Sacro-saint samedi !

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" Je doute de tout, de moi-même le premier. Il est des journées où je me crois sans intelligence, où je me demande ce que je vaux pour avoir fait des rêves si orgueilleux. Je n'ai même pas  [+]

Le sacro-saint samedi, mon jour préféré de la semaine, celui où je me démène à faire le ménage, à tondre la pelouse, à laver la voiture de papa. Tout ceci dans le seul but de sortir en discothèque le soir à « La Pergola » en Belgique. Vingt heures, le dîner est terminé et ma cousine Amandine va bientôt arriver. Nous allons passer une heure à nous maquiller, à nous parfumer, à échanger nos boucles d’oreilles, à griller une cigarette dans cet étroit couloir de glaces à l’étage. Un avant goût de musique pour stimuler ce fort engouement ! Des discussions sur les derniers garçons rencontrés, des conversations entre jeunes filles ayant une importance capitale . Une bulle toute rose ineffaçable, passionnée, follement vécue et ancrée dans nos mémoires de jeunesse !

C’est maman qui fait les allers et retours le samedi, elle nous conduit pour être aux environs de vingt et une heures là-bas et vient nous rechercher à trois heures du matin en chemise de nuit et peignoir . Parfois, elle attend un peu plus longtemps dans la voiture alors le patron de la boîte vient lui faire un brin de causette ainsi le temps passe plus vite.

Bizarrement, aujourd’hui, maman ne s’apprête pas à partir et paraît embarrassée.

- Ce n’est pas moi qui vous accompagne ! décrète-t-elle.

Ma cousine me regarde avec des étincelles dans les yeux, ce qui signifie, ouf rien n’est annulé mais qui va nous conduire ?

- En effet, j’ai trouvé deux gentils garçons, dignes de confiance, qui d’ailleurs ne vont pas tarder à arriver ! déclare-t-elle.

- Qui sont-ils maman ?

- Ce sont les fils d’un agriculteur du village voisin. Avec eux, vous serez comme des coqs en pâte. Quant à moi, je vais pouvoir dormir sur mes deux oreilles !

A cet instant, une voiture se fait discrètement entendre et s’arrête devant la porte de la maison. Le premier à sortir du véhicule est un grand dégarni avec des lunettes à la monture dorée et une démarche cavalière, le second est un petit frisé avec les joues rosies par le bon air de la campagne, nonchalant, les mains dans les poches. Amandine et moi ouvrons la bouche de stupéfaction ! Après de brèves présentations, nous montons à bord du « bolide ». Le trajet ne nous a jamais paru aussi long et ennuyeux mais le principal est notre destination. Le grand Jean-Michel roule en respectant pile-poil les limitations de vitesse, aucun écart de conduite. Le petit Dominique vérifie une seconde fois si une voiture arrive, à toutes les priorités et tous les stops. Amandine me regarde de temps en temps avec un air de dégoût, cette odeur de ferme mélangée à nos parfums est immonde !

Un coup de tampon sur le dos de la main et nous voilà dans notre discothèque tant chérie, remplie de monde, toutes les pistes de danse sont illuminées, les miroirs s’animent, la fumée blanche s’éparpille, les lasers foudroient. Le Disc Jockey adulé met l’ambiance à fond. Nous souhaitons à nos chauffeurs une excellente soirée et promettons de se retrouver à trois heures à la sortie. Ce qui ne sert à rien puisqu’à chaque changement de pistes, ils nous suivent et tentent dans une danse du style western une opération de séduction. Nous jouons à cache-cache tous les samedis, les voyant partout dans les glaces, impossible de les semer sauf qu’un soir, nous y sommes arrivées, poursuivies par un autre garçon éméché qui voulait absolument notre numéro de téléphone ! Quand soudain surgit une ombre menaçante, ce n’est autre que le grand Jean Michel qui bondit sur celui-ci, le plaque au sol et lui met une bonne droite en s’exclamant :

- Tu laisses les demoiselles sinon tu vas finir ta soirée en beauté, tu vois ce que je veux dire !

Maman avait eu raison de me dire qu’elle allait pouvoir dormir sur ses deux oreilles, je venais d’en avoir la preuve sous mes yeux. Nos gardes du corps étaient fort sympathiques mais un peu trop collants. Nous nous dépêchâmes de passer notre permis de conduire et grand dieu, savez-vous ce que j’appris bien plus tard ! Elle les payait pour notre protection ! Entrées et boissons gratuites ! Sacrée maman !
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Ray dit Kourgarou · il y a
Que de souvenirs ! (J'étais du côté des cow-boys massacreurs de parquet et "accoudeurs" de bar).
Seriez-vous Chtimi ?! (« La Pergola » en Belgique). Cela rendrait sans objet ma récente réponse à votre aimable commentaire sur mon texte "Une bière, etc..." 🤔
Bah ! Qu'importe le flocon pourvu qu'on ait l'ivresse de Noël. 🙂

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Françoise Desvigne · il y a
Oui, je suis Chtimi Ray !
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Atoutva · il y a
Un bon souvenir qui restera certainement. Lu par hasard et pas mécontente de ma lecture ! Un peu d'humour, ce n'est pas de refus.
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Albane Charieau · il y a
Ah oui! Sacrée maman.
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Elisabeth Mondoloni · il y a
J ai adoré la chute! Bonne histoire,beaucoup d humour, mais permettez moi: moi,je croyais aussi que leur maman avait fait cela aussi exprès pour que les 2 filles passent aussi très vite leur permis,pour qu'enfin, la maman ait un peu de repos. Je vous souhaite une belle soirée
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Françoise Desvigne · il y a
Ah oui, pourquoi pas ! Bonne interprétation Elisabeth !
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Elisabeth Mondoloni · il y a
merci
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Lange Rostre · il y a
Une maman prévoyante !...
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J.M. Raynaud · il y a
j'ai cru un instant que les deux messieurs allaient être des serial-killers et que ça allait saigner, mais non...
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Françoise Desvigne · il y a
Ce sont des gardes du corps inoffensifs ! ;-)

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