1
min

Rêver d'un monde

Image de Michele Solle

Michele Solle

19 lectures

4

Un monde d’humains, j’avais confiance, un monde d’humains pour vivre avec eux, me noyer en eux, perdre pied et qu’ils me retiennent et me montrent le chemin, un monde de contacts, de mains sur le bras, d’épaule contre épaule, d’haleine fraternelle, de chaleur, d’invitations tacites, de regards audacieux. Et je me suis trompée. Pris la mauvaise porte, la mauvaise pente, la mauvaise planète, le mauvais côté de la rue, la mauvaise saison, le mauvais sexe.
J’ai trouvé du froid humide , des yeux vides, des mains dans les poches, des bonnets sur les oreilles, des trajectoires invincibles, des boucles à l’envers, des membres ankylosées, des regards biaisés, des effluves acides.
Je rêvais de bras ouverts, de questions aimantes, de soucis fraternels, de lits rouges, de carrelage lisse, de pain odorant, de fruits libres, de caresses spontanées, de gestes ronds, de parents bienveillants, d’enfants lumineux, de bougies soufflées, d’avenir préparé, de laine tricotée, de sucre d’orge, de tartines grillées, de chambres tièdes, de jeux dangereux, de secrets offerts, de mains prévenantes, de livres dansants.
J’ai trouvé des horaires, des absences, des non-dits, des portes fermées, des télés sportives, des gestes énervés, des questions absentes, des réponses mortes, des attentes nocturnes, des couloirs déserts, des écrits menteurs, des bonimenteurs, et qui ont peur d’eux, de moi, de vous, qui se retranchent derrière leur rideau d’adulte, « voilà , je me cache pour faire mes petites magouilles ». « Mais on voit tes pieds. »
Mon père disait « c’est ainsi » et moi, « c’est autrement » , il allait consulter le dictionnaire dans son bureau, revenait « j’ai raison » . Je vérifiais, il mentait. Larguée dans le champ de patates, que fais-tu ? Il disait « tu feras ce que tu pourras, comme tout le monde » . Amour paternel ?
Je rêvais de lumière et d’une foule marchant joyeuse, il n’y avait personne à rire et à marcher, juste des fourmis suivant les traces au sol. Je rêvais d’oiseaux, il y avait les moteurs, les coléreux, les déterminés, les laborieux, les monotones.
Mais je trouvai au fond d’une ville grise une boutique sans prétention, une brindille qui prêtait ses livres pour presque rien et pour moi, rien, « tiens, prends ce que tu veux. » Des murs de livres usés, serrés, leur odeur, leur titre, leur auteur, une foule d’inconnus qui, un jour, avait pris leur plume pour écrire.
Je n’étais rien, ils m’offraient tout. Faisais-je partie de leur monde ?
4

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Michele Solle
Michele Solle · il y a
merci à tous , je suis nouvelle et je ne pensais pas avoir des lecteurs du moment que le texte n'étais pas sélectionné , je me sens moins seule
·
Image de Jose
Jose · il y a
Ce texte est très touchant, bien écrit. J'adore la fin. Pourquoi n'est-il pas sélectionné ? Continuez à écrire
·
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Une œuvre émouvante et fascinante ! Mon vote ! Une invitation à lire “Ses lèvres rougissent” qui est en lice pour le Grand Prix Printemps 2018. Merci d’avance et bon dimanche !
·
Image de Michele Solle
Michele Solle · il y a
merci Miraje je suis touchée
·
Image de Miraje
Miraje · il y a
Un texte tout à la fois poignant de simplicité et d'authenticité. J'aurais aimé le voir en compétition !
·
Image de Yasmina Sénane
Yasmina Sénane · il y a
J'aime la chute dans les livres :
après toutes les déceptions c'est un refuge
Apprécierez vous "Entre les persiennes" en lice pour la Saint Valentin ?

·