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Rencontre avec DYNA (e-mail à Audrey)

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E.T.

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Dix jours qu’elle attendait patiemment sur ce parking des Deux Alpes, indifférente aux allers et venues des gros 4x4 prétentieux qui font tant la fierté de leurs propriétaires. Elle ? Zézette, ta petite AX qui me transporte parfois sur mon trajet professionnel en cas d’indisponibilité des autres véhicules.
Le temps d’ajuster mon oreillette bluetooth (mon président a l’habitude de m’appeler pendant que je conduis) et elle est partie vaillamment à mon premier « hue cocotte ». Bien sûr ses vieilles articulations mécaniques grincent un peu dans les épingles des Travers, le strabisme de son « sourire de phares » tente de la signaler dans le tunnel des Commères, mais dès qu’elle attrape les lignes droites de la plaine de Bourg d’Oisans, les quatre pistons de son petit cœur la tirent gaiement et moi avec.
Escortés par d’énormes bétaillères italiennes à vide, nous avons ainsi allègrement avalé l’enfilade post-industrielle de Livet et Gavet, nous laissant doubler sans honte par quelques pressés de toutes façons rattrapés au feu du Péage de Vizille.
C’est vers Séchilienne que nous l’avons aperçu. Qui ? Un magnifique cabriolet Dyna Panhard de 1958 (date approximative mais sûrement juste). Zézette et moi avons accéléré pour lui coller au cul et prendre le temps de l’admirer. Robe bleu-roi, bas de caisse noir, capote crème repliée, pare-chocs chromés, les banales caisses modernes semblaient tellement ternes tout autour, dans leur uniformité de gris métallisé, dans leur manque flagrant d’imagination vestimentaire à l’égal du personnel politique international.
J’ai baissé la vitre pour mieux entendre le roucoulement caractéristique de son moteur Tigre « flat- tween ». Je me revoyais à Civray (48 ans en arrière quand même !), appliquant à la colle-farine sur les murs du grenier de la maison de Romensac mes découpages de catalogues automobiles apportés par mon père, occupant ainsi les jeudis pluvieux. Après, avec Patrice, on mangeait à même la casserole préparée par Mamie le reste de la colle-farine, on faisait de la balançoire (il y avait une balançoire dans le grenier, ouais !) et on devait bien finir par trouver une bonne raison de se castagner un peu.
Au rond-point de Vizille le beau cabriolet Panhard a bifurqué vers Laffrey, jugeant sans doute que seule la Route Napoléon était digne de son rang.
Avec Zézette on a continué vers Vif. Quand j’ai ouvert le portail, Lipton a mis ses oreilles à l’horizontale en tremblant : je ne sais pas si son enthousiasme était pour moi ou pour le retour de Zézette. Le chat a profité de la vitre restée ouverte pour aller pioncer sur les sièges.



EA septembre 2006

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