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Réparation

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J’aurais voulu t’écrire des mots d’amour, ceux que l’on donnent sans réfléchir, parce qu’ils vont de soi et tombent sous le sens.
J’aurai voulu te dire encore le bruit des signaux, lorsque la pluie frappe sur le carreau.
J’aurais voulu te dire le sens du mot écoute et celle de la compréhension comme l’odeur de l’herbe mouillée ou des vagues moussues qui meurent sur la grève.
J’aurais voulu te dire mes rêves, qu’ils soient entremêlés entre nous comme un lien invisible pour les autres. Te raconter des histoires féériques.
Te dire ma vie et ses cassures, ses blessures, et cet espoir de renaître avec toi.
Mais, t'as voulu partir.
Alors, ces mots, je les déchire.
J’ai longtemps hésité à t’écrire de nouveau, je ne méritais pas une telle punition.
J’errais donc, sans but, plus envie de rien, dans l’empathie, le vide, le néant, à tourner en rond.
Je trouvais un goût de poussière dans tout ce que je mangeais.
Des cauchemars terribles.
J’enrageais.
L’amour, cela broie et déchire pour normalement en sortir des germes de vie.
Mais, voilà, tes messages étaient si pathétiques, je constatais, alors, ton égoïsme, te rendais-tu compte, ma chérie, de la portée de tes phrases et de cette désinvolture, je ne suis pas une marionnette que l’on prend à son gré et que l’on jette sous de faux prétextes !
Mais, évidemment, c’était trop compliqué de changer ta petite vie de ménagère tranquille, installée dans son confort et sa sécurité, en tentant le Diable.
Alors, j’ai trouvé mon chemin.
Et te voilà ligotée dans cette cave, y’a comme une odeur de sang, car je t’ai déjà amputé d’un sein flaque avec un Opinel à la lame non aiguisée. Exprès.
A chaque négation, je te couperais quelque chose sur ma table en alu.
Indispensable à ta réparation.
Ta renaissance.
Sans anesthésie, sinon quel intérêt.

Il me faut tout refaire, mon amour, car, là tu es trop nulle. Je veux concevoir un modèle ultime et chérissable.
A jamais.
Un jouet neuf, fait de matières plastiques. Des morceaux de société, assemblées dans un extrême rituel.
Tu vas devenir ce que tu aurais dû être. Autre, la résultante de mes envies.
En conséquence, je dois ce matin, poursuivre ma quête et te greffer de nouveaux yeux, qui remplaceront les tiens, trop torves.
Beethoven à fond empêchera tes hurlements de monter là-haut.
Les globes en plastique ne vont pas suffire, je dois entièrement te démembrer, comme cela, tu arrêteras aussi de gesticuler.
Sans langue, sans oreilles, le crâne tondue, femme tronc, je vais te purifier.
Te faire revivre, en femme parfaite.
Le sang s’écoule le long des rigoles de la pierre sacrée.
Je plonge dans tes orifices putrides le marteau-piqueur.
Ton corps vibre comme lorsque nous faisions l’amour.
Je suis plutôt content de moi, les sutures des ajouts semblent tenir.
Je fais des fentes de sourire dans ta chair.
Pour les greffes, on verra plus tard.

Plus tard.
Je ne suis pas content de moi.
Tu ressembles de moins en moins à Barbie, même peaufinée au bistouri, cette bouche élargie n’a servi à rien.
Cette débauche d’énergie et de créativité pour un résultat lamentable.
Tes nouveaux membres sont inertes.
Tu es pitoyable.
Je suis déçu, déçu.
Pauvre chose sanglante.
Tu m’obliges à te perfuser.
Tu pourrais prendre soin de toi.
Tu commences à sentir.
Tu attires les mouches.
Tu ne veux pas jouer au mécano.
Tu ne sers à rien.
Tu me fais perdre mon temps.
Tu me dégoûtes.
Encore une expérience ratée.
Voyons voir, c’est qui la prochaine sur ma liste de mes ex ?
Ah, c’est Bloody, la fille de la discothèque.
Je sens qu’elle et moi, cela va être à la vie et à la mort.
« Le silence et la résurrection ressemblent à l’insecte éphémère ».
Kent.

PRIX

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Jean Calbrix · il y a
Un humour qui va bien au-delà du noir ! Pourvu que certains désaxés ne prennent pas ce texte pour modèle. Bravo, Edouard. Je clique sur... j'aime !
Je vous invite à une petite balade sympa dans les dunes si vous avez le temps : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/me-chienne-ianna-dans-les-dunes

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Florent Paci · il y a
Très poétique, avec une écriture qui se déconstruit peu à peu. J'apprécie votre écriture. Mes votes ;)
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Edouard Lebeaupin · il y a
Vivre à fleur de peau peut devenir écorché vif, merci.
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Aurélien Azam · il y a
J'ai bien apprécié la rupture entre le début, assez lyrique et fleur bleu, et la suite bien plus tranchée et d'une froideur chirurgicale. La chute est encore plus glaçante : j'espère que sa liste d'ex n'est pas trop longue !
Merci pour ce texte, Edouard :)
Si tu le souhaites, n'hésite pas à aller lire "Gu'Air de Sang", également en compétition !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gu-air-de-sang
Si tu le

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Ginette Vijaya · il y a
Pourrais-je vous demander de lire et soutenir mon texte" le prix de la mort" qui est en compétition . Merci
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Edouard Lebeaupin · il y a
Un texte très dense, à mon avis, trop chargé, noir à souhait, mais, je ne succombe pas...
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Gwen HL Guillot · il y a
La beauté et la laideur de l'être humain, dans toute sa complexité ! Bravo
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Edouard Lebeaupin · il y a
Quand l'amour devient haine, voilà le résultat ! A ce faire moine !
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Albine · il y a
Je ne m'attendais pas à une telle fin ! Toujours se méfier de ses ex :-D
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Edouard Lebeaupin · il y a
On demande du gore, je fais du gore, le peu aussi faire du rêve et du bien...
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Ginette Vijaya · il y a
Le récit noir est un genre difficile à analyser . Jusqu'où peut-il aller ? Votre texte commence par une pure poésie et se termine par une prose insoutenable. Le contraste est saisissant !
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Edouard Lebeaupin · il y a
C'est le jeu, non ? Vous avez bien analysé le contexte, le pourquoi. J'ai modéré les mots dans les deux sens de l'histoire.

Ce qui est génial avec eux, c'est qu'on peut leur faire dire tout et rien, le bien et le faux, l'utile et son contraire.

Où est le vrai et le faux ?

On peut pouvoir croire à l'espoir dans le désespoir.

C'est le personnage de Kent, qui recherche et ne trouveras jamais sa femme idéale.

Après, on peut essayer d'analyser, pour lui, c'est trop tard !

PS: J'adore votre commentaire.

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Ginette Vijaya · il y a
Merci Edouard . C'est un genre que j'ai du mal à aborder . J'ai tenté un texte et suis curieuse de voir comment il sera perçu !
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Lyne Fontana · il y a
Bien gore! Après tout le prix demande du sang ! Belle écriture.
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Edouard Lebeaupin · il y a
Merci pour le compliment sur l'écriture... Cela n'est qu'un exercice de style, il y a beaucoup mieux en terme de gore et surtout des auteurs édités !