Santini et la belle aux pieds dormants

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« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Antoine de Saint-Exupéry  [+]

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Depuis sa plus tendre enfance, Santini aime les chaussures et tous leurs attributs. Il collectionne aujourd'hui toutes sortes de bottes, ballerines, escarpins, sandales, mules, chaînes de cheville et bagues d'orteil. Il entasse ses trésors dans des malles, au rez-de-chaussée de sa maisonnette qui donne sur un étroit trottoir. Il réside au sous-sol, confortablement aménagé de l'étrange demeure. Par le soupirail, il regarde passer les pieds de la ville. Ceux exclusivement féminins et joliment chaussés.

Les chaudes soirées d'été, Santini s'installe à cet observatoire pour satisfaire son péché mignon. Le week-end, c'est au jardin du Luxembourg qu'il se livre à ce passe-temps favori. En semaine, il travaille aux Galeries Lafayette. Ce grand magasin recèle des merveilles. Il photographie tous les modèles qu'il affectionne particulièrement et développe lui-même les clichés. Puis, il les affiche dans sa chambre, au fond de la cave. Les jours sombres et froids, il tricote des chaussons de toutes les tailles. Des chaussons très colorés, qu'il apporte à la Croix-Rouge ou à des bonnes œuvres. Et c'est d'ailleurs dans une paroisse qu'il rencontre Marie-Ange, en février. Ils échangent leur numéro de téléphone. Pure convenance pour Santini. Fol espoir pour la demoiselle.

Elle est émerveillée. Un homme qui tricote, c'est une perle. Un homme qui tricote par charité, c'est un être divin. Santini la trouve gentille et mignonne. De jolies robes mettent en valeur quelques-unes de ses formes exquises et sa taille fine. C'est un fait. Néanmoins, il déplore le choix de ses chaussures. Il n'ose pas lui en parler. Ne l'invite jamais au café. Ce serait la honte d'être accompagné d'une femme avec des mocassins aux pieds. Même s'ils sont toujours parfaitement cirés. Il a souvent entendu dire qu'elle était fabuleuse et adorable. C'est uniquement pour ces raisons qu'il daigne la voir. Il ne l'invite jamais chez lui. Surtout pas chez lui. Elle ne comprendrait pas sa fascination. Nul ne peut le comprendre.

C'est elle qui le reçoit pour des goûters dans son petit appartement trop lumineux. Normal, quand on a de vilains souliers, on cherche à briller autrement. C'est aussi qu'on n'a aucun goût pour décorer son intérieur. Chez elle, par exemple, aucune chaussette ne traîne. Tout est ordonné et bien rangé, harmonieux et propre. Il y a aussi quelques très beaux meubles. Et c'est navrant. Tout est si ordinaire. Un rien vulgaire. De plus, le thé est excellent. Beaucoup trop. Les sujets de conversation tournent vite court. Ils parlent des brioches qu'il ne manque jamais d'apporter. Il est bien élevé. Pour varier les discussions, il vient parfois avec des chocolatines, des biscuits ou du nougat. Jamais de fleurs. Elle pourrait penser à mal. Il ne nourrit aucun projet. Ne lui fait pas la cour. Loin de là. Elle lui raconte son enfance dépourvue du moindre intérêt. Il fait semblant d'écouter. S'ennuie. Met fin, un jour de mars, à cette pesante relation. Il doit partir en voyage d'affaires. Très longtemps. C'est tout ce qu'il a trouvé à dire.

* * *
 
Un an a passé. La vie a repris son cours sans ce joli pot de colle mielleux et mal chaussé : « Oh, Santini ceci, oh, Santini cela ! » L'enfer est vraiment pavé de bonnes intentions. Il doit se méfier de ces femmes aux pieds plats et peu raffinés. Le printemps approche. Il est heureux à l'idée de retourner au jardin. Il a rangé laine, coton, aiguilles et crochets au fond d'une armoire. Il va expédier ses dernières créations dans un lointain pays. C'est justement en se rendant à la poste qu'il croise de magnifiques escarpins. Une voix lui fait lever les yeux sur un charmant visage.
— Oh, Santini, tu es revenu ! Qu'est-ce que tu deviens ? Tu nous as manqué.
— Marie-Ange ? C'est à peine si je te reconnais.
— Pourtant je suis toujours la même. Je traîne toujours les mêmes robes et la même coiffure.
Elle rit, resplendissante. Ça lui serre le cœur.
— Mais ces escarpins ?
— Oh ça ! C'est un cadeau. Ils te plaisent ?
— Magnifiques ! Ils te vont à ravir. Qui te les a offerts ?
— Frédéric, mon fiancé. Il s'est passé tant de choses depuis ton départ... Frédéric m'a dit qu'une princesse comme moi devait en porter. Il adore m'acheter des chaussures. Je m'y suis habituée. Il est assez fétichiste. Ce n'est pas grave. On l'est tous un peu. Non ?
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Un petit mot pour l'auteur ? 203 commentaires

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JL DRANEM · il y a
Chausser d'aussi jolis pieds est une chose sérieuse traité avec beaucoup de légèreté ! félicitation pour ce texte original.
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup JL pour votre aimable et gentil commentaire !
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Virgo34 · il y a
Bravo !
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Virgo34 ! Bonne soirée !
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Marie Vercors · il y a
Ah j aime toujours autant les contes qui finissent bien ou l injustice est réparée et le méchant bafoué. Bravo à vous
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Marie !
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Olivier Descamps · il y a
Un TTC, qui contrairement à son héros, a trouvé sa pointure... la meilleure qui soit... la reconnaissance du public ! Félicitations, Hortense !
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Olivier ! La reconnaissance du jury est une très belle reconnaissance également !
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Annabel Seynave- · il y a
Mes félicitations pour ce prix largement mérité !
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Annabel ! Belle journée !
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JHC · il y a
Bravo Hortense :)
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup JHC 😉
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françoise CLAUDE · il y a
Ravissant ! Bravo !
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Françoise ! Je vais venir vous lire.
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Jean-Pierre CHEVREUIL · il y a
Quel talent dans les talons! Félicitations! L'écriture chausse juste, pas besoin de semelles compensées, comme on en voit trop souvent chez certains prétentieux qui écrivent comme des pieds!
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Hortense Remington · il y a
😃 Oh Jean- Pierre, je reconnais bien là votre style et votre humour ! Merci beaucoup pour votre passage ici. Ça me fait plaisir !
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Alice Merveille · il y a
Félicitations Hortense !
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Alice et bonne soirée !
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Alice Merveille · il y a
A vous également !
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Pierre-Hervé Thivoyon · il y a
Un texte amusant, décalé, très agréable, bravo !
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup pour votre passage ici et votre commentaire, Pierre-Hervé !

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