Sa première

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Chri écrit pour se tenir compagnie. Là: http://cestpourdire.blogspot.com  [+]

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Une femme sans âge marchait lentement dans une ville. Elle ne déambulait pas. Elle avait le pas dense, et semblait concentrée. Elle regardait intensément autour d'elle comme si elle voulait pouvoir se souvenir de chaque visage croisé, de chaque vitrine aperçue, de chaque sentiment éprouvé. Dans quelques instants, elle y serait. Et puis, c'était un lundi après-midi, il faisait beau pas un nuage ne dérangeait le bleu électrique ce ciel d’automne un moment, elle s'est assise sur un banc tout près de l’endroit où elle avait rendez vous dans le quart d’heure à venir. Elle avait toujours tellement peur de passer à côté des choses qu'elle était, le plus souvent, en avance à ses rendez vous. Quels qu’ils soient. Celui là, elle l'attendait depuis, environ, deux semaines. Soit quinze jours à ne penser qu’à lui, à ne vivre que pour lui, à n'avoir que lui en tête. Celle qui lui avait donné, elle s'en souvenait précisément, était plutôt jolie, rousse aux cheveux très courts, avec de grands yeux verts clairs et une voix posée, assurée, enveloppante, si rassurante. Qu’elle voulait si rassurante, si enjouée.
Quinze jours à en rêver, à s’en réveiller la nuit, à n’en plus pouvoir se rendormir.
Enfin, il y était. Presque.
Nous étions en début de semaine, d’après midi, d’automne... Une rafale de débuts, quoi.
L’atmosphère était sereine, l’air était doux. Les feuilles des platanes de l’avenue commençaient à roussir gentiment, quelques unes se détachaient de leurs branches et s'amoncelaient en tas à venir en encombrer les caniveaux.
Si, en plein soleil on ressentait la chaleur de cette lumière éclatante, on sentait bien, ailleurs, une fraicheur nouvelle qu’on faisait un peu semblant d’oublier.
On le voyait aux vêtements portés sur les trottoirs. Pour les femmes, finies les jupes ou les robes légères, les chemisiers à manches courtes et les sandales à brides fines, les premiers manteaux étaient sortis des armoires et, ici et là, quelques paires de bottes commençaient à arpenter les bitumes. Pour les hommes rien ne changeait ou presque, ils continuaient de s’habiller n’importe comment. L’été faisait comme si, mais personne n’était dupe, on était en train de changer de monde. Les jours avaient déjà considérablement raccourci et, désormais, il n’était pas si rare d’assister au coucher du soleil en rentrant chez soi. On marchait encore dans les rues à l’heure où le miracle se produisait. Les terrasses se désertaient un peu plus tôt chaque soir et le pas des gens s’était accéléré. On entrait dans une saison où on ne trainait plus.
Elle s'est assise sur le banc, pile en face de la grand entrée pour vivre pleinement l’instant, pour profiter de ces minutes sans rien, pour se réjouir de la lumière si tranchante, de la douceur encore confortable, du ciel sans nuage, de ces minutes de paix après ces dernières semaines si éprouvantes.
Si nous allions basculer dans une autre époque, elle allait, elle aussi franchir une étrange frontière.

C'est ainsi qu'en début de semaine, une femme sans âge s'est assise sur un banc, à la croisée de ses chemins, pas très loin de l’endroit où elle avait rendez vous pour... sa première chimio.
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