Respect !

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Auteur non-violent qui écrit des textes punchés  [+]

Image de Été 2013
Mon portable a vibré vers quinze heures. C’était ma grand-mère. Depuis la mort de Grand-Papa, elle m’appelait plus souvent. La solitude lui pesait et elle ne se sentait plus en sécurité dans une grande ville comme Montréal. Pourtant elle ne voulait pas quitter sa belle grande maison et sa collection de souvenirs. Il y avait aussi ses deux voisins, Pierrette, une veuve tardivement émancipée qui rattrapait le temps perdu en dépensant son héritage et en profitant enfin de la vie. Et Jérôme, le vieil artiste gay, ex-vedette de télévision qui passait ses grandes journées à peindre des toiles de jeunes hommes nus, directement dans son atelier. Ma grand-mère se plaisait au milieu de ses voisins excentriques et ne voulait surtout pas aller vivre dans une résidence pour personnes âgées, « un mouroir pour vieux » comme elle disait.

— Nicolas ! Nicolas j’ai besoin de toi je... Je... me suis fait voler mon sac à main !
Sa voix tremblait, elle était à bout de souffle. Je n’avais jamais entendu ma grand-mère aussi paniquée.
— J’arrive tout de suite Grand-Maman.

Une trentaine de minutes plus tard, je garais ma camionnette près de sa grande maison. Une voiture de police y était déjà stationnée. J'ai monté les escaliers menant à la porte principale. Un des deux policiers sur place m’a ouvert la porte, il me regardait avec suspicion. Ma grand-mère était assise à la table de cuisine et discutait avec le second taupin. Elle avait pris soin de sortir des biscuits et du café. C’était bien ma grand-mère, même dans les situations difficiles, elle était toujours aussi généreuse. Elle s’est mise à pleurer en me voyant. Je l’ai serrée dans mes bras. Elle était petite et chétive. Elle a collé sa tête sur ma poitrine et a sangloté pendant quelques minutes. Les policiers m’observaient en silence.
— Que s’est-il passé ?
— Un jeune homme avec des jeans troués et une boucle d’oreille dans le nez m’a attendu à la sortie du supermarché... Il m’a demandé des sous... Il m’a frappée et il m’a volé mon sac à main...
Je me suis retourné vers le policier qui était debout.
— On l’a retrouvé ? Et sa description ?
— On s’en occupe, monsieur. Vous êtes ?
— Nicolas Coté.
— Voyons voir ce que nous avons, dit le policier en relisant ses notes. Il était si blasé que ça frôlait l’insolence. Jeune homme caucasien, environ vingt ans, jeans troués et anneau dans le nez. Ça vous dit quelque chose ?
— Pas vraiment.
— On poursuit nos recherches, dit le second policier en soupirant.
Après le départ des deux limiers, je suis resté avec ma grand-mère pour tenter de la rassurer. Elle s’est empressée de me gaver de sandwiches, de café et de petits biscuits faits maison. Je me demandais qui s’occupait de qui... Pourtant la panique et... l’horreur était évidente dans ses yeux.
— Nicolas, si tu veux rentrer je me débrouillerai toute seule, dit-elle en tremblant comme une feuille.
— Pas question. Je reste.
— Ils ne me croient pas.
— Pardon ?
— Les policiers, ils ne semblaient pas vraiment s'intéresser à moi.
— Tu sais un vol de sac à main, pour eux ça ne doit pas être festif... Mais honnêtement, ils auraient pu être un peu plus empathiques...
— Je sais qui c'est.
— Qui ? Le voleur ? Le jeune et l'anneau dans le nez ?
— En fait, ce n’est pas un jeune avec un anneau...
— Pourquoi tu ne l’as pas dit au policier ?
— Bien, je ne voulais pas de problèmes... Et... Ce n’est pas moi qui ai appelé les policiers...
— Mais pourquoi tu ne leur as pas dit ?
— Je... Je ne veux pas que tu te fâches.
— Grand-Maman, s’il te plaît dis-le-moi !!
— Nicolas, qu’est-ce que tu vas faire !
— Rien.
— Ce n’est pas de sa faute. Il a sûrement besoin d’argent.
— Qui ?
— Il me vole mes journaux et... Des fois j’oublie de verrouiller la porte en partant, il me vole des trucs dans la maison.
— Qui ?
— Écoute Nicolas, ce n'est pas si simple.
— Grand-Maman !
Elle a baissé la tête.
— C’est Jérôme.
— Le vieux qui habite à côté ?
— Oui, mais...
Avant qu’elle n’ait pu terminer sa phrase, j’étais déjà sorti de la maison. Je me suis dirigé en serrant les poings vers la maison du voisin. J’ai dû sonner une dizaine de fois avant qu’il n’ouvre la porte. Quand il a ouvert, il m’a regardé avec mépris.
— Tu ne serais pas le petit-fils de la vieille folle qui...
J'ai perdu la tête... Avant qu’il ne continue, je l’ai cogné avec mon poing. Une seule fois. Il est tombé. Il s’est cogné la tête sur le sol. Et le sang s’est mis à couler. J’étais paniqué. J’ai regardé autour. Personne. Je suis retourné chez ma grand-mère. Un flot malsain d’adrénaline me parcourait le corps. La porte était restée ouverte.
— Nicolas, quelle belle surprise !
— Quoi ?
— Nicolas ! Entre, soit pas gêné ! Écoute, je t’offrirais bien des biscuits, mais je ne les trouve plus. Je crois qu’on me les a volés... Je suis sûre que c’est Jérôme, le voisin, il me vole plein de trucs...
J'ai ouvert la bouche, mais aucun son n'est sorti.
— Nicolas ?... Mon grand, ça va ? Tu as l'air tout pâle... Je t’offrirais bien des biscuits, mais...

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