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Rien

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Zellena

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Le syndrome de la page blanche: affection redoutée de tous. Ecrivains , journalistes et j’en passe. Je pensais que jamais cela ne pourrait m’atteindre, et pourtant... Me voici face à ma feuille, le stylo à la main, mais voila: comme depuis des mois maintenant, plus rien ne se passe, et je sens l’inquiétude m’envahir chaque fois un peu plus. Les idées ne manquent pas cependant. Les mots en revanche... Je ne parviens plus à coucher sur papier mes sentiments les plus dérisoires, mes pensées les plus sommaires. Tout ce qui se libère de ma plume ne vaut rien, un ramassis d’absurdités bonnes à jeter.
Je finis par faire des boulettes de ces phrases sans queue ni tête et me retrouve à nouveau nez à nez avec cette page blanche. L’angoisse s’est maintenant installée et nul ne pourra la déloger. Des images virevoltent dans mon cerveau, tout est flou. Je tente d’en extraire une au hasard, de la doter d’une forme mais mon esprit se projette ailleurs. La feuille demeure éternellement blanche. Je commence à douter de moi, de mes capacités d‘auteur. Peut-être ne suis-je pas à la hauteur, peut-être n’ai-je aucun talent.
Et cette foutue page vierge qui me nargue! Plus je l’observe et plus j’ai peur, peur de ce vide, peur de ne plus pouvoir m‘exprimer. Je pense à tous ces fragments de conscience, inachevés, qui attendent sagement dans un coin d’être terminés. L’inspiration ne vient plus et les feuillets s’amoncellent jusqu’à, pour certains, sombrer dans l’oubli.
Je n’y arrive plus...
J’entends des voix qui ricanent et qui, d’un ton narquois, scandent inlassablement : « la page est vide, la page est vide! » Je les somme de se taire et me bouche les oreilles, mais elles poursuivent leur infernale litanie, de plus en plus vite, de plus en plus fort. Je quitte la pièce mais rien n’y fait. Le son semble comme amplifié. Leur chant résonne dans ma tête encore et encore. Je me frappe le crâne contre les murs, en vain. Je vais devenir fou. Etre les témoins de ma déchéance semble redoubler leur excitation.
Je me mutile le visage et le torse dans un élan de désespoir, arrache rageusement mes vêtements. Puis soudain je m’effondre, à demi nu et éclate en sanglots. Les voix persistent dans leur rengaine. Je les conjure de me laisser en paix mais elles semblent ne rien vouloir entendre.
Je craque.
Me redressant d’un bond, j’ouvre la fenêtre et m’élance dans le vide. Les étages défilent, les voix jusqu’à la fin m’accompagnent. Je souris, je n’ai plus peur. Tout sera bientôt terminé.
La page blanche, emportée par un courant d’air, tournoie à mes côtés.
Rouge.
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