3
min

Reuilly-Diderot

Image de Myrangele

Myrangele

52 lectures

11

Simon regarda autour de lui. Tout le monde était penché sur son écran de téléphone et personne ne souriait. Le métro parisien était vraiment la pire chose qu’il n’ait jamais vécue. Il était déjà fatigué par sa longue journée de stagiaire exploité, alors voir ces visages vides le rendait encore plus las. En repensant à son après-midi, Simon jura entre ses dents. Comment avait-il pu lire ce matin dans son horoscope que c’était son jour de chance ? Violaine, sa collègue canon dont il était amoureux depuis son arrivée, avait déclamé toute la journée à qui voulait l’entendre qu’elle avait rencontré l’homme de sa vie, au pot de départ de Sylvie. Simon pesta encore une fois lorsque les portes du métro s’ouvrirent. Il descendit et changea de quai, pour atteindre le quai de la station Reuilly-Diderot. Sur le chemin, un reflet brillant attira son attention. Il s’approcha et vit que c’était une pièce d’un euro. Il la ramassa et la glissa dans la poche de son pantalon noir. Après tout, c’était son jour de chance, alors il avait bien le droit. Une fois sur le quai, la vague de satisfaction qui l’avait traversé s’effaça aussitôt. Décidemment, c’était vraiment une journée ratée : son train n’arrivait que dans huit minutes. N’ayant rien de mieux à faire, il remit en place le col de sa chemise, arrangea ses cheveux et vérifia que sa sacoche était bien fermée. Sept minutes. Il n’y avait quasiment personne sur le quai, et cela ne dérangeait en aucun cas Simon, qui avait horreur de la foule. Il commençait à se calmer lorsqu’un gros bruit attira son attention, suivi de jurons étouffés.
« -Satanées machines ! »
Simon comprit alors que la femme qui venait de parler avec donné un coup de pied à une des machines à boisson, toujours présentes sur les quais du métro parisien. Alors que le même bruit retentit à nouveau, Simon se retourna, décidé à réclamer un peu plus de calme. Chaque bruit lui était insupportable. Mais quand il vit le visage de la femme, aucun son ne put sortir de sa bouche. Il lui semblait que même sa respiration s’était arrêtée, mais c’était sans aucune importance, il y survivrait. Son regard se perdit dans les yeux marron de la femme qu’il avait en face de lui. Il aurait pu y plonger, si ce n’avait pas déjà été le cas. Simon ne savait pas vraiment où il en était. Il laissa cette femme à la peau mate et aux yeux troublants remplir chaque cellule de son corps. Il pouvait la sentir se glisser autour de ses jambes, il pouvait sentir sa main s’enrouler dans la sienne, même si elle était à plusieurs mètres. Simon ne sut pas combien de temps ils restèrent l’un en face de l’autre, en parlant invisiblement. Mais il sut qu’il avait eu le temps d’examiner la douceur des ailes de son nez, la longueur de ces cils noirs ou encore la sévérité agréable de ses pommettes. Les cheveux de cette mystérieuse femme lui couvraient les seins et leur noir de jais était la plus belle chose que Simon ait jamais vue. Non, après tout, la plus belle chose qu’il ait jamais vue, c’est la main que cette beauté tendit discrètement vers lui, dont les doigts étaient fins et longs. Il était dans un état totalement euphorique lorsqu’un détail sauta à la figure de Simon. Et ce détail se manifesta en tirant les cheveux de la femme, comme pour attirer son attention. Le détail lui adressa ensuite la parole.
«  -Dis, comment on va faire pour mon Orangina ? Zai soif !
Le petit détail de cinq ans et demi se tourna alors vers Simon :
-Et toi, monsieur, t’as pas un euro ? »
Simon ne se mentit pas. Il savait qu’il aurait voulu que cette femme soit libre. Mais elle ne l’était pas, et en plus, elle avait un enfant. A la vue de l’enfant qu’il n’avait même pas remarqué, le cœur de Simon avait semblé se détacher et bondir hors de sa poitrine. Tout s’était effondré en une petite seconde. Mais le petit garçon, qui s’était avancé vers Simon le regardait avec de beaux yeux. Alors il se souvint de la pièce trouvée dans les couloirs du métro et plongea la main de sa poche Il en sortit l’objet convoité pour le mettre dans la main du petit, qui avait les mêmes cheveux sombres que sa mère. Tandis que la main de l’enfant se refermait sur la monnaie, sa mère qui s’était avancée adressa la parole à Simon.
« -Merci beaucoup de votre générosité, monsieur. La machine m’a avalé ma dernière pièce et mon neveu n’arrête pas de me tanner pour une boisson »
Lorsqu’elle prononça ces mots, Simon n’entendait plus ce qu’elle disait, à cause du tourbillon d’émotions qui l’envahit. Il profita juste de la sensation de son cœur qui se remettait à battre avec passion. Alors, sans vraiment qu’il sache si c’était lui ou cette nymphe qui parlait, Simon entendit une phrase avant que le métro n’arrive de son grand bruit :
« -Il semblerait que ce soit mon jour de chance ! »

PRIX

Image de 2017

Thèmes

Image de Très très court
11

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Lammari Hafida
Lammari Hafida · il y a
Agréable lecture mes 5 votes ! Je vous invite à lire mon poème en lice < Coup de foudre > et bonne soirée !
·
Image de Romain Parement
Romain Parement · il y a
Allez un +5 car votre texte le mérite, j'ai été pris du début à la fin
·