Samedi 13 juin 2020

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JOURNAL INTIME - 25 Mai 2020  [+]

Samedi 13 juin 2020
– Arrête de faire du bruit en remuant ton café, on dirait un paysan!...
Le tout dit avec cet air prétentieux, ce regard dégoulinant de reproches navrés et cette horrible moue dégoutée déformant tes lèvres qui, jadis, m'inspiraient les plus fougueux baisers...
"Paysan"... Le terme choisi à dessein, je n'en doute point, est-il l'insulte suprême qui, dite par ta bouche, est censée me porter l'estocade?...
Permets-moi, ici, de paraphraser Cyrano dont je n'ai, toutefois, ni le brio ni le panache:
"Paysan"? C'est un peu court, Jeune Fille...
Enfant maladivement timide et d'une sensibilité à fleur de peau, j'étais , pour mon père, le "fifils à sa maman" qu'il chercha vainement et pendant des années à rabaisser pour l'endurcir, histoire, sans doute, de se sentir exister du haut de ses certitudes de macho-catho lamentablement ridicule...
Je suis désespérément toujours debout, comme un reproche à ses quolibets encaissés les poings serrés dans mes rêves mités.
Au collège, élève plutôt doué et bien trop effacé, donc solitaire et vulnérable, shampouiné dans les cuvettes nauséeuses des toilettes pour filles aveugles et muettes, habits souillés méticuleusement, chaussures systématiquement abimées, je fus le "lèche-cul" d'une bande de préados que leur intelligence indigente et crasse faisait saluer mes rares prestations au tableau pilori de grands "slurp" postillonnant qui se voulaient du plus grand effet comique. Ils n'étaient que bêlements ridicules d'un troupeau moutonnant...
Je suis désespérément toujours debout, comme un pied-de-nez à leurs vexations sans imagination encaissées dans l'indifférence de mes illusions perdues...
Au lycée, pour avoir osé affirmer, bien haut et naïvement, vouloir devenir quelqu'un et gagner beaucoup d'argent, je devins le "facho" d'une bande biberonnée aux idéaux frelatés d'un 68 destiné, sans doute, à la base, à changer une société moribonde, mais, en réalité, tremplin d'une nouvelle bourgeoisie cohn-benditienne des lendemains qui ont chanté pour certains, glorifiant une icône barbue en béret étoilé que l'Histoire finira enfin par reconnaître comme le triste assassin qu'il fut. Le "facho" à gueule d'ange, au sourire triste, blacklisté des boums de samedis après-midi studieux à défaut d'être tendres enlacements de corps en fleurs à peine écloses...
Je suis désespérément debout, comme un bras d'honneur à leur mépris de classe encaissé sur les slows langoureux oublieux de chagrins enfouis...
A l'armée, pour insoumission à un ordre d'une idiotie sans nom, je devins bête noire d'un capitaine à l'autorité usurpée qui, de marches forcées dans le froid et la nuit, à d'humiliantes corvées de chiottes, s'était mis en tête de me faire regretter un entêtement coupable de crime lèse-ordre et de me ramener sur le droit chemin, aseptisé et sans saveur d'un panurgisme que toujours je conchierai avec des véhémences emphatiques et dérisoires de vieux fœtus anar et blasé...
Je suis désespérément toujours debout , comme un Sergent Prewitt de ses improbables érections galonnées encaissées la fleur vénéneuse du non-renoncement au bout de l'ennui...
Alors, tu comprends, ton "Paysan", ma Chère, me laisse circonspect et, pour tout dire, quelque peu indifférent. Car si ton intention première était de vouloir m'humilier de toute la hauteur de ton âme que tu surestimes bien née, je suis au regret de t'informer qu'elle n'a fait que me ramener aux racines rurales qui sont les miennes, dont je suis, je l'avoue, très fier et que je revendique désespérément toujours debout, car je le peux, contrairement à toi, misérablement et insipidement citadine, sans passé ni repaires suffisants pour te rendre compte de l'inanité des insultes de ta paresse intellectuelle...
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Claudine Rêve · il y a
« sans passé ni repaires suffisants pour te rendre compte de l'inanité des insultes de ta paresse intellectuelle... » et pan, prends ça dans les dents !! Ahhh ce verbe «  conchier » ...il me semble l’avoir découvert dans un poème de Rimbaud ( si ma mémoire ne me fait pas défaut) ; et je les aimais. Quelle force dans ce verbe, comme ici tout ce que vous employez pour donner l’estocade.
« Si bien qu’à la fin de l’envoi , je touche !! »

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François Personne · il y a
Permettez-moi de recevoir en rougissant ce bouquet de fleurs dont le parfum me va droit à l'âme. Mais je prends tout d'un même front immodeste, même la ô combien imméritée référence au héros gascon.
Bien vu pour Rimbaud: rassurez-vous, la mémoire ne vous fait nullement défaut...
Excellente après midi... Et merci du fond du cœur que j'ai, je l'avoue sans honte, fort sensible.

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JACB · il y a
"Je suis désespérément toujours debout, comme un reproche à ses quolibets encaissés les poings serrés dans mes rêves mités." Quelle phrase magnifique et poignante ! DEBOUT , rebelle parce que fidèle à soi-même, dommage qu'on soit obligé d'en faire un doigt d'honneur dans notre société. Monsieur PERSONNE vous êtes QUELQU'UN de BIEN !
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François Personne · il y a
Un simple merci suffira-t-il?... Un simple bémol, si vous me le permettez... Une PERSONNE de PEU mais tellement avide de BIEN...
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Diamantina Richard · il y a
Que les mots peuvent détruire...
Mais aussi aider à surmonter bien des choses tristes.
J'aime beaucoup votre écriture

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Haruko San · il y a
C'est tout à fait ce que j'adore chez vous, cet instinct de révolte contre la connerie de ceux se disant bien pensants, fiers de leur état, sûrs de tout savoir, d'avoir un avis juste et vrai sur tout à commencer par ...non je ne le dirai pas ici! Donc vous me plaisez ainsi et je n'y peut rien, vous lire me sied et quelque part je me reconnais dans vos mots, leur piquant, leur vérité...Alors merci Cher Ami et au plaisir.
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François Personne · il y a
Vous m'en voyez absolument ravi tout en me faisant horriblement rougir jusqu'à la racine des cheveux. Un merci suffira-t-il?...
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Haruko San · il y a
Et...je ne sais pas si ce sera suffisant! Mais c'est bien le geste qui compte alors oui!

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