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Nic 34

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Je ne devais pas être très éloignée des 22 ans, âge de grande maturité selon mes critères personnels de l'époque et je croyais qu'il FALLAIT impérativement être " dans le coup " sous peine d'être taxée d'imbécillité, de débilité, voire d'arriération mentale.
A cette époque, c'était très tendance, il était beaucoup question de sexe : il n'était pas rare d'entendre parler de jouissance ( sous les vocables généralement usités de pied et de panard dont je n'ai jamais compris -ni cherché- l'origine), de phallus, de clitoris, d'aphrodisiaques et d'autres mignardises dites " galantes. "
Bien évidemment, il était impératif de sourire aux histoires de fesses en affichant un air entendu quand bien même on ne comprenait rien.
J'étais, pour ma part, souvent gênée par les propos libertins. Timide sous une apparente grande gueule, je piquais assez facilement des fards, ne sachant plus trop où me mettre quand les propos frisaient l'indécence ou plongeaient carrément dans l'obscénité.

Diverses locutions me restèrent longtemps hermétiques, jugez plutôt.
Je travaillais dans une clinique en région parisienne dans laquelle des étudiants en médecine faisaient office d'infirmiers de nuit.
Parmi ces jeunes gens, je me le rappelle, l'un d'entre eux ressemblait à un hibou.
Une calvitie précoce lui dessinant - déjà ! - une couronne rebiquant légèrement sur les côtés, ses lunettes rondes en culs de bouteilles, ses épaules affaissées comme sous le poids des ans, son air grave : tout contribuait à évoquer ce volatile.
Je devais effectuer la transmission et me préparer assez vite car j'étais conviée à une petite sauterie.
J'avais hâte d'y être : après une journée de 12 heures, j'allais rejoindre des amis que je n'avais pas vus de longue date et m'en réjouissais à l'avance.
Mon oiseau de nuit siégeait derrière un comptoir muni d'une vitre rappelant un guichet et avec son expression sérieuse, je l'aurais volontiers pris pour un clerc ou un employé de gare. Juste manquait l'hygiaphone.
Dans mon ignorance et pour mieux me faire pardonner une précipitation dont j'étais peu coutumière, je lui lançai :
" Excuse-moi, je fais vite mais tu comprends, je suis invitée à une SUPER PARTOUZE ! "

Il me regarda, les yeux plus fixes que jamais derrière ses bésicles, les sourcils en points d'interrogation, la bouche arrondie.
Oh ! Ce n'était pas charitable ! Vraiment ! Lui asséner cela alors qu'il démarrait une nuit de 12 heures, décidément, je manquais de délicatesse, aussi, dans le but d'adoucir la rudesse involontaire de mon propos, je crus bon d'ajouter :
" T'inquiètes pas, va, ton tour viendra ! "
A travers le hublot je le vis qui penchait la tête, l'expression plus éberluée encore, si possible était.
C'est la dernière image que j'emportai et garde à ce jour: celle d'un hibou n'en croyant ni ses yeux ni ses oreilles, immergé dans des abysses de réflexion.
Je ne compris le pourquoi de cette interrogation muette mais néanmoins, ô combien perceptible, que de nombreux mois plus tard.

Jusque là, dans mon esprit aussi futé qu'affûté, une " partouze " était une simplement une super surprise-partie ou quelque chose d'approchant.
Grosso-modo, une bonne soirée, quoi !

Je ne sache pas qu'il y ait contradiction.

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