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Savez-vous planter les choux ?

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Kitty Loney

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Vous savez planter les choux, vous ?........................................................................ ouf, j’suis pas tout seul, alors ! Mais, moi, j’ai comme excuse que j’suis qu’un bon-à-rien. Je suis pas une lumière, comme le répète ma Mémé. Rien qu’un pauvre crétin, c’est ce qu’elle dit quand elle s’énerve. « Neuneu », qu’elle m’appelle. « Viens ici Neuneu ». « Mange pas ça Neuneu ». « Te gratte pas là Neuneu... »
- J’sais bien que t’es pas rapide-rapide, mon p’tit gars. Sûr, la nature t’a pas bien gâté de ce côté-là. Elle t’a laissé tout demeuré je ne sais où. Tout comme un môme qu’aurait grandi d’partout sauf du dedans de la tête. Mais faudrait tout de même que t’apprennes à te débrouiller pour la maison, le jardin et tout le toutim.
- Tout le t... quoi ?
- Tss tss. Change pas de sujet. Et réfléchis pas à cogiter : t’es pas équipé pour ! Comment donc que tu feras quand j’serai plus là : tu ne sais même pas planter un chou ! Comment feras-tu ton manger ?
- Mais, où donc que tu veux t’en aller, Mémé ?
- Aaah ! T’occupe pas d’ça !
Ce que je sais moi, c’est que même si une lumière ou même un gyrophare s’en venait à s’allumer dans ma tête, jamais - ô grand jamais, ça non ! - jamais j’aurais l’idée d’aller planter des choux ou n’importe quel autre légume, d’ailleurs. Parce que j’aime pas ça les légumes, à part peut-être les frites ou les coquillettes et d’autres toutim comme ça. Moi, ce que je préfère manger, c’est la viande.
Mais ça me turlupinait cette histoire de pas savoir se débrouiller à mon âge qu’est un âge d’homme, faut bien l’avouer. Alors, j’ai poussé fort dans ma tête, un peu comme on fait pour le bas, mais là, tout dirigé vers le haut. Pour faire venir une idée, voyez.
J’avais bien compris le principe et tout ce qui s’en suit (je suis pas complètement couillon quand même !). Alors donc, on plante un truc et autour il en vient plein d’autres tout pareils. Pour les patates, t’en mets une petite dans la terre et au bout d’un certain temps de temps, il y en a plein qu’ont poussé autour, je sais pas combien exactement... dans les quatre-vingt-quinze, peut-être... Pour les salades et les autres trucs de feuilles, tu mets un petit plant gros comme une allumette et ça grossit, ça grossit, ça grossit. Grossit. Enormément.
Mais, moi, j’aime pas les légumes.
C’est là que m’est venue l’idée. Sûrement que d’autres l’ont déjà eue mais ils ont bien gardé le secret, tiens, les malins !

*

Depuis le jour de ma grande idée, je plante des bêtes. Mon truc c’est d’en planter une - pas trop grosse - pour qu’il en pousse d’autres tout autour. Jusqu’à maintenant, ça marche pas trop trop bien. Je m’entraîne. Je pense que le problème vient du sens. Comment les mettre dans la terre, tête-en-bas, tête-en-l’air, sur le côté... Je fais plein d’essais. Mais, avec les bêtes c’est pas facile-facile, c’est un sacré gros bazar de pleurnicheries, protestations et compagnie. Des jérémiades à n’en plus finir.
- Tu f’rais bien de me dire ton sens ! j’ai dit au petit lapinou qui me regardait avec ses yeux qui s’demandaient.
- Et fais pas ça, avec tes yeux. Tu vas me faire soupirer.
Et, effectivement, j’ai soupiré, fâché que j’étais qu’il y mette pas un peu du sien.
- Pfff. Débrouille-toi pour pousser.
Et j’ai fait une petite butte de terre jusqu’au-dessus de sa tête. Malgré ma colère, j’ai pas tapé dessus comme l’envie m’en était venue d’abord, pour pas l’abîmer en tant que plant.
En partant, j’ai entendu des petits « hi, hi », alors j’ai redit :
- Pousse !
Comme je m’éloignais, je suis revenu sur mes pas et j’ai crié :
- POUSSE ET PIS C’EST TOUT !!!

*

Ce matin, à dix heures précises, les gens du village ont planté Mémé. Sauf que pour les gens apparemment on dit enterrer. Mais, ça revient au même d’après ce que j’ai vu.
J’ai rien dit mais je doute qu’elle pousse vu qu’ils l’ont mise dans une boîte bien fermée. Sûrement qu’une Mémé ça leur a suffi, ils en veulent pas d’autres.
- Tu as bien compris que ta Mémé, elle sera plus là, hein, mon garçon ? m’a dit Monsieur Curé, en tapotant mon épaule. Et, tout d’un coup, je sais pas pourquoi j’ai eu les yeux qui piquent et qui se mouillent. Je me suis essuyé et mouché dans le torchon de la vaisselle (heureusement que Mémé pouvait pas voir).
J’ai hoché la tête et pas répondu. Faudrait pas me prendre pour un couillon, quand même ! Si elle est dans la boîte, Mémé, c’est évident qu’elle sera plus à la maison.
Et elle qui voulait partir quelque part - je ne sais pas où d’ailleurs ; ça ne sera plus guère possible si personne ne vient ouvrir son couvercle !
Enfin, on verra ce qu’on verra.

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