Road trip in thinking

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Laure, 21 ans, étudiante. Vous épargne tous les mots inutiles pour se concentrer sur l'essentiel. Sur la voie pour comprendre le monde, irréversiblement, en cours de recherche d'une forme de  [+]

Image de 2016
Salut. Peut importe qui je suis. Il a quelques jours, j’ai décidé d’me barrer, me barrer de ce quotidien sans intérêt. On me dit souvent qu’on ne peut pas faire ce que l’on veut, que dans la vie il faut faire des choix, qu’on a des responsabilités et qu’il faut les assumer. Je pense que c’est faux. Je pense que chacun doit choisir où il veut aller, comment il va s’y rendre et ce qu’il veut faire du temps qu’on lui a donné. Créer des liens, s’enchaîner, s’attacher, ce sont des choix que l’on fait, entraver notre liberté, laisser les sentiments nous aveugler, des décisions.

Je suis une illusionniste, une sentimentale, pire même une romantique. On m’a toujours dit que j’avais trop d’imagination, que mes idéaux étaient trop hauts, trop loin pour seulement penser à y penser, car impossibles. A cause de cela, on ne m’a jamais vraiment prise au sérieux. Le truc, c’est que moi je l’étais, sérieuse.
A chaque idée évoquée, à chaque constat formulé, les pensées avaient germés depuis des heures déjà, m’empêchant de dormir, me faisant friser la folie.

Bref, je suis une inconditionnelle rebelle, une hors la loi de la société. C’est pour ça que j’ai pris ma décision.
Partir, vivre mes rêves, seule puisque personne ne semble vouloir m’accompagner. Je dis souvent que les uniques obstacles qui nous empêchent d’avancer sont ceux que nous nous mettons nous-mêmes, les limites que nous croyons avoir, celles que nous nous imposons.
Je pars pour réfléchir, comme un exil, un moment de méditation. Je pars pour ne pas être moi dans le monde mais moi regardant le monde. Pour prendre du recul, pour vivre mes rêves, pour voir ce qui va en ressortir. Est-ce que l’impossible peut devenir possible ? C’est ce qu’on va voir.
J’avais déjà tout mes plans en tête. Un tour de France, la bagnole de mon grand-père dont il ne se sert plus, mon appareil photo, des carnets pour écrire, dessiner, gribouiller, m’exprimer. Des cartes routières, de la bouffe qui se conserve et de quoi dormir. Un peu d’argent et internet pour le reste. Une nature sauvage, des actions spontanée, la liberté d’agir, juste moi, le vent, la route et mes pensées consumées au gré des kilomètres avalés.

Je suis partie de nuit, un sourire aux lèvres, les fenêtres ouvertes et les cheveux au vent. J’avais cette image des nanas américaine dans les films qui partent sur un coup de tête et qui finissent par croiser un beau garçon sur le bord de la route, pour qui cette escapade n’était qu’une façon d’échapper à la réalité quelques heures.
J’ai ris toute seule, stupides films. Je ne partais pas pour échapper à ma réalité, je partais pour la trouver. J’avais peu d’espoir de croiser quelqu’un, quelqu‘un de bien j’entends. On n’est pas au pays des bisounours.
La nostalgie me frappa de plein fouet comme l’air se rafraîchissait, me faisant frissonner. En passant par les rues animées du centre ville, j’observais les passants.

Des jeunes défoncés qui sortent de boîte, vont vomir dans un coin, d’autres qui se chuchotent des mots à l’oreille et rient comme des détraqués. Je regardais les couples au restaurant, le regard perdu d’une femme qui n’écoute pas vraiment l’homme assis en face d’elle, deux autres qui se pelotent sous la table en prévision de la séance de sexe plus tard dans la soirée, ceux qui sortent du cinéma main dans la main, qui se serrent tendrement mais qui ne sont pas présent... Les filles qui se regardent partout où leur image se reflète, contemplant ou retouchant leurs masques de maquillage et d’émotions, celles qui sourient alors que leurs yeux pleurent. Les garçons qui s’efforcent d’avoir l’air cool, qui se donnent un genre avec leurs potes et qui parlent mal aux filles alors qu’en rentrant ils embrasseront leur maman et se coucheront avec le doudou qu’ils ont depuis toujours en pensant à la fille qu’ils n’ont jamais osé abordé. Les groupes à l’allure bizarre, qui sont les seuls à se comprendre, qui respirent le bien être mais qui pourtant incitent les autres à changer de trottoir. Des automates, piégés dans les codes et dans les vices de la société.
J’étais sur l’autoroute de ma destinée. J’avais laissé des gens derrière moi, mais je ne pouvais pas être présente pour eux si je ne l’étais pas pour moi. J’avais besoin de me trouver. De m’accepter. De régler les comptes avec moi-même, avec les questions qui revenaient me hanter chaque nuit. De réfléchir à ce que je représentais pour les autres et à ce qu’ils représentaient pour moi. Si j’avais envie de m’impliquer, de souffrir, de m’enchaîner.

Puis j’ai compris. J’ai compris que quoi que je fasse je finirais un jour par marquer des esprits, à me faire une place dans des vies et à, quoi que je puisse en penser, à laisser des traces.
J’ai compris que finalement c’était peut être pas si mal d’être important pour quelqu’un et d’exister, de manquer à des gens et de les faire sourire pour presque toujours les même raisons. J’ai compris que tout cela faisait parti d’une évolution, et que de toute façon, maintenant que j’y étais, autant mettre les pieds dans le plat, autant aimer, rire, partager et souffrir, parce que même si je ne suis pas là pour longtemps, je suis là et autant en profiter, autant vivre cette vie imparfaite que l’on m’a donné et tout faire pour la rendre meilleure chaque jour, et au passage celle des autres également, par le pouvoir de la présence et de l’esprit, par des actes qui accompagnent les paroles et la confiance.
Il me restait de la route, et du temps. J’ai décidé de rentrer. J’ai fini par cesser de mettre mes émotions par écrit, et j’ai commencé à les montrer. Malgré ça, je continue d’avancer, je continue d’essayer de regarder à la dérobée le coucher du soleil et à me brûler les yeux, je continue à rire, à espérer, à être consciente de la chance que j’ai. Je reste moi-même. Mais le plus important dans tout ça, c’est que j’ai compris que moi sans ceux qui me tiennent, moi sans ceux que j’aime ce ne serait pas moi.

Il faut juste, une fois de plus, faire les bons choix.

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