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Rentrer chez soi

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Séverine Durand

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Tu es déjà rentrée chez toi ? Jusque là, je pensais que chez moi, mes racines, c’était ce coin de campagne dans le centre de notre pays. Quand j’y arrive, à chaque fois, la même joie, reconnaître les noms de villages sur les panneaux, trouver les spécialités que j’aime partout alors qu’à Paris je ne trouve rien, çà sent les forêts sombres et les plaines lisses. Oui, là-bas sont les racines de ma famille et donc un peu les miennes. Et pourtant j’aime être déracinée, je raconte et je me vante d’être libre, mais cette joie de rentrer au pays me surprend toujours et encore. Donc, jusque là, chez moi, c’était là-bas, au centre.

Et puis, la voiture quitte Arles pour Les Saintes Marie de la Mer. On papote, on refait toujours le monde. Je me laisse porter et là je sens ce truc, fort, presque violent, qui me bouscule. Mes côtes se soulèvent, mon plexus solaire irradie d’une joie implacable, mon cœur explose, mes yeux s’inondent d’émotion et je suis dans un rêve, le chant des cigales, le parfum des arbres, le ciel intense, la légèreté de l’air, sa transparence ; mon corps se dilate et se fond dans l’atmosphère, je suis chez moi. Presqu’en état de choc, réaliser que je suis chez moi, vraiment, pas dans le berceau de ma famille, non : chez moi, à ma place... Et tout s’enchaîne : un bon petit restau sur une place avec des figuiers et des mimosas, brandade de morue et sorbet melon, la plage, le sable brûlant, l’eau rafraîchie par la pluie de la veille, j’entre lentement, étape par étape, je suis frileuse, la joie de piquer une tête dans la Méditerranée, faire le lézard sur ma rabane, se retourner, se retourner, encore... Sentir mon corps et mon cœur en plein accord avec ce pays, ses arbres, ses odeurs, ses couleurs bien sûr. Les bleus défoncés de soleil, les verts asséchés, les rouges qui virent au rose, le jaune partout, tournesols, ciel, mimosas, roseaux, flamands, le brun délavé des chevaux, le noir brillant des taureaux tranquilles dans leurs prés, le blanc, le blanc.

Je sais que je vais vivre ici, pas loin, là où les pins, les cigales et ma terre m’entoureront. J’y suis déjà, mon cœur y est depuis toujours. J’aurai une jolie maison un peu fraîche l’été, un jardin avec des arbres fruitiers, une petite piscine, des poules et mon chien. J’emmènerai avec moi mes amis, mon amour, mes voyages et mes souvenirs, je rentrerai chez moi, heureuse et libre.
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Image de Chantal Noel
Chantal Noel · il y a
L'Auvergne me fait cet effet là, j'espère y rentrer, un jour. J'aime bien votre texte.
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