ResPire

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Inspire. Expire. Souffle.

Inspire. Expire. Respire.

Réveille-toi. Ouvre les yeux. C’est fini... Calme... C’est terminé.

Encore un cauchemar. Un souvenir.

Les sourires qui se transforment en rires. Les bonjours qui se métamorphosent en coups. Les amis qui se changent en ennemis. Oh... si seulement j’avais su être plus forte. Si seulement quelqu’un m’avait tendu la main. Si quelqu’un avait su m’aider, me dire les bons mots, au bon moment. Si je pouvais retourner dans le passé.

« Léna ? Non. Ne hurle pas. Surtout pas. N’ai pas peur.

Tu es différente. Originale. Je sais. Tu détestes ces mots. Tu voudrais être normale. Comme les autres. Tu voudrais te fondre dans la masse. Qu’ils ne te remarquent pas. Tu voudrais que les coups cessent. Que les moqueries s’arrêtent. Mais Léna, crois moi. Tu es tellement plus. Tu as tellement plus. Tu es une jeune fille forte, mystérieuse. Oui, les autres ne te comprennent pas.
Ils ont dit que tu étais étrange. Je me souviens. Je me souviens de la douleur. De ce que j’avais ressentie. Ne les laisse pas t’atteindre. Ne les laisse pas te détruire. Ils l’ont mal dit. Mal pensé aussi, peut-être. Ce ne sont que des enfants Léna. Comprends-les. Ils n’ont pas vécu les mêmes choses que toi. Aide-les. Ils sont sans doute aussi paumés que toi. Léna. Sois forte ! Sois belle.

Oui, ces marques sur tes bras font de toi quelqu’un de courageux. Et non de faible, comme a pu le dire cette garce. Oublies ! Fonce.

Ces souvenirs qui te hantent la nuit, ne disparaitront pas. Jamais ! Tu vas devoir apprendre à vivre avec. Avec eux et avec le regard de pitié, de peur, celui des autres. S’il te plait, Léna. Fais-le. Fais-le mieux que moi. Sois plus vaillante, plus téméraire. Simplement plus forte que je ne l’ai été. Et plus audacieuse aussi, n’oublies pas. Sois brave et décidée. Et bats-toi !

Tu penses que les cheveux noirs ou roses te vont mieux ? Tu penses que tu as le droit de choisir la forme ou la couleur de tes fringues ? Tu penses que ce piercing te va comme un gant ? Et bien Léna. Tu as raison ! Léna, seule toi es maître de ton destin, de ta vie. Choisis comment tu veux t’habiller, comment tu veux te coiffer, et ne laisse personne décider à ta place.

Et ce garçon que tu aimes... Oh, ils te font peur les sentiments que tu éprouves pour lui. Tu flippes. Tu es complètement terrorisée. Ils ne vont pas te consumer Léna. Si tu ne changes rien, si tu restes comme tu es, ils n’en auront pas le temps. Léna. Pardonne-moi... Je suis si désolée. J’ai été faible et lâche. J’ai laissé papa choisir. Je l’ai laissé me dicter ce que je devais faire. Je n’ai pas su lui dire non. Ses sentiments, ils ne m’ont pas consumé, oh ça non. Ils m’ont abattue complètement détruite. Je l’ai laissé partir... Parce que lui aussi était inhabituel, différent, il ne l’a pas accepté. Une petite fille de riche qui rêve de se faire tatouer, se teint les cheveux dans des couleurs totalement exubérantes, et qui en plus à un copain qui ne vient pas du même monde. Oh non ! S’en était trop pour les parents.

Tu sais Léna ? Ce fut pareil pour l’école dans laquelle je voulais aller ! Ils m ‘ont dit non. Je deviendrai médecin comme eux. J’aurai une grande maison, un mari, deux beaux enfants et un gros chien qui bave partout... Et devine où je suis ? Léna ! Devine ! Devine bordel ! Léna je suis dans une grande baraque, et enceinte de mon deuxième gosse.

Comment j’ai pu en arriver là ? Moi qui ne voulait pas d’enfant ? Moi qui voulait voyager ? Faire le tour du monde. Partir à la découverte de pays inexplorés. Partir à la conquête des saveurs. Rencontrer mille et une personnes. Vivre à fond ma liberté ! Ma liberté de femme forte. Celle pour qui je m’étais battu.

Léna j’ai tout perdu ! J’ai tout foiré. Je me rappelle comment j’étais convaincu. Et comment j’étais fière quand notre parti pour l’égalité femme-homme avait pris de l’ampleur. Tu ne l’as pas encore vécu ? Tu verras. C’était magique. Complètement incroyable et démesuré. Enfin les choses changeaient. Enfin. On se battait pour une cause que l’on trouvait juste mais qui faisait tiquer la plupart. Mais je me suis laisser faire. J’ai arrêté de me battre. Et j’ai baissé les bras... Pourquoi ? Pourquoi j’ai tout laissé tomber ? L’avis des parents, le regard des autres... Je n’étais pas assez forte. Les rires de mes camarades de lycée tournaient encore dans ma tête. Les coups d’œil moqueur m’étaient de plus en plus insupportables.

Alors j’ai enlevé mon piercing, j’ai recouvert mon tatouage, et récupéré une couleur de cheveux tout à fait banale. Je suis rentrée en fac de médecine. Et aujourd’hui je vis avec une tonne de regrets. Cachés de part et d’autre, dans ma grande maison sans vie.

Les cauchemars continuent encore. Le stress. La peur. Celle qui m’anime lorsque je croise quelqu’un. Celle qui me dévore quand je dois prendre la parole. La haine aussi. Léna... Change. S’il te plait. Relève-toi. Sois fière. Affronte leur regard, leurs mots blessants, leurs rires tranchants. Libère-moi. Libère moi de tous ces sentiments. De toute cette colère. De tous ces regrets. Léna, libère-nous.
Et n’oublies jamais. Bats-toi ! Bats-toi pour ce que tu es ! Bats-toi pour ce que tu veux être ! Avance. Toujours ! Ne t’arrête pas. Jamais ! À contre-sens, à contre-courant, peut-être. Mais sois celle qui te plait. Aime celui qui t’attire. Et vis ! Vis pour toi ! Vis pour nous, Léna ! »

Inspire. Expire. Souffle.

Inspire. Expire. Respire.

Réveille-toi. Ouvre-les yeux. C’est fini... Calme... C’est terminé.

Et surtout beaucoup trop tard maintenant...
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