Rouge assassin

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De Madame de La Fayette à John Green, je lis de tout, tout le temps. J'adore voyager dans l'imaginaire d'un autre. Et je fabrique, au fur et à mesure, un imaginaire qui me correspond. J'espère  [+]

Image de 2016
Le vide, rien que le vide. Tout dans sa tête s’était effacé, rien ne régnait plus que le vide et le noir, le noir absolu, profond et interminable.
Elle marchait sans discontinuer, poupée bornée.
Dehors, le soleil prenait congé, il se confondait peu à peu avec l’horizon, chauffant encore pour quelques minutes les champs de maïs alentours, arrosant l’herbe des fossés sur le bord de la route.
Les bras ballants, le regard dans le vide, la vie en suspens, elle avançait, toujours, sans s’arrêter. Depuis combien de temps marchait-elle ? Elle ne le savait pas, elle n’y pensait même pas. Son cerveau n’avait jamais été aussi vide qu’à ce moment-là. Rien, plus rien ne venait, aucune pensée, ni triste, ni gaie. C’était comme si elle n’avait jamais vécu, elle n’était jamais née, elle ne mourrait jamais. Elle n’était que de passage dans ce corps. Elle semblait que rien ne lui appartenait, ni les mains qui pendaient au bout de ces bras, ni les jambes qui s’agitaient, seules, ni même ce paysage.
Combien de temps avait-elle marché ? Trop longtemps. Beaucoup trop longtemps ! Elle ne reconnaissait rien ! Elle ne connaissait pas cette route ! Elle ne l’avait jamais vu ! elle tourna la tête alentours, paniquée, mais que faisait-elle ici ! ses yeux s’agitèrent. Ils cherchaient un détail ami, quelque chose de familier, mais rien ! Absolument rien !
Soudain, tout son corps s’arrêta. Ses yeux s’écarquillèrent. Le spectacle qui se déroulait devant ses yeux la pétrifiait, la faisait frémir.
Le soleil frôlait à présent l’horizon. Ses rayons rouges brûlaient la campagne, ils brûlaient la route et les champs. Le ciel s’empourprait, devenait menaçant. Et dans ses pupilles se dessinaient les flammes qui grandissaient, le feu qui l’entourait. Son cœur se mit à battre, à frapper dans sa poitrine. Tout était donc bien réel ! elle habitait ce corps, vivait ce qu’il se passait ! Le feu, rougeoyant, l’encerclait. Il lui léchait la peau, comme un chat vicieux qui se colle à sa proie.
La panique se lisait dans ses pupilles. Que faire ? Où aller ? Elle voulait crier, elle ne pouvait pas, son corps ne lui obéissait pas. Seules ses jambes recommencèrent à avancer. Elles s’activèrent sur le bitume. Elles se mirent à courir. Le feu l’encerclait, elle courait dans le feu, ses jambes l’entrainait dans les flammes, tout lui échappait. Qu’avait-elle fait !
Elle ferma les yeux. Ses paupières en bleuirent.
Puis, soudain, le vide, plus rien. Ses yeux finirent par voir, ses yeux observèrent. C’était la même route, les mêmes champs, le même maïs, même le soleil enflammé n’avait pas bougé.
Elle prit sa tête dans ses mains. Un frisson électrique lui parcourut le corps. Ses poignets se firent douloureux, sa tête tournait, son cœur agressait sa poitrine, ses jambes fléchissaient, fébriles. Tout son corps se réveillait.
Ses mains se crispèrent sur ses cheveux. Elles voulaient les arracher par poignets. De fines larmes glissèrent le long de ses joues. Où était-elle, que faisait-elle dans cette campagne dont elle ne connaissait rien ? quand est-ce que cette route se terminait-elle ? Tout tournait dans sa tête, se mélangeait, s’entrechoquait. Les mots lui frappaient la tête, la tourmentaient, l’obstinaient.
Ses mains tremblaient. Elle sentit un liquide chaud couler dans ses mains, faire coaguler ses cheveux. Du sang ! du sang coulait sur ses mains, dans ses cheveux ! Mais que lui arrivait-il ? Elle regarda autour d’elle. Tout était rouge. Les fossés étaient devenus des douves de sang, le maïs saignait, la route suait, ses mains pourrissaient. Elle hurla. Elle pleura des larmes nerveuses. Elle se leva instinctivement. Et malgré la douleur elle courut, elle continua à courir, sans plus s’arrêter. Cette route aboutirait bien quelque part !

Elle se réveilla d’un coup, son buste partit en avant, comme après un cauchemar. Elle transpirait. Ses poignets lui faisaient mal. Ils étaient attachés. On lui prit le front pour la rallonger, brutalement. Elle gémit légèrement. Sa tête lui tournait. Un filet de sang coulait dans ses yeux, jusqu’à ses lèvres.
Elle entendait un bruit de moteur. Elle était allongée sur la banquette arrière d'une voiture, sur les genoux de deux hommes. Elle observa dehors. Des champs de maïs à maturité défilaient à toute vitesse, le long d’une route de campagne. Des larmes coulèrent silencieuses, le long de ses joues. Mais où l’emmenaient-ils ?
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