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Rosa

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Ori

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Rosa. Un nom qui peut paraître décalé quand on vit dans la banlieue parisienne, grisonnante à souhait, et où se mêlent mille odeurs de pollution et d’égouts. Répugnant, morne. Bien des adjectifs peuvent décrire cette vie qu'est la mienne.

Comme chaque matin de semaine, je prends le métro pour me rendre au lycée où je suis des études littéraires. Métro, boulot, dodo. Ma routine, malgré mes seize ans d'âge. Le nez plongé dans un roman aux coins cornés, donné par une bibliothèque maintenant fermée, j'essaye d'oublier - en vain - les pensées qui me hantent depuis mon plus jeune âge.

Pauvreté, pauvreté, pauvreté. Oui, je suis pauvre. Orpheline, aussi. J'ai été adoptée si jeune que je n'en ai plus aucun souvenir maintenant. J'aurais aimé connaître mes vrais parents. Ces gens qui pourtant m'ont abandonnée, alors que je n'étais qu'un bébé, dans cette jungle sauvage et sans repos qu'est Paris.

Je laisse mes pas me guider hors de la station de métro aux murs carrelés de vert et blanc, tant habituée à ce mode de vie que je pourrais très bien être aveugle et ne pas sentir de différence.

Sur mon passage, des gens fixent avec dérision mes vêtements élimés et rapiécés, ma besace ramassée dans la rue et mon foulard fabriqué à partir d'un vieux rideau. Non pas que je n'ai pas les moyens de m'en acheter un - un foulard, il y en a des pas chers. C'est simplement que, étant bébé, on m'a retrouvée enroulée dans ce rideau, abandonnée dans un carton en plein Montparnasse. Ce rideau, celui qui a un eu tout changé. Sans lui, je serais probablement morte de froid. Porter sur moi cette relique me fait l'effet d'avoir un trésor autour du cou. Et peu importe ce que pourront dire les gens, jamais je ne m'en débarrasserai.

Sept heures quarante-neuf. Je suis en avance, comme d'habitude. Mais ce n'est pas pour rien que je me dépêche. Chaque matin, je suis heureuse d'arriver au lycée. Chaque matin, je suis heureuse de pouvoir m'isoler loin du bruit et de la violence de notre si chère capitale. Chaque matin, je retrouve ma vie, mes souvenirs. Mon jardin secret. À moi, rien qu'à moi.

Niché au cœur de l'établissement, entre un aulne et un marronnier centenaire, ce lieu est un des rares vestiges de verdure au milieu des immeubles, immobiles et menaçants. Paris nous domine, Paris nous domine, mais Paris a aussi des secrets. Et celui-ci m'appartient.

Un banc ombragé, des arbres, je n'ai besoin de rien de plus pour me sentir chez moi. Bien plus que dans mon HLM de banlieue, où tout est si étriqué, si banal... Ici, on peut s'attendre à tout. Ici, on ne sait jamais ce qui adviendra. Ici, on se sent libre, plus vivant que jamais. On peut respirer sans être étourdi par les vapeurs des voitures. On peut s'étendre dans l'heure douce sans avoir à se soucier du bruit ou des déchets.

Ma vie de lycéenne défavorisée a beau être monotone, elle n'en est pas moins belle. Je n'en changerais pour rien au monde, décision qui pourrait en intriguer plus d'un. Mais personne ne peut comprendre sans être à ma place. Personne ne peut savoir à quel point je tiens à tout ce que j'ai, même si je ne possède que très peu de biens personnels. Mais ce n'est pas la quantité qui fait la qualité.

C'est pourquoi en cet instant, seule sur mon banc avec mon livre, mon aulne et mon marronnier, je me sens heureuse. Et riche. Très riche.

Parce que rien n'est plus précieux que le bonheur.

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