Rue Faidherbe, le roi n'est plus

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Une bouche d’aération fait son affaire, pourvu qu’il consente à se réveiller en même temps que la ville. Son royaume est portatif, et se déplie quand la fatigue l’impose. Son revenu fluctue, qu’il arrime à la générosité des autres. Ses pas le conduisent où vont les hommes sans but. Mais lui n’est pas sans but aucun : réémerger entre les hommes, quitter les pitiés et les indifférences, et gagner ces lieux sûrs, que dissimulent des murs, où le sommeil est plein et douillet. Je le vois souvent rue Faidherbe, assis, absorbé dans une contemplation vague. Ses yeux parlent d’un passé défunt. Ses gestes ont une odeur d’automatisme. Noir de barbe, le visage mal lavé, ses cils pleurent une humeur onctueuse et jaunâtre. Ses vêtements sont à jeter, mais demeurent sur lui, chaînes rivées à qui est sans ressources. Ignorant son nom, je l’ai appelé Strauss. Son manteau vert-de-gris a comme acquis cette patine qu’infligent aux bronzes le temps et son usure. Statue mobile, réplique de chair d’un héros méconnu, Strauss a l’habitude de déposer un bonnet par terre. Le rouge s’y amasse seul, n’étaient quelques rares reflets jaunes. Quand il se lève, il n’échappe à personne combien larges sont pour lui ses habits. Une maigreur s’y cache mal des regards interrogateurs. Strauss vogue et sillonne les rues, chercheur d’or à l’Eldorado compromis. Ce matin, j’ai vu Strauss, dormant d’un sommeil pesant à sa place habituelle. Je m’approche, Strauss dormait d’un sommeil plus lourd encore. Les jours suivants, Strauss n’était plus à sa place. La rue, comme à l’ordinaire, était noire de monde, et si vide pourtant. Le roi n’est plus, et personne, dans son royaume, ne songe à le pleurer.
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