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Run ! Run ! Run !

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Mahogany

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Cela faisait un moment qu’iL était assis, recroquevillé sur son tabouret, arborant une posture dénuée de toute virilité. Il avait la tête blottie dans ses épaules, le buste penché, les deux coudes plantés dans ses cuisses en guise de pylônes, les genoux se touchant, les mains jointes autour de sa bouteille de bière à moitié vide, les fémurs joignant le sol comme deux diagonales aux trajectoires opposées. Il avait cette expression béate, la tête hochée. IL regardait virevolter ses anglaises. Le sautillement de ses boucles autour de ses épaules l’envoutait. La vitesse des mouvements de sa muse transformaient les faisceaux lumineux en des guirlandes. IL s’appropriait ses sourires, grignotait son bonheur qui, sur l’instant, semblait largement assez grand pour deux. Le temps s’était torsadé autour d’un flou qui effaçait tout ce qui n’était pas ses lèvres, ses yeux, son corps, son ballet.
Il bu une gorgée.
Puis il se rendit compte qu’un bras ceinturait sa taille de poupée, qu’une main serpentait dans les friselis de ses cheveux. Il comprit que les sourires de la belle avaient un destinataire, et que ce destinataire n’était pas lui. Quand il se rendit compte qu’elle enlaçait cet intrus, il vit réapparaître tout ce que ses songes avaient gommé. La musique, les gens autour, la distance. Il redevint le prisonnier de ses désirs anonyme, cloîtré dans le secret de ses envies tues, à l'abri de toute réciprocité.
Il se sentit étranger de son propre fantasme. Sa muse, celle qui inspirait ses songes, snobait son admiration.
Alors, ses sourcils, à l’instar de son dos, se cerclèrent et ses yeux passèrent de la béatitude au désespoir. Il s’était approprié le rêve d’un autre. Il se sentait misérable et frêle. Ridiculement frêle. Son corps n’était qu’une ossature insignifiante dans l’ampleur de ses vêtements. Le poids de son brisement faisait ployer sa carcasse.
Il sentait son torse s’emplir d’une chose qu’il lui fallait vomir, d’une peine qui étranglait ses boyaux. Il se leva et couru. IL couru à tout rompre, et à mesure qu’il tentait de fuir de cette discothèque croissait en lui cette sensation qu’il lui fallait répudier. Dans sa course chancelante vers l’extérieur, il se heurta plusieurs fois à la foule des imbibés-qui-dansent, se fraya un chemin entre les embrassades des fêtards. Il refusa même l’invitation de cette inconnue à accompagner le rythme de la musique électronique en sautant sur la pointe de pieds. Il se débarrassa du bras de la blonde au gobelet de vodka qui s’était posé autour de ses épaules comme un boa. IL fixait la porte de sortie. Il l’ouvrit avec toute la force de son élan, se retrouva enfin dehors, à genoux, les paumes des mains retenant son corps et sa tête fixant le bitume, mais ne pouvant retenir ses larmes.
Il vomi. Il pleura.
Voilà ce qu’elle était en vérité, un mélange de sa régurgitation et de ses larmes, qu’il devrait ravaler s’il consentait à rentrer dans la boite de nuit.
Alors il se releva et se remis à courir. A fuir. A s’éloigner de ce fantasme qui lui avait laissé du sel sur les joues et un mauvais goût dans la bouche.
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Utilisateur désactivé · il y a
Celui-là, je l'aime bien. Moins de vulgarité et de misogynie... Ça te va plutôt bien. ;-)
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