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La gare est agitée d’un affolement bourdonnant, tous les tableaux d’affichage s’embrouillent d’horaires contrastés... mon train affiche, prévenant : « retard 1h 15 »
Les minutes s’égrènent postant mon stress à son maximum, me laissant envisager l’enfilement de perturbations que cela va produire.
Si mon avion décolle à 21 h 15 , la marge de temps que je m’étais accordée se réduit comme peau de chagrin...
Appeler la compagnie, prévenir de ces contingences qui se multiplient rendant mon départ affolé loin de la sérénité dans laquelle je voulais me poster.
Autour de moi, les voyageurs manifestent leur mécontentement, de l’agacement calme pour l’un à l’énervement injurieux pour l’autre ; la tension est palpable.
Réfugiée à la terrasse de Paul, mes pensées se bousculent. Je tente de faire le calme dans mon esprit, faire taire le brouhaha causé par une énième perturbation de mes plans.
Chaque moment contient toujours le contraire de ce que l’on imagine en faire.
Le voyage que je m’apprêtais à faire contenait je le savais et je le voulais ainsi, sa part d’inattendu, m’offrant par là même la nécessité de m’adapter coûte que coûte à l’évidence du zéro maitrise.
N’était-ce pas au fond cela que je m’offrais fondamentalement en envisageant un parcours de 10 000 kilomètres qui dès les premiers mètres mettent mes plans en porte à faux ?

Résignée à l’évidence, je m’offre le petit luxe de vivre cet entre-deux comme un petit paradis offert.
Derrière moi, le son de la clé de la porte de la maison que j’ai fermée pour quatre semaines... cet instant n’existe déjà plus. Les courants d’air du hall de gare me soufflent subrepticement un message : que faire d’autre que profiter de cet espace-temps singulier ?
La gare est un pays inconnu, les voyageurs sont aussi étrangers que les habitants d’un monde que je n’aurais encore jamais visité. Les regards sont fixes, plongés dans une torpeur qui laisserait imaginer une vague ravageuse de lobotomie intégrale et universelle tombée sur cette ville dans la ville.
Le bruit des trains sur les rails, les valises qui roulent en tambour sur le carrelage, le son des sifflets de quai et les annonces mécaniques des hauts-parleurs m’emmènent sur une planète nouvelle : la planète GARE
Garée, en position d’observation attentiste, je décolle vers cette réalité toute humaine qu’est l’inopinée survenance d’un voyage dans le voyage.

PRIX

Image de Printemps 2016
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Alki · il y a
Écrit dans une gare certainement... tout est vrai ! +1
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Yves Le Gouelan · il y a
Stress angoisse et zénitude réunis pour ce texte de l'attente et mon vote en retard.
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Eric Beauvillain · il y a
Il m'a manqué un décalage, quelque chose où une personne pressée, stressée, prendrait finalement le temps de s'ouvrir au monde et d'en apprécier les détails, une rupture que ce retard amènerait, qui lui donnerait un sens plus plein, plus profond.
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Christian Pluche · il y a
Très beau texte sur ces lieux de transit où on ne sait plus "perdre son temps", flâner, observer, discuter...très beau style et belles images (laporte refermée, le voyage dans le voyage,) Bref je vote avec enthousiasme (mais ça ne fait qu'un !
Pour passer votre pause-déjeuner ailleurs que chez Paul : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/pause-dejeuner-1

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Olivier Vetter · il y a
J'aime bien les gares
C'est un lieu où on s'arrête
On peut observer les autres
Le temps est suspendu

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Virgo34 · il y a
L'excitation et le stress font partie du voyage et lui donne un goût spécial. Mon vote.
Mon Ombrecito est en finale de la Matinale. Vous pouvez aller lui rendre visite et le soutenir s'il vous a plu. Merci pour lui.

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Emma A · il y a
J'ai souvent ressenti cela au départ d'un voyage. Et le stress de la peur d'un départ reporté voire annulé -rêvé depuis des mois- et le bonheur de se sentir en voyage une fois le quotidien largué, déjà ailleurs en observant tous ces autres. Ces autres vies. Vous mettre cela en mots, merci.
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Anne Moulin · il y a
Ça me rappelle quelque chose
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Keith Simmonds · il y a
Un beau texte bien agréable à lire! Je vote au n0 3 ! Mon poème, EUREKA!, est en lice pour le Prix Short Edition des Bibliothèques pour Tous , merci de passer lire et commenter:
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/eureka-6
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/froideur
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/premiers-froids-1

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Jean Calbrix · il y a
Une bonne manière de prendre son mal en patience ! Bravo, Ainsité30, pour ce joli texte très bien écrit démarrant dans la "panique" pour progressivement finir dans la "béatitude". Vous avez mon vote.
J'ai un fauteuil qui chuchote des souvenirs coquins à l'oreille, ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-fauteuil-rimbaldise

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