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San Francisco

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Laris Mocvenef

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Le soleil dessinait ses contours à l’horizon, perçant les jeunes pousses des arbres et les premières fleurs du printemps. Il ne faisait pas froid, pas très chaud non plus, mais l’atmosphère était propice à la méditation et au calme. Seul le chant délicat des oiseaux brisait le silence de ce matin de mars. Il n’avait pas plu depuis plusieurs jours, pourtant le sol était humide de la rosée de l’aube tardive, dans laquelle quelques insectes trouvaient à s’abreuver. Les beaux jours arrivaient, après un rude hiver, froid, parfois glacial, noir et sombre avec ses courtes journées. Il y avait eu de fortes tempêtes.

Pierre sentait dans cette quiétude un certain soulagement. Cela faisait quelques temps qu’il n’avait pas réellement pris contact avec le monde. Les actualités, ses amis, les nouvelles, tout ça ne l’avait guère préoccupé. Il rêvassait sans cesse, perdu dans un autre monde, le sien, ses souvenirs, ses projets, ses désirs, ses secrets. Il caressait l’idée d’une vie meilleure, en tous cas différente. A plus de trente ans, il n’avait encore pas eu la satisfaction de faire ce qu’il voulait vraiment.

C’était un beau jeune homme, à l’allure élancée, le regard vif et bleu, des mains délicates, des cheveux châtains et courts, mal coiffés qui le rajeunissait, une barbe jamais complètement rasé.

Il avait pourtant été journaliste. Mais sa carte de presse ne lui avait permis que quelques articles sans grand intérêt, il n’était jamais sur le terrain. Il avait rêvé d’être reporter, en vain. Il faut dire qu’il ne s’en était pas trop donné les moyens, un peu découragé. Il s’était consacré dans sa première vingtaine avant tout aux plaisirs, avant tout aux loisirs. Quelques histoires d’amour, de vraies passions même, lui avaient donné des idées qu’ils n’avaient hélas pu réaliser, car elles se terminaient à chaque fois flétries, comme des fleurs fanées que l’on aurait oublié d’arroser. Il avait voyagé, parcouru l’Europe, quelques pays d’Amérique latine, un peu d’Afrique, un peu d’Asie. Les Etats-Unis avaient été une révélation. Bordelais qu’il était, il connaissait bien leur histoire, cette ville y étant lié, par ce commerce honteux d’esclaves auquel elle avait participé. Il s’y était rendu la première fois à vingt-trois ans, découvrant l’Ouest « sauvage », car il n’y a plus rien de vraiment sauvage dans ce pays, bien que les grands parcs nationaux tendent à se rapprocher de cet état. Le Yellowstone, le Yosemite, le Séquoia, ils les avaient parcourus de longues semaines, en évitant les grandes villes. Seule l’une d’elles lui avait convaincu qu’il y vivrait un jour, San Francisco. Bien entendu il savait que cette cité ne reflétait guerre les Etats-Unis, tant elle était différentes, par son architecture, son ambiguë contraste, son cosmopolitisme, mais surtout l’atmosphère qui y régnait. Il n’ faisait jamais vraiment chaud, des phoques se prélassaient criant leur joie aux touristes. Le Golden Gate étincelait parfois aux rayons du soleil. Le matin, les habitants ne semblaient pas pressés, pas stressés. Ils vaquaient à leurs occupations. Certains allant au travail le pas nonchalant, d’autres buvaient leur café sur un banc en lisant leur journal, d’autres encore flânait, jour de repos peut-être.

Il avait décidé qu’il y vivrait. Comment, il l’ignorait. Pourtant ce matin là n’était pas comme les autres. Il pénétra d’un pas rapide dans l’aéroport Charles De Gaulle, il avait son billet, son passeport, son visa, quelques économies en poche, très peu de bagage. Un aller-simple, il avait convaincu celle qui l’avait enregistré qu’il prendrait le retour avant l’expiration du Visa touriste. Il était doué pour convaincre, pour parler.

L’avion décolla, et Pierre savait que plus rien ne serait comme avant. Il n’avait aucun point de chute, sinon un ami australien qu’il avait rencontré au Yellowstone et qu’il devait retrouver là bas. Il verrait bien. L’aventure commençait, peut-être même sa vie.
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Image de Elena Hristova
Elena Hristova · il y a
nouveau départ, une note d'espoir, on a envie d'y croire.
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Image de Patricia Burny-Deleau
Patricia Burny-Deleau · il y a
Nouveau départ, tourner la page en faisant table rase.
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