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Rendez-vous à l'aube

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Mozess

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C'était un petit matin spécial. L'aube était d'une couleur extraordinaire. Les chants des oiseaux étaient encore plus mélodieux. L'aube s'apprêtait à faire ce qu'elle avait l'habitude de faire: ramollir les cœurs et les rendre poreuses à l'amour. Ils étaient là, occupés à faire leurs activités sans se voir. Lui faisait son sport du matin et elle balayait l'enceinte de la cour. C'était un jour nouveau à Bamako. Sans faire exprès, ses yeux s'étaient posés sur la jeune fille. Ali s'arrêta et semblait hypnotisé par la beauté d'Awa. Il trouva alors un prétexte pour lui parler, comme quoi le vent aurait emporté son T-shirt donc il voudrait savoir si elle l'avait vu. Elle lui répondit "non" avec respect et douceur. Il y eut un moment de silence. Leurs bouches s'étaient tus mais les yeux continuaient de parler. Puis, il prit son courage à deux mains pour lui avouer qu'il la trouvait très belle et qu'il venait juste de le réaliser. Awa avait vu de la sincérité dans les yeux d'Ali et elle avait le cœur qui palpitait. Elle jeta un coup d'œil ici et là. Elle avait peur que ses parents les voient. Finalement elle lui fit savoir qu'elle avait l'habitude d'acheter le pain du dîner à la boutique du coin et qu'il pourrait l'y attendre vers 19 heures. Cela paraissait bien mais il était sous l'emprise de sa beauté et ne voulait pas la quitter des yeux. Confiant car le sentiment était partagé il accepta de partir mais avant il la prit par la main et se mit à observer ses doigts, sa paume et ses lignes et la regarda passionnément mais elle était tendue, il sortit juste après. A 19 heures, il était déjà sur les lieux et elle aussi comme prévu. A peine qu'il eut fini de dire bonsoir, elle vit l'un de ses oncles passer alors elle s'éloigna pour ne pas éveiller de soupçons. Elle s'empressa de retourner. Ali était déçu. Il avait tant attendu ce moment pour pouvoir profiter de sa compagnie. Mais dans le même temps, il savait qu'il pourrait la revoir tôt le lendemain. La nuit fut longue ,les premiers rayons du soleil furent pour lui une délivrance. Il savait que la scène d'hier se reproduirait à coup sûr. Le matin, il était là et elle aussi, abaissée à faire le ménage. Il resta un moment à l'écart pour la contempler comme si c'était une scène de cinéma, une œuvre d'art. Ses gestes, ses mouvements lui faisaient faire un voyage dans un monde merveilleux. Il se voyait avec elle, libres marchant main dans la main dans un magnifique jardin. Il l'imaginait en train de rire aux éclats en écoutant ses histoires drôles. Il avait tellement de mots doux à lui dire. Quand il revint de ce voyage imaginaire, il était plus que jamais décider à lui donner son premier baiser. Il la salua et elle se releva pour répondre. Sans perdre de temps, il l'embrassa mais assez rapidement sur la bouche. Elle feignit de ne pas aimer mais elle mentait. Au fond ,elle avait apprécié ce geste brusque mais sincère. Puis tous le deux se mirent à rigoler de ce qui s'était passé la veille. Cela avait été une déception mais à cette aube ce n'était plus qu'une histoire drôle car ils étaient là, ensemble. L'atmosphère était plus détendue. Il lui avait dit à quel point elle lui avait manqué et qu'il n'avait pas cessé de penser à elle,que la nuit avait même été plus longue que d'habitude. Elle souriait et riait parfois comme il l'avait imaginé. Le rêve devenait peu à peu réalité. Mais quand il y eut un bruit de serrure elle paniqua et lui demanda de partir au plus vite. Il fila aussi vite qu'un oiseau, et disparut. Ce n'était pas grave, il y avait le rendez-vous du soir. Quand vint le soir, il s'habilla comme un prince et se dirigea vers la boutique. Il était 19 heures, il ne la voyait pas. A 20 heures non plus. En fait le plat du soir était quelque chose de différent et ils n'avaient pas eu besoin de pain donc elle n'était pas sortie. Lui était inquiet. Il fit plusieurs va-et-vient devant la cour de la jeune fille en espérant la voir. Il ne l'avait pas vu. Il passa une nuit blanche. Le silence de la nuit l'embêtait. Il ne voulait qu'entendre le premier chant du coq, et voir les premiers rayons lumineux du jour pour sortir et effectuer le nouveau rituel. Elle aussi était déjà là à regarder de gauche à droite pour le voir. Puis elle eut l'idée de lui jouer un tour. Elle savait qu'il serait là d'un moment à l'autre. Elle se cacha alors, derrière la cuisine pour voir sa réaction. Quelques minutes plus tard, il était là. Il avait le regard dispersé. Il ne voyait sa belle nul part. Mais elle le voyait faire des aller et retour en regardant la cour. Elle avait tout vu et avait tout lu. Elle avait vu de l'angoisse, de la quiétude, le tourment et d'autres émotions analogues. Mais derrière tout ça , elle avait aussi vu de l'amour. Un amour vaste comme un océan, que nul ne peut contenir. Le jeune homme finit par en avoir marre et voulut taper à la porte pour demander des nouvelles de sa belle. C'est là qu'elle sortit de sa cachette pour l'empêcher de faire cette bêtise. Puis elle commença à le taquiner pour la mine qu'il affichait en la cherchant et lui aussi en fit de même pour son geste brusque l'empêchant de frapper à la porte. Chaque aube leur révélait une histoire à raconter et ils ne s'ennuyaient pas un seul instant de leur rencontre. Ils en profitaient du mieux qu'ils pouvaient en discutant en riant en se taquinant, en se regardant avec passion et en se disant des mots gentils. Il était parti rassuré et très heureux. Il partait en sifflant et en sautillant. Le soir, ils s'étaient rencontrés non loin de la boutique. Ils avaient eu de la chance. Aucun oncle ni aucune tante n'était passé par là. Ce fut un moment tranquille. Il lui fit savoir qu'il était fatigué de ce jeu de cache-cache et qu'il voudrait se présenter aux parents et dire ce qui se passait entre eux. Puis elle lui posa la question:<> Et lui répliqua: <> Elle croyait en lui mais elle lui demanda d'y réfléchir. Il eut un moment de silence et il lui donna raison. Le temps avait passé et elle avait oublié le pain de la famille. Son jeune frère était venu la chercher. Il fallait partir à la hâte. Ils y pensèrent tous les deux pendant toute la nuit. A l'aube suivant, à leur rencontre comme d'habitude, elle laissa tomber son balai et le prit par la main pour l'emmener derrière la cuisine. Une fois à l'abri de tout regard indiscret, elle l'embrassa avec passion et tendresse. Puis ils s'arrêtèrent un moment. Ali lui dit: <>. Et elle répondit: Moi aussi. Ils avaient finalement fini par dire ce qu'ils ne s'étaient pas encore dit dans l'atmosphère romantique que leur offrait l'aube.

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