Rouge sang

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Mon avatar : Un graf depuis longtemps disparu. Il personnalise mon état d'esprit : Réagir et l'écrire. Toutes mes œuvres déposés en libre  [+]

A l’issue de mon brevet, j’étais entré en apprentissage à l’abattoir municipal grâce à la recommandation de tonton Gustave.

J’étais là, comme un poisson dans l’eau, ou plutôt dans le sang. Dans des marées de sang. A longueur de journée, nous pataugions dans cette matière comme les pêcheurs de crevettes dans la laisse de mer. D’ailleurs les raclettes que nous utilisions pour dégager les déchets s’apparentaient aux épuisettes poussées par ceux-là.

L’odeur enivrante de l’hémoglobine nous montait à la tête et restait attachée à notre personne. Sans doute pour cette raison que je n’avais pas d’amis et peu de relations. La cruauté de notre métier nous assimilait à des tueurs sans cœur, un peu pervers.

Au collège, j’avais un don pour le dessin d’après mon prof et c’est naturellement que je me tournais vers cette activité pour meubler mon temps libre et compenser ma solitude.

Mes faibles ressources ne me permettaient pas l’achat de fournitures onéreuses chez le marchand de couleurs. Je compensais avec les moyens du bord.
Les queues de bœuf ou les soies de porc détournées subrepticement, remplacèrent avantageusement les pinceaux de martres. Quelques fines truelles récupérées dans l’atelier de mon père, complétèrent mon matériel. Je me servis dans les peaux présentant des défauts comme support, en remplacement des toiles hors de portée de ma bourse.

Klein faisait dans le bleu, je fis dans le rouge. Dès lors, je pataugeais dans le visqueux en trois huit à l’abattoir et le reste du temps dans la grange où j’avais installé mon atelier.

Tout me fut ingrédient pour mes compositions. Au sang vinrent s’ajouter en couches superposées, des os et des viscères dans un maelstrom halluciné que n’eut pas renié Francis Bacon.

Mes prélèvements furent bien vite repérés, ainsi que mon accrochage aux murs de la grange, déclenchant l’horreur de la part des autochtones ignorants en matière d’art. Je fus dès lors interdit de séjour à l’abattoir.

Sans ressources et banni de la maison, je me réfugiais dans ma grange atelier où ma mère, désolée, me déposait chaque jour ma pitance sur le pas de la porte, n’osant franchir le seuil de peur des représailles et aussi de découvrir des horreurs.

La matière première manquant, il me fallut pour poursuivre mon œuvre qui maintenant devenait ma seule raison de vivre, trouver une autre source d’approvisionnement.
Le nombre d’homicides grimpa de façon exponentielle dans la région, particulièrement du côté des jeunes filles. Ce fût ma période « Post-Raphaélique ».

*****

Dans ma petite cellule à l’isolement, je peins désormais dans ma tête, mais je sais que je sortirai un jour. Et là, je repeindrai le monde en rouge sang.
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