Ruelle & sirènes

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Se présenter ? Pourquoi faire ? :)  [+]

Il y a quelques années, tu concentrais toute l'attention, jusqu'à la tête de la centrale. Ils ne pensaient qu’à toi, et dédaignaient tous ceux qui osaient se présenter à eux. Quitter ce poste acquis après tant d'efforts devenait, par ta faute, un rêve pour ces ânes-là.

Ta chute n'en a été que plus impressionnante. Personne, à la boîte, n'y a cru. Tu nous aurais trahi ? Pour qui ? Il a fallu l'accepter. Mais je ne t'apprends rien, jouer à l'agent double n'est jamais sans conséquence...

Tu es face à moi, camarade.

La canette lâchée à mon arrivée finit de rouler en un bruit métallique. Au loin, une ambulance fuit, prémices des évènements futurs. Des mouches bourdonnent autour des poubelles laissées ouvertes.

Je n’aurais pu rêver mieux. Tu es là, dans le halo du lampadaire. Des auréoles ornent tes habits trempés, tes sourcils s’immobilisent si haut que l’on te donnerait vingt-cinq ans de plus. Ta main gauche vacille, tu manques de tomber en te prenant les pieds dans un carton béant. Tu frémis, et peut-être même sans t'en rendre compte, tu fais quelques pas vers l'arrière.

Nos regards se croisent une seconde, ou peut-être quinze... ou une heure. Tu ne sais plus. Ton cerveau perdu tourne en boucle : Quelle heure est-il, quel jour sommes-nous ? Tu comptes encore les jours ? Ceux-là même qui t'ont permis de dégoter cette planque...

Avoue, tu as tout d’un coup envie de retrouver la routine calme et rassurante d’une vie simple. Imagine, il est sept heures moins le quart, la cafetière ronronne, la chemise t'attend sur le lit pendant que l’eau coule... Tout cela doit te manquer. Mais si tu as rompu avec ce mode de vie, voilà des années, c’est et ce sera toujours de ta faute. Ne pas le reconnaître serait hypocrite.

Tu finis par baisser les yeux. Voilà un signe de soumission, tu le sais bien...

Et tu en as honte. Quelle humiliation, tu vaux mieux que ça !

Vas-y, défends-toi, sale lâche... Allez, fais quelque chose contre moi...

En une seconde, tu lèves la main, ouvres la bouche et t’apprêtes à parler, mais tu n’en as pas l’occasion : la balle vient se ficher dans ton crâne.

Et ta plainte se confond au chant des sirènes du boulevard voisin.
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