 11-14 ans . Merci d'avance !!!!!!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-lueur-despoir

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Mélina Miallier · il y a
Un instant j'ai oublié que j'étais sur Short Edition, je me suis perdue dans ton texte (ça peut paraître bizarre dit comme ça mais c'est un compliment).