Route Pacifique

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“We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars.” - Oscar Wilde Solène // 16 ans // Vif d'or // Aime lire, écrire, rêver, danser, jouer du violoncelle  [+]

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C’était un matin d’été.

Thaïs et moi avions préparé notre excursion : une plongée de reconnaissance, à travers la côte pacifique, pour profiter de l’eau turquoise et de la lumière perçant à travers les flots, faisant apparaître une myriade d’animaux inconnus, un camaïeu de plantes colorées. Le soleil miroitait sur l’onde claire. Tout se prêtait à notre exploration soigneusement préparée, en amoureux. Nous nous aventurons alors à travers les rochers, et, grisés par l’enivrante liberté qu’offre la mer, nous continuons toujours plus loin, toujours plus émerveillés par ces paysages magnifiques. Une route pas comme les autres.

Soudain, un mouvement puissant fait frémir l’onde. Je me retourne, surpris par ce courant ; de quoi s’agit-il ? La mer semblait si calme… S’agit-il d’un bateau, un requin ? Nous reprenons notre avancée, méfiants, tandis que la chose semble se rapprocher. Ce qui était un doute devient une certitude : nous sommes suivis.
Instinctivement, nous accélérons, le cœur battant à toute allure. Fuir, le plus vite possible, sans se retourner. Nous tentons tant bien que mal de trouver une cachette, quand tout à coup nous apercevons une grotte nichée entre d’imposants rochers. Puisant toutes nos forces, nous nous y précipitons dans une dernière accélération. Après s’être glissés dans l’étroite caverne d’asphalte sombre, nous voilà soulagés par un semblant éphémère de sécurité.

La chose semble avoir fait demi-tour, mais elle peut revenir à n’importe quel moment, nous en sommes conscients. Nous attendons un long moment en silence, unis par la peur. Je regarde celle dont j’ai toujours été éperdument amoureux, elle me renvoie un sourire, diffusant un baume évanescent dans mon cœur. Cependant, nous ne pourrons rester terrés ici une éternité : nos réserves d’oxygène s’épuisent, l’air vient à manquer.
Un bruit sourd me tire de mes pensées. Le revoilà. Paralysé par la peur, j’ai à peine le temps d’apercevoir un immense filet se replier sur moi que je perds connaissance.

***

Lorsque je me réveille, je me trouve enfermé dans une immense pièce, déserte, aux murs couleur sang.
Seul.
Est-ce cela, la mort ? Dans ce cas-là, elle est bien ironique : l’eau, qui était ma raison de vivre, devient ma prison teintée des couleurs de l’enfer. J’aperçois à peine le ciel, à travers un puis de jour, toujours aussi resplendissant, comme s’il se moquait ouvertement de mon triste sort. Le pire dans tout cela est le fait d’être séparé d’elle ; je dois absolument la retrouver. Thaïs, ses grands yeux sombres, son teint caramélisé sous les rayons de l’été… Bon sang, Noah, ressaisis-toi !

Je tente désespérément de remonter vers la surface, mais tous les membres de mon corps me paraissent engourdis. J’erre plusieurs minutes, qui s’écoulent au rythme de l’éternité, sans qu’un moindre mouvement vienne heurter le calme, effrayant, qui règne dans l’antre. Cependant, je reste sur mes gardes, prêt à parer toute attaque. Je tente de me rassurer : je suis jeune, entraîné, bref, j’ai de la ressource.
Mon mystérieux ennemi surgit enfin. J’ai à peine le temps d’apercevoir ses griffes se refermer sur moi que je m’évanouis à nouveau. Certes, une attitude peu digne du héros que je convoitais. Mais tant pis. Car, avant de voir les lumières s’éteindre, une voix chaude et puissante retentit, balayant mes craintes :

« Les enfants, relâchez ces pauvres crabes à l’eau et venez manger ! »

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