Rue des campanules

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J’écris le soir. Quand mes enfants, mon mari ne savent plus qui je suis. J’écris quand mon ciel se déchire. Quand les mots se sont imposés toute la journée, m’ordonnant de répandre leu  [+]

Elle a planté des campanules aujourd’hui. Elle aurait aussi bien pu planter des arcs en ciel. Elle n’a pas choisi, elles se sont imposées. Elle habite leur quartier. Partout, elles s’incrustent ; alors elle n’a pas hésité longtemps. Elle jardine comme elle écrit ; sans logique, sans contrainte. Son jardin est un fourbi de fleurs et de plantes. Elle a jeté au hasard des graines de rose trémière ; elles poussent au milieu des allées et l’invitent au demi-tour. Tout est bon pour écrire : le triste et le laid, la grâce et l’extase.

Elle manque à sa vie. C’est pour se rassembler qu’elle écrit. Elle a si peur du monde que c’en est une infirmité chez elle. Quand elle rencontre quelqu’un c’est comme un coup de poignard. Elle est d’un bloc, pas de petite rencontre. Pas de petite conversation. Elle donne tout ou se cache. Comme une branche qui lui fouette le visage, elle ne sait pas amortir la violence de son époque, l’absurdité des hommes. Parfois, elle sait qu’elle ne pourra pas encaisser et prendra tout de face. Chaque visage, chaque parole aura la violence d’un uppercut.

Alors elle s’efface, s’absente de sa vie parce qu’elle n’aura pas la force. Elle appelle ça mourir un peu, deux ou trois jours de fuite dans un sommeil lourd pour se préserver. Elle n’est jamais autant avec les autres que quand elle est seule. Et si seule au milieu de tous. Ça doit se voir – certainement. Elle ne sait pas faire semblant. Elle a besoin de dormir jusqu’à plus soif. Elle a en permanence la fatigue collante. Elle a une dette abyssale de sommeil. Des années de sieste ne suffiront pas à se sentir reposée. Pour autant, elle ne perd pas son temps. Non, jamais elle n’a eu le sentiment de gaspiller des heures en dormant. Elle laisse ça aux gens trop occupés.

Elle ne voulait plus écrire parce que les mots lui brûlaient les yeux. Elle voulait se débarrasser de cette sale habitude qui éblouit déjà ses nuits. Elle ne peut pas, sans cesse, laisser les mots accaparer tout. Quand elle écrit elle est dans l’urgence, il lui faut courir et suivre le rythme des pensées. Elle est au bon endroit au bon moment quand elle écrit. Le ciel s’aligne avec les mots et le cœur avec les lignes. Elle écrit depuis qu’il la lit. Elle a retrouvé sa folie dans la sagesse des mots.

Délestée des emmerdes, elle imagine des jours savoureux, des baisers enivrés, des plages ensoleillées, des virées déjantées. Qu’on la laisse, elle ne vole que son cœur. Il est riche des petits riens. Elle se régale des jours de pluie, du vent fou, des nuits trop courtes. Laissez-lui ça, ne jugez pas. Elle a longtemps été raisonnable. Elle a oublié la caresse du vent sur sa peau, elle a oublié le rythme lent des jours heureux. Elle voulait ressembler au modèle imposé, mais le costume n’était pas à sa taille. Aujourd’hui, elle fout tout en l’air. Vous voyez, elle n’écrit pas, elle s’évade.

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