"Reviens-nous !"

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A dix-huit ans, l'écriture est plus présente dans ma vie que mes amis. J'écris pour vivre, les mots me sont aussi vitaux que mon souffle. Je ne peux m'imaginer sans mon monde imaginaire dans lequel  [+]

Maman a voulu que j'aille faire des courses de Noël avec elle. "On passera un peu de temps entre filles" a-t-elle dit. J'ai hésité. Je ne me voyais pas sortir et faire du shopping avec elle comme avant, pas sans toi. Puis j'ai pensé à elle, pour une fois. J'ai essayé de mettre ma rancoeur envers elle de côté et de me dire qu'il fallait que je lui fasse plaisir.
Je n'aurais jamais dû accepter.
Au début, tout se passait bien, on était dans la voiture, je regardais le paysage par la fenêtre. Elle me parlait et j'essayait de m'y interresser. Je souriais en la regardant, essayant de lui faire croire que j'assimilais les mots et que je la comprenais. Puis nous sommes entrer dans le centre commercial. On a fait quelques boutiques. Le shopping ne me passionne plus et maman a dit que j'en avais besoin. Mais je m'en fiche, moi, que mes t-shirts soient trop petits, que mes jeans soient démodés ou mes chaussures usées. Mais pas elle. Alors elle me proposait des vêtements et je lui disais si j'aimais ou non. Enfin, "dire" est un bien grand mot puisque je ne faisais que hausser les épaules.
Quand on est sorti de la boutique pour nous rendre au marchand de glace du centre, j'ai beugué. Je ne sais pas ce qu'il m'est arrivé mais j'ai vu une maman et deux petites filles prendre des glaces.Maman, toi et moi, il y a quelques années. On aurait dit nous. Je me souviens avoir sentie mes lèvres bouger en un sourire. Je me suis stoppée, et sans faire attention j'ai renversé le soda d'un monsieur par terre. Il a râlé et est parti mais maman n'a pas apprécié. Elle s'est mise à hurler en plein magasin. "Il faut que tu te réveilles Telhia ! Elle est morte bon sang, quand est-ce que tu vas te rentrer ça dans le crâne ?" elle m'a prise par les épaules et elle m'a secouée, comme si elle voulait me réveiller. "Tu es vivante toi, il nous reste encore une fille alors je t'en supplie, reviens-nous !" elle pleurait. Moi je ne comprenais pas ce qu'il se passait. Les gens nous regardais, les deux petites filles et leur maman avaient disparues et lorsque j'ai voulu regardé maman elle avait disparue elle aussi. Alors je suis restée planté là longtemps. Jusqu'à ce qu'une vieille dame me dise que maman était partie en direction du magasin de chaussures.
Sur le trajet du retour, je n'ai pas parlé. J'essayais de me rappeler les paroles de maman. M'avait-elle demandé de me réveiller ? Voulait-elle que je vive ?"Il nous reste encore une fille" . Oui, maman, il vous reste encore une fille. Mais je ne suis pas Marlyne. Je ne serais jamais Marlyne. On a le même physique et le même âge, mais je ne serais jamais elle. J'avais mal à la tête. J'ai eu mal. Ils te croient morte. Je sais qu'elle ment, ils mentent tous de toutes façons. Tu n'es pas morte tu es disparue, c'est différent. Tu es disparue, pas morte.
Rentre, Marlyne. Ils disent que je dois vivre. Et sans toi, c'est impossible.
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