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Rouge camion de pompier

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Romain Ruffiot

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Beau ténébreux ? Sombre charmeur ? Je ne sais que trop choisir entre les deux. Il était juste incroyable. Tout ce que je recherchais chez un garçon... J'adorais son côté séducteur, son sourire en coin dévoilant subtilement ses adorables fossettes. Et sa voix, mon dieu ! Elle sonnait tellement belle à mes oreilles, je ne me lasserai jamais de la splendeur vocale de ce baryton. Puis bien sur, son regard. Ses yeux, au premiers abords, si noirs et si inexpressifs qu'on aurait dit deux obsidiennes, regorgeaient en réalité d'une douceur sans limite. Une fois qu'il les posait sur les miens, il en était fini de ma concentration. J'étais en quelques sortes transportée. C'est comme si il n'y avait que lui qui comptait dans ces moments-là. On peut à juste titre trouver cela niais mais, j'avais eu l'impression que c'était l'homme de ma vie. J'étais incapable d'en voir d'autres. Les autres me regardaient, ça oui bien sur qu'ils le faisaient. Mais pas comme lui le faisait. Tristement je réalisais bien que compte tenu des événements, il ne le ferait plus. Mais bon, c'était la vie. Enfin la vie. Cette expression est bien drôle.
Lui aussi d'ailleurs. Je crois que mes plus beaux sourire, mes plus long fou rire, il avait été cause. Toujours l'esprit assez fin pour utiliser le bon mot au bon moment. Toujours des plaisanteries ni trop méchantes ni trop plates à balancer aux autres. La se trouvait bien une de ces meilleures qualités.
Mais, ce que j'aimais par dessus tout chez lui, c'était son côté mystérieux. Cliché de la fille timide qui aime le beau mec un peu énigmatique ? Oui. Totalement. Possibilité de quelque chose entre nous ? Plus maintenant mais peut être qu'il y aurait pu y avoir quelque chose ! C'était mal parti au tout début.
Après avoir enfin réussi à lui parler pour la première fois, j'étais reparti rouge. Pas vermillon ou tomate. Nan, cela tirait plus sur le rouge camion de pompier ! Ce qui contrastait terriblement avec ma robe bleu roi et mon teint livide. Apparemment, il en avait rit. Bonne chose ou mauvaise chose, je n'étais toujours pas fixée... Par la suite et je ne sais par quel miracle on s'était un peu rapproché, échangé les snaps puis on avait commencé à parler. On avais discuté. D'abord quelques minutes, des heures entières, de jour en jour, toutes les semaines, pendant deux trois mois. Le temps se consumait et la complicité se forgeait. Jusqu'à devenir une attirance faites d'airain. Totalement inattendu. Bien sur, je l'imaginai mutuelle. Dans ce genre de situation on fait vite confiance à l'autre. On se livre. On partage son intimité. Alors dès fois on délivre des secrets sur nous. Sur notre passé, nos rêves, nos petites habitudes. Puis d'autre foi, l'intimité se livre un peu plus, physiquement. Snapchat est vraiment le réseau parfait pour ce genre de partage. Une photo, quelques secondes, plus de photo. C'est la joie d'offrir, d'exciter, de donner envie à celui avec qui on partage tout.
Cependant il arrive que la personne qu'on aime, en qui on a tant confiance, ne fais pas attention et partage cette intimité avec ses amis. Imaginez que ces derniers soient de mauvaises personnes. Vous pouvez vite devenir une "salope" à leurs yeux. Pas une fille qui veut faire plaisir à son "copain". Alors, un jour, vous mettez du temps à vous rhabiller après le sport. Les autres filles sont sorties, vous laissant seul dans le vestiaire. Trois garçons arrivent, violents et déterminés à assouvir leurs pulsions sadiques et perverses. Ils n'y voient pas de problèmes. Après tout, "ce n'était qu'une salope". Souvent ça dérape. Les séquelles laissées sont souvent incrustées à jamais dans l'esprit de la victime. Le souvenir est là. Il ne part pas, il est comme un fantôme, enchaîne dans l'instant. Je ne devais plus y penser.

En ce moment même, je me tenais debout à un m’être de lui, essayant de croiser les deux obsidiennes qui lui servaient d'œil. Bien sur, il se sentait encore coupable et affronter mon regard, aurait été un supplice issus de ses pires cauchemars. Il était tout bonnement impossible qu'il le fasse. Mais je lui en veut pas ! Au fond qu'a-t-il fait a part avoir partagé notre intimité ? Est il vraiment à blâmer ? La vérité est, et sera a jamais pour moi que, même dans mon état je l'aimais toujours. Jamais, je ne pourrais lui en vouloir. Je le regardai encore et je ne pouvais me résoudre à mettre fin à cette contemplation. Soudain, il me regarda. Paniquée je détournais les yeux. Puis revenait à nouveau croiser son regard. Il me fixait. Ce n'était pas possible. Impossible, impossible, impossible. Il avait peu être vu autre chose. Cela devait être ça. Ce n'est pas moi qu'il fixait. Les trois garçons m'avaient laissé, sur le sol des vestiaires, la peau livide parsemé de tâches couleur bleu roi, mon corps baignant dans une flaque rouge camion de pompier.
Il ne pouvait me regarder. Personne ne le pouvais plus désormais.
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