Rupture

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"Le hasard c'est la forme que prend Dieu pour passer Incognito" Jean Cocteau J'écoute la vie et je la peins, je l'écris ou la chante selon mon humeur. Membre de la S.A.C.E.M. comme parolière. Mon  [+]

Image de Hiver 2018 - 2019

Premier janvier 2016, voilà maintenant presque deux ans que je t'ai quittée et jamais je ne me suis senti aussi libre, je ne regrette rien et notre rupture était inévitable.
Pourtant, rien ne fut facile dans cette douloureuse décision et j'ai tant souffert du manque de toi, je te voyais partout, je sentais ton odeur et ton absence était comme un gouffre aux parois visqueuses dans lequel je glissais dangereusement. Je me souviens de notre première rencontre, sur les bancs du lycée, j'avais tout juste quinze ans et tu étais le fruit défendu, c'est avec toi que j'ai connu mes premiers émois, c'est encore grâce à toi que j'ai pris confiance en moi.
Par la suite, nos rendez-vous furent plus discrets, derrière l'église ou près du lavoir avec pour seuls témoins muets, les étranges roses trémières prisonnières du noir goudron.
Bien sûr mes parents n'étaient pas au courant de cette relation secrète car malgré mes quinze printemps révolus, ma mère me traitait toujours comme un gros bébé, quant à mon père, sa seule préoccupation, c'était mon bulletin de notes, qu'il attendait avec une impatiente crispée, il faut dire à sa décharge qu'il était directeur d'école et sa réputation ne devait en aucun cas être entachée.
J'ai voulu te présenter ma bande de copains et tout de suite ce fut la discorde entre nous, deux clans se sont formés, ceux qui t'ont trouvée exceptionnelle et les autres qui m'ont conseillé de ne plus te fréquenter. Les arguments de tes détracteurs étaient très explicites, trop voyante, un peu vulgaire, limite allumeuse. Mais comment osaient-ils te traiter ainsi ? Toutes leurs allusions malsaines me donnaient la gerbe, moi je t'avais déjà dans la peau et rien ni personne ne pourraient nous séparer. Je piquais des colères noires dès que quelqu'un osait me parler de toi, après tout dans mon jardin secret j'étais libre de planter les fleurs qui me fournissaient du bonheur et tu en faisais partie, c'était une évidence indiscutable.
Que tu sois blonde ou brune n'y a rien changé, j'étais comme envoûté par toi, tu me préparais des philtres d'amour que j'inspirais avec délice. Notre relation clandestine fut malheureusement de courte durée, ma mère découvrit le pot aux roses, un jour par hasard alors que nous étions tous les deux bien à l'abri des regards indiscrets, derrière le clocher de l'église.
Sa colère fit trembler toutes les pierres aux alentours, et ses cris ou plutôt ses vociférations alertèrent le brave Félix, curé de son état, qui lui rappela fermement qu'elle se trouvait près de la maison de Dieu.
Je crois bien après coup, qu'elle venait de découvrir que son bébé n'en était plus vraiment un, il avait de la barbe et des exaltations d'adolescent, ce fut un choc maternel et émotionnel difficile à accepter.
Et puis je suis entré dans la vie active, je me mis à manier les ordinateurs comme personne, informaticien j'étais devenu.
Je travaillais pour une grande Multi nationale et tu faisais toujours partie de ma vie, finalement tu avais surmonté tous les obstacles sans défaillir.
Mes parents, surtout ma mère avaient fini par accepter ta présence, ce fut un long combat entre elle et toi, mais tu as finalement gagné la partie.
Pourquoi je t'ai quittée ?
A cause ou plutôt grâce à mon père...
Pourquoi je ne reviendrai jamais vers toi ?
A cause de cette saloperie de crabe qui rongeait ses poumons.
Lui aussi avait succombé à tes charmes pernicieux, il ne pouvait plus se passer de toi, tu étais devenue sa compagne la plus fidèle.
Et même sur son lit de mort, une pompe à oxygène pour le maintenir en vie il réclamait encore ta présence.

Le jour de son départ, je n'ai pas réussi à pleurer, j'avais bien trop mal, je t'ai regardée enfin avec tout le dégoût que tu m'inspirais et j'ai juré devant sa dépouille que plus jamais je n'aurai envie de toi. Une rupture brutale et douloureuse, un long combat que je mène sans faiblir en gardant la dernière image de mon père dans mon esprit toujours embrumé par tes effluves de nicotine. Je ne veux plus te voir, tu es licenciée, congédiée, écrabouillée sur le goudron noir, celui-là même dont tu as tapissé mes poumons pendant toutes ces longues années, juste retour des choses.
Excuse-moi je m'emballe quand je parle de toi, c'est sûrement l'émotion, comme un vieux couple qui se déchire après tant d'années de concubinage.
De notre amour jadis, ne reste que des cendres brûlantes et c'est bien mieux ainsi...

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Djany Bonnard Parolière  Commentaire de l'auteur · il y a
merci à tous pour votre soutien et vos encouragements chaleureux qui me touchent... je suis également en lice pour le prix "IMAGINARIUS" avec https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-trou-des-enfers?fbclid=IwAR1FjZpEfZehYt2FW5N7XDfwSgNJgIeKgRAeLsNxrCHWk0jePd4DUaQb1hY
Amicalement Jany

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Michel Potherat · il y a
Très fort! quant à moi, je ne suis jamais tombé dans ses rets ... sourire
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Djany Bonnard Parolière · il y a
moi non plus Michel c'est juste mon oeil observateur qui constate ... Merci pour vos nombreuses visites
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Chorouk Naim · il y a
Bravo
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Audrey Bataillon · il y a
Quand on arrive à la fin on ne s'y attend pas, mettre le lecteur sur une fausse piste jusqu'à la fin bravo. Description d'un mal bien réel
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Felix Culpa · il y a
Le suspens est présent tout au long du récit, et la chute ...nous surprend ! Je vote pour votre texte et l'autre aussi ! J'ai deux textes en concours !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-droits-de-lame
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-braquage-poetique

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M. Iraje · il y a
Un amour sur des braises qui aura fait long feu ...
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Laurence Willart · il y a
Un récit ma Jany qui mène en déroute Bravoo à toi
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Djany Bonnard Parolière · il y a
merci ma Laurence passe un excellent dimanche bisous
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Françoise Mornas · il y a
Récit qui piège le lecteur sur une fausse piste, et c'est la chute qui nous fait comprendre de quoi il est question ! Bravo pour ce texte savamment mené. Mes voix.
Si vous le voulez, vous pouvez venir découvrir "Matières grises" en lice dans ce même prix : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/matieres-grises

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Djany Bonnard Parolière · il y a
merci pour le soutien Françoise ravie que cela vous ai plu.. Bien sûr je vais venir vous lire
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Virgo34 · il y a
Un récit qui tient en haleine jusqu'à la chute inattendue.
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Djany Bonnard Parolière · il y a
merci pour le soutien Virgo A Très bientôt sur nos pages respectives
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Jean Calbrix · il y a
J'ai bien aimé ce texte pour lequel j'ai donné cinq voix sans commenter. J'ai surtout apprécié la manière de nous entraîner sur une fausse piste jusqu'à l'apparition du crabe qui révèle la véritable nature du drame et ce à quelques lignes de la fin. Bravo, Jany !
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Djany Bonnard Parolière · il y a
merci pour votre soutien Jean et au plaisir de vous lire très bientôt ... Amicalement

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