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Rentrer dans son jean

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Agnès

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Tiens, lui !?? Cela fait tellement longtemps que je ne l’ai pas vu. Peut-être même pas pensé à lui !

La dernière fois ? aucune image... le vide.
Si ! La soirée d’anniversaire de Malek, au Florida. Sourire quand remonte dans mes veines les traces de cette nuit. Bain d’énergie hors du temps. Lumières stroboscopiques et musique d’un autre siècle. Une nuit à se déhancher les bras en l’air, entre 17 fous rires et 3 passes de rock titubées.

Retour à la réalité. Culotte-T-shirt devant mon armoire. C’est donc depuis septembre que je n’avais pas revu ce jean. Mon jean. LE jean. Celui qui, parce que vrai ami, ne me ment jamais. Celui qui dit que la vie est belle, que je suis plus grande.

Le soleil est déjà haut de l’autre côté de la fenêtre, le brin de muguet sur la table de nuit me susurre d’essayer. Mes hanches sentent que les muscles ont envie du défi, ma tête sait que j’ai bien couru ces dernières semaines. Je le tente ! Tellement contente de le retrouver...

Soulever délicatement les 2 cousins qui le camouflaient depuis si longtemps, et ressortir le vieil ami de sa cachette.
Et là, d’un geste ample, ancestral et universel, lui redonner toute sa taille, en faisant claquer la toile. Allié de toutes les aventures, le jean tonne comme les voiles des traversées de ma jeunesse.

Futile anxiété. Subtile contraction des abdos. Besoin de savoir. Go !
Cigogne. Pointe de ballerine.
17 centièmes de seconde plus tard, les orteils ressortent après un bruit d’ouragan, talon coincé dans le bourrelet du bas de jambe. Facile ! Mais c’était pas le plus dur.

Re-cigogne, mais un peu plus penchée vers l’avant. Re-pointe. Deuxième jambe enfilée jusqu’au milieu de la plante du pied. Les mains ont tiré jusqu’au milieu des cuisses. Pause pour les fesses.

Les creux des pieds se sont délicatement posés sur les fibres blanches qui ornent les bas de jambe. Mémoire de nos intimités, cette flore infalsifiable atteste de nos années de vie commune. Noce de coton avec mon jean. Une liane pour chaque aventure exotique, une fleur par dizaine de kilomètre de bitume, une plume pour chaque heure partagée en terrasse. Noce de soie.

Retour à ce matin. Instant de vérité.
Lever les talons. Bien en appui sur la pulpe des pieds, les poignes accrochées de chaque côté de l’espoir.
Je tire.
Et ca passe ! comme si... comme dans... comme... pfff. Trop facile !

Dans l’élan, mes pouces longent l’intérieur rugueux de la ceinture, à la rencontre du bouton et de sa boutonnière. Pas la peine de les regarder, pas même la peine d’y penser, mes doigts les connaissent tellement et eux s’attendent depuis tant de mois.
Jean fermé. Léger bâillement au bas de la colonne, confortable flottement aux cuisses. Il va même falloir une ceinture !

Comme pour faire un câlin, je plonge mes mains dans mes poches. Je trouve ses clés.
Je suis rentrée dans SON jean.
Trahison.
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