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Rex

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K57

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Dans ma tendre enfance, mes parents nous emmenaient mon frère et moi, au petit zoo de Bagatelle. Passage obligé de notre villégiature annuelle côtière.
Un vieux lion du nom de Rex séjournait dans une cage d’une dizaine de mètres carrés.
D’année en année il dépérissait, efflanqué, cachectique, édenté, sa crinière parsemée de tonsures cramoisies, ses rares rugissements tant attendus des enfants et au besoin sollicités par le frottement avec un piquet de tente en dehors du regard des gardiens, sur les barreaux par des parents devant justifier leur déplacement, n’effrayaient même plus les mouches qui avaient élu domicile en sa gueule. Moi, ils me glaçaient !...J’y percevais le terrible déclin d’un fauve qui, s’il était censé représenter le roi des animaux, réduisait la faune à un pitoyable champ de bataille où le moindre hanneton faisait figure de héros.
En fait, je crois qu’en bâillant, las de toute forme d’existence, réfugié dans ses souvenirs de savane, il accordait aux enfants des trémolos en vestiges de sa superbe.
Un été la cage fut vide.
La question de savoir ce qu’il était devenu me hante encore.
La semaine dernière je m’installe au septième rang d’un cinéma où l’on projetait un documentaire sur la décadence de l’empire Magyars. La pénombre s’installe en vue des bandes annonces, quand l’ouvreuse à l’aide de sa lampe de poche aide à se frayer un chemin entre les rangs, à un attardé.
C’était Rex.
Je l’ai reconnu tout de suite ! La crinière ceinte d’une casquette Nike, la démarche vacillante sur des postérieurs étiques...La même odeur, la même dégaine, le même halo de mouches, il parvenait encore à mâchonner du pop-corn et à boire à la paille la boisson symbole de l’impérialisme américain.
Il se trouve une place juste devant moi.
Je ne l’ai pas quitté des yeux durant la projection tout à fait insipide, et quand il a bâillé, j’ai posé ma main sur son épaule et lui ait dit : On irait pas prendre un pot Rex ?...Vous me parlerez de ma mère...Je vous parlerai des piquets de tente.
Voilà ce qui reste quand on a plus ni mère ni père.

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