Rue de la Soif

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Si aligner des mots sur des feuillets pendant des jours et des nuits, des mois et des années fait un écrivain, alors disons que je suis écrivain. Je suis aussi marin, ange, poète, photographe et  [+]

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Image de Le flacon et l'ivresse
Je t’ai cherchée – mais te cherchais-je vraiment ? Il me semble que je passais simplement mon chemin, que je faisais ma route. J’ai vu au plus profond de la mer lisse comme de l’huile le reflet des étoiles qui paraissait les étoiles mêmes. L’horizon s’y dissolvait. Et qu’est-ce qui prouve que les étoiles du fond de la mer sont plus vraies que celles clignotant à l’infini ? Je t’ai cherchée, donc, sans doute.

J’ai fait tous les bars d’une ville fantôme du Klondike, il n’y en avait que deux encore ouverts où quelques rares indiens paumés, taciturnes et doucement ivres morts, s’effaçaient dans le désespoir léthargique des alcoolos en phase finale ; je me suis arrêté aussi à Silvercity, (trois bars) ; j’ai fini plusieurs fois à trois heures du matin, vautré dans un caniveau ou la plateforme d’un truck boueux. Il me suffisait d’ouvrir les yeux pour voir toutes ces constellations qui tournaient s’enrouler dans un ciel de glace noire.

Je connais par cœur toutes les gargotes et tous les bouges sous les remparts de Saint Malo. C’était avant qu’ils ne deviennent des trucs à touristes. S’en souviennent encore les patrons survivants, leurs serveuses à la retraite, les pavés humides, les recoins puants l’urine et le vomi de la Rue de la Soif, comme les descendants des goélands que je réveillais en pleine nuit. Ma légende fait partie des histoires que les juvéniles se racontent vent debout, rémiges frémissantes aux marées d’équinoxes.

J’ai fait consciencieusement tous les troquets des deux côtés de la Rue de Siam, à Brest. Je n’ai pas pu en tenir le compte. J’ai retrouvé mon chemin à la manière des officiers de la Royale qui rejoignaient leurs bords en se guidant avec les rails du tramway dans la rainure desquels ils enclenchaient l’extrémité du fourreau de leurs sabres. À quatre pattes, j’utilisais moi, ma main. Parfois mes doigts dérapaient et je me perdais, seul, dans un brouillard humide.

Te cherchais-je vraiment dans ces lieux ? Je n’en suis pas si sûr. J’essayais plus simplement de vivre, ou pour être précis, de supporter de vivre.

Les soirs sans, c’est-à-dire les soirs sobres, je te cherchais dans tous ces livres qui ne me lâchaient pas, toutes ces histoires, tous ces mots. Je te cherchais derrière chaque page, sous les lignes, dans l’encre des signes qui jonchent les feuillets et qui, à force d’être scrutés, s’évanouissent au sens.

Comment peut-on chercher quelqu’un dont on ne sait pas qu’il existe ?

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Stephanie Nosjean · il y a
me suis laissée menée par ton chemin, il touche surement pour tous un petit bout de passé, moi j'allais à Courtrai, la belgique avait le gout de moins cher et de plus exotique, les rencontres étaient ouvertes à la déconnade, plus qu'à la séduction, ou bien est-ce la façon, çà m'allait, pas bégueule, les façons de faire différentes et c'était bien aussi, dès 21 heures, on pouvait danser dans les bars et partir vers 3 heures pour la frontière. les musiques avaient quelques mois d'avance sur la France, c'était couru, moi je courais après ... la nuit. merci pour ce flash back, et un vote de plus.
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Christophe Sims · il y a
Merci Stéphanie, d'accorder tant de pouvoir de réminiscence à la "rue de la soif". On a la madeleine que l'on peut ... °;+)
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Virgo34 · il y a
On cherche tout le temps et partout, même si on ne sait pas quoi. L'alcool sert à oublier qu'on cherche et ce qu'on cherche. Les livres sont aussi un terrain de recherche. Mon vote.
Je vous invite à aller consoler mon Ombrecito qui a perdu son ombre et qui est en cavale avec moi. Merci.
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ombrecito-acrostiche

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Christophe Sims · il y a
Vos ombre sont légères au regard de celles des nuits de la rue de la Soif. Merci
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Jean Calbrix · il y a
Une ballade sympa pour des balades bien arrosées dans des troquesons de villes portuaires, tout cela dit avec une gouaille fort réjouissante. Bravo, Christophe ! Vous avez mon vote.
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Christophe Sims · il y a
Merci Jean pour votre sympathique commentaire (et votre vote)
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Jean Calbrix · il y a
Mais de rien, Christophe ! Pourriez-vous vérifier si vous avez bien cliqué sur le bouton de vote à propos de mon fauteuil ( http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-fauteuil-rimbaldise ). Quand je clique sur "qui a voté", je n'ai pas votre nom dans les votants. Un grand merci à vous.
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Christophe Sims · il y a
vini, vidi, cliqui; (bravo pour le score!)
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Jean Calbrix · il y a
Un grand merci à vous, Christophe. Ce qui m'a inquiété, c'est qu'il puisse y avoir un bogue dans le système. All right !
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Charlie Arrate · il y a
bon courage !
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Granydu57 · il y a
Je ne sais que dire...J'ai fait un bout de chemin dans cette rue en lisant le texte.+1
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Dolotarasse · il y a
Votre titre m'a interpellée ! Rue de la Soif... je l'ai faite mais de jour en toute sobriété. Y'en a pas une à Rennes aussi ? Bref mon vote pour cette ivresse nostalgique.
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Christophe Sims · il y a
Oui, à Rennes, en bas de la Place Ste Anne, la rue de la Soif, c'est la rue de... St Malo. Merci pour le vote. Cordialement
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Dolotarasse · il y a
Ah ok je connais la place Ste Anne ! De rien pour le vote...