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Robert

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Valérie

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« Chez Robert, récupération de ferraille et métaux ».
La pancarte se voit de loin. On entre par un large portail métallique, grand ouvert à cette heure de la journée. La maison, en pierre de taille grise, est massive, carrée à la base et s’élève sur deux étages. On distingue des rideaux à chaque fenêtre, gris de poussière et du temps passé là, immobiles.

Petit, trapu et légèrement voûté, un mégot de cigarette-papier-maïs perpétuellement collé à sa lèvre inférieure, Robert parle peu. Il bougonne trois quatre mots par-ci par-là, quand c’est nécessaire.
Personne ne connaît rien de Robert. Les plus anciens savent qu’il est arrivé au village vingt ans plus tôt, après qu’il ait hérité de la maison de son grand-père et du stock de ferraille qui allait avec.

Bien que ne sachant rien de lui, les gens parlent beaucoup de Robert. Pour certains, il dissimule un magot, mi-or, mi-billets, dans une cantine militaire, enfouie dans une des galeries souterraines qui partent de la maison et courent sur plusieurs kilomètres. Creusée à la pelle par le grand-père, la galerie aurait été prolongée puis transformée en labyrinthe par Robert en personne.
Pour d’autres, Robert est un ancien légionnaire, un barbouze lâché par le gouvernement après que sa dernière mission ait échoué. Les Moriceau, eux, pensent qu’il cache une femme-esclave dans sa cave-labyrinthe.
Madame Boudin interdit aux enfants de s’approcher de la maison à moins de cent mètres. Pour elle, ce Robert est évidemment un dangereux repris de justice.

Tous les jours, aux alentours de midi trente, Robert ferme le portail de métal pour rejoindre la cuisine. Son couvert est mis, sa serviette bien roulée dans un porte-serviette, une bouteille de vin devant lui, le verre déjà rempli. Sur le fourneau chauffe un plat cuisiné. Robert s’en sert et s’attable. L’antique téléviseur diffuse les informations nationales. Robert aime se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde.
Durant le repas, Robert parle plus qu’à l’accoutumée. Il n’aime pas trop le type qu’il a en face de lui. Il trouve qu’il est mal coiffé, mal fagoté. Ça fait un bout de temps qu’il lui dit, dès qu’il le voit, qu’il ferait bien de changer de coiffeur, mais l’autre s’en fout royalement. L’autre jour, le type s’est pointé avec une de ces cravates ! Robert a bien failli s’en étouffer ! Ça faisait bien longtemps qu’il n’avait pas ri autant. L’autre en face, ça l’a pas fait rire du tout... D’ailleurs, il a remis la même cravate le lendemain et les jours qui ont suivi. Rien que pour emmerder Robert.

Un jour, c’est pas le même type qui s’est pointé à midi.
Ce fut un grand choc pour Robert. Il aurait bien aimé être prévenu quand même qu’on lui envoyait un nouveau. C’est pas rien de manger avec un type qu’on connaît ni d’Eve ni d’Adam. Surtout quand ce nouveau venu est Noir !
« Bon Dieu ! Un Sénégalais ! avait-il dit en le voyant.
« C’est que j’en ai connu un, moi... Ooouuaais meûssieû ! Parfaitement ! Quand j’étais aux Affaires Étrangères... Un Sénagalais de Dakar. Un homme qu’avait un sacré caractère... Monsieur Marignan ! Un capricorne ! Ah ! Sacré caractère ! »
Là-dessus, Robert s’était servi un verre de vin et l’avait bu d’un trait.
« Vous vous appelez pas Marignan, vous ?... Oh le caractère du monsieur ! »

Puis Robert a fini son repas, roulé sa serviette dans le rond de serviette, posé son couvert dans l’évier et s’en est allé faire la sieste.
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Osolaris · il y a
Belle chute, bravo pour ce récit qui se vide d'un trait ! :-)
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