REVE DU PREMIER MAI

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J’ai fait la paix avec les choses. Un pan de mur, un vestige de la muraille de Bruxelles, doux et sablonneux dans la lumière, évoque la douceur presque immatérielle des visages nimbés de Da Vinci. Un cortège de manifestants est passé sous mes fenêtres : c’est la fête du travail. Un premier mai doux et sans nuages. Les arbres sont comme recouverts d’un voile translucide et piqué de bourgeons naissants. Après une attente impatiente, le soleil est revenu.

J’ai fait un rêve étrange. Apparemment, j’étais employé dans une boutique que je situerais avenue Louise. Une femme haute et sophistiquée était ma patronne. Visage émacié et air prétentieux. Tailleur. J’étais en charge de la boutique de vêtements de luxe. Un chien était couché à l’entrée et me surveillait. Un gros chien grognard, sorte de bouledogue, que j’évitais soigneusement de toucher, malgré qu’il se fût mis dans mon chemin. Il était l’œil et le sbire de la patronne, le gardien du capitalisme châtié de la bourgeoisie. Moi, j’allais et venais, léger tâcheron, conduit par un seul but : ne pas déplaire à cette dame. Bientôt, une famille entre dans la boutique. Ils posent beaucoup de questions. Je remarque qu’ils sont mal élevés. Ils veulent tout voir. Ils montrent une exigence paresseuse de consommateur. Ils demandent à voir l’arrière-boutique. Je les en dissuade un moment. Puis, les choses s’accélèrent, se compliquent. Je dois retirer une à une de très fines aiguilles qui se sont mises mystérieusement dans les tentures séparant l’arrière boutique du reste du magasin. Je devine que je dois me surpasser dans cette tâche. Je pénètre à nouveau dans l’arrière-boutique, qui, tout à coup, s’est élargie de plusieurs petites pièces. J’ai l’impression de retrouver le chien de l’entrée. Je découvre les clients de toute à l’heure. Et là, je leur demande, avec une fermeté qui m’étonne, de quitter les lieux. Je monte le ton, je crie même : « Vous n’avez rien à faire ici ! ». Chose étrange, on dirait qu’ils n’entendent pas. Ils me tournent le dos. Puis, lentement, nonchalamment, ils se retournent vers moi. Je remarque aussitôt qu’une silhouette élancée s’est ajoutée à la famille. Une dame aux cheveux blonds très courts, coupe branchée et flashy, avec des allures de guide et d’hôte. C’est elle, c’est ma patronne. Je reconnais son visage légèrement crispé sur lequel je lis une immense déception et, en même temps, une surprise feinte, une indignation amusée et sadique : je venais de me suicider en hurlant sur des clients et sur mon employeur et en leur demandant de partir. J’étais foutu, réduit à néant en l’espace de quelques secondes. J’avais transgressé le double impératif : plaire aux clients et à son employeur. Je venais de dépasser l’infranchissable limite de l’acceptable, la barrière du bon ton, en perdant mon self-control et, pire, en adoptant le ton rude et impérieux du patron. Je m’étais cru chez moi en adoptant un ton de propriétaire énervé. J’étais une imposture. Et elle en avait la preuve à présent.
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