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Un carnet, un stylo, c'est tout « Mama always said life was like a box of chocolates, you never know what you're gonna get. » — Forrest Gump  [+]

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J’ai pris le train sur un coup de tête. J’avais besoin d’échapper à ma vie. Il faut dire que mon entrée dans la vie active post-master n’a pas été aussi facile que ce que ce que j’avais imaginé. Je commence d’ailleurs à regretter l’Islande et son calme volcanique. J’ai voulu prendre l’air alors j’ai fait mon sac et direction le Finistère autrement dit, le bout du monde. Je savais que mamie serait heureuse de me revoir après tout ce temps. Les paysages passèrent aussi vites que les heures, et je n’eus aucun mal à trouver le chemin de sa demeure une fois sur place. Rien n’avait changé hormis, peut-être, les voisins ? Mais je n’aurai pas pu le dire puisque tous les volets étaient fermés, mois de janvier oblige. Qui oserait s’aventurer ici avec ce froid de canard, seuls des fous. Un peu comme moi. Comme prévu, j’ai toqué à sa porte et elle m’ouvrit, quelque peu surprise.

— Bon... jour ?
— Mamie, c’est moi ?

Elle fronça les sourcils. Forcément, j’oubliais que j’étais emmitouflé dans mon bonnet mon énorme écharpe, elle-même remontée sur mon nez. Je devais ressembler à un bonhomme de neige ou à un mec paumé, au choix.

— C’est Guillaume, précisai-je en enlevant mon bonnet.
— Oh ! Mais mon petit, entre donc ! Bon diou, je ne t’avais pas reconnu sous toutes tes épaisseurs.

Si l’extérieur n’avait pas changé, l’intérieur était resté de marbre. Les objets n’avaient pas bougé d’un iota et la douce odeur régnait toujours dans se demeure. C’était un mélange de vieux livres, d’air marin et d’épices en tous genres, qui me rappelait de nombreux souvenirs. Elle m’offrit un thé, pas de café, elle savait que j’étais le seul de la fratrie à ne pas en boire. Elle me demanda les raisons de ma venue et ainsi, on dériva ensuite sur ma vie parisienne puisque d’après elle « il n’y a pas grand-chose à cette période de l’année ici ». Elle changea rapidement de sujet et se mit à regarder le soleil haut dans le ciel.

— La marée est parfaite à cette heure-ci.

J’avais tout de suite compris son sous-entendu et elle savait très bien que je ne pourrais pas résister, même en étant en plein mois de janvier.

— Elles sont dans le grenier ?
— Non, dans la vieille maison.

Je souris, elle avait raison, c’était le moment parfait et je n’aurai pas pu rêver mieux. Elle m’ordonna presque de la laisser faire la vaisselle, afin que je ne perde pas de temps. Je me retrouvai donc dans le jardin afin de rejoindre l’annexe, cette vieille maison un peu à l’abandon. Comme d’habitude, pas de lumière mais seule celle du jours suffisait. Par chance, mes affaires se trouvaient dans l’entrée et je n’eus pas à escalader les nombreuses caisses éparpillées un peu partout. Sans aucune hésitation, j’enfilai ma combinaison, mes chaussons et pris ma planche de surf à la main. Tout cela me semblait si familier, à tel point que j’aurai pu dire que la planche était une autre partie de moi. D’un pas ferme, je pris la route pour la plage, pour ce spot si réputé en Bretagne, pour ne pas dire en France.

Je me pris le vent de plein fouet lorsque mes pas me menèrent jusqu’aux dunes. Cela ne m’empêcha pas d’enfoncer mes pieds dans le sable et d’avancer vers la mer. Le sol se fit de plus en plus dur et humide et finalement, j’entrai en contact avec cette énorme masse liquide agitée. L’eau était gelée en ce début d’année mais j’en fis abstraction. Je progressais à l’aide de mes bras et saluait quelques courageux comme moi, venus se vider la tête. Je l’avoue, je n’ai pas pu tenir debout sur les premières vagues. J’ai ri en le constatant, j’étais vraiment rouillé. C’était dur, j’avais mal aux muscles mais ce n’était rien comparé à cette sensation de bien-être qui naissait en moi. J’enchaînais vague après vague, me confrontant au courant. Mes responsabilités étaient à de nombreux kilomètres d’ici et pour une fois, je retrouvais cette liberté que j’avais en Islande. Lorsque je remis les pieds sur le sable, je pris de longues minutes pour contempler le paysage et savourer un peu plus ce moment. La plage était vidée de toute présence humaine, seules quelques mouettes se trouvaient sur le sable.

En rentrant, je ne fis pas long feu et parti me coucher après avaler une demi-douzaine de galette. En vrai, trois, pas six, ça fait un trop sinon. Je laissai ma grand-mère devant son feuilleton télévisé et rejoignit mon lit d’antan qui, lui aussi, n’avait pas bougé. J’envoyai un dernier message à mon frère, triste de ne pas avoir pu partager ce périple et malgré le matelas inconfortable, je ne tardai sombrer dans les bras de Morphée.

Il était un peu plus de minuit lorsque j’entendis un bruit sourd dans la maison. Je savais que cela ne pouvait être ma grand-mère : elle a le sommeil profond. Dans un premier temps, je décidai de rester immobile. J’avais probablement rêvé. Ce n’est que lorsque j’entendis le claquement d’une pote, celle d’en bas, que je sortis de mon lit. Étrangement, le calme de la maison ne me rassurait plus. Cela avait pris une toute autre dimension. Je sais que j’avais sûrement regardé trop de films d’épouvante et qu’il ne se passa sûrement rien. Pourtant, je descendis dans le garage pour savoir ce qu’il se passait. J’entendis la porte de la vieille maison grincer, à l’image d’une souffrance sans fin. Qui était là ?
Une fois dehors, un long frisson me parcouru. J’étais seul sous le clair de lune. Je n’entendais que le crissement de mes chaussures sur les graviers. Quelques bruissements de feuilles se firent entendre avec celui des vagues au loin, mais il n’y avait rien d’autre. Pas un chat.

La porte de la vieille maison était légèrement entrouverte, comme si on avait essayé de la refermer d’un coup sec, sans succès. J’aurai pensé que mon cœur se serait emballé face à cette vue mais non, j’étais envahi d’un calme olympien. Je poussai la porte. Je ne distinguais rien, hormis des formes déjà vues cet après-midi. J’entendis du mouvement, droit devant moi, et vu une masse se mouvoir, lentement. C’était si lent que j’aurai pu penser que cela ne bougeait pas. Mon réflexe fut d’ouvrir mon téléphone en guise de lampe mais rien. Il n’y avait rien devant moi si ce n’était une forme humaine. Je m’approchai et découvris avec stupeur le corps d’une petite femme, à moitié en décomposition. J’eu froid, d’un coup, et me mis à reculer sans quitter le corps des yeux. C’était mamie, je le savais. La seule question qui se posait dans ma tête concernait l’identité de la femme qui m’avait accueilli, qui m’avait nourri, qui m’avait souri. Et c’est à ce moment précis que je sentis un souffle chaud passer au niveau de mon oreille :

— Et bien mon petit, on s’est perdu ?
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Ozias Eleke · il y a
Fabuleux ! J'ai adoré.
Je vous prie de lire mon texte pour le compte du Prix des Jeunes Écritures https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/homme-tas-le-bonjour-dalfred

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DEBA WANDJI · il y a
J'ai sincèrement aimé vous lire.
Je vous accorde ma voix et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

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Eric diokel Ngom · il y a
Ta page j l'aime bcp j'ai bcp aimé ..un texte original et bien structuré.. une maîtrise des mots .. un style particulier merci de m'aider à progresser en donnant un commentaire à mon texte je suis nouveau
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Utilisateur désactivé · il y a
mes voies
svp votes pour moi !!

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Yann Olivier · il y a
Merci à nos grands-mères. Mes 5 voix.
Je suis aussi à lire avec Gypsie, si le cœur vous en dit : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gypsie

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Salma Morillas · il y a
Toutes mes voix pour ce texte frissonnant, bravo.
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ELAJ · il y a
J'ai senti le souffle dans mon cou votre final m'a glacé après m'être laisse aller a la nostalgie Merci pour ce bon moment qui mérite mes 4 voix.. Je vous met le lien vers mon texte si l'envie vous dit de venir me lire. https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-grand-bleu-6
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Yanis Auteur · il y a
Bonjour mes 5voix
Félicitations pour ce bonheur qui nous fait oublier le confinement
Au passage si vous voulez aimé mon histoire pour le concours adolescent en lien
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lhomme-10

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Yanis Auteur · il y a
Bonjour mes 5voix
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Cyrille Conte · il y a
Un retour aux sources aux parfums de l'enfance puis...quelle frayeur! Bravo, l'intrigue est bien menée et le retournement de situation inattendu.
Si le coeur vous en dit vous pouvez me lire : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/un-sale-petit-bruit-de-mort-1
Bravo pour ce texte bien écrit et original, mes voix.